‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 36 sur 70 · CHAPITRE VlU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlU

— Je tiendrai mes sermenU ] je t'aime encore, je t'aimerai toujours!

Enfin, la jeune fille parut s'arracher avec e£Fort à cette contemplation ; elle se dirigea vers une petite roche qui s'élevait à l'extré* mité d'une étroite langue de terre, au bord de l'étang. Là, elle s'arrêta de nouveau, joignit les mains, et regarda un moment le ciel comme si elle adressait à Dieu une prière.

Armand ne respirait plus; penché sur Tablme, il attendait dans une anxiété terrible.

Tout à coup il' n'eut plus de doutes. Galatée fit un signe de croix, ramena chastement ses vêtements autour d'elle et s'élança dans l'endroit le plus profond du lac.

Le bruit de sa chute ne put être entendu d'Armand ; mais il vit les lames fortement agitées se soulever et se refermer sur la pauvre fille. 11 poussa un rugissement qui n'avait plus rien d'humalu. Puis, fou de désespoir et de rage» sans réfléchir qu'un prér

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cipiee de dnq cents jMeds 4e profondeur s*eiifonçait au-dessous de lui, il allait s'âancer en avant et se tuer misérablement, quand une main vigoureuse le saisit et le ramena en arrière.

Cétait Ravaud à qui les cris et les raouvemens désordonnés de son ami avaient donné l'alarme, et il était arrivé à temps pour retenir Armand. Il remporta dans un creux da rocher. Yerneuil se débattait avec fureur.

— Laissez-moi, disait-il, an nom de Dieu, laissez-moi voler à son secours. . . Elle se noie, vous dis-je, elle se noie!

— Mais qui donc se noie?

— Elle... Galatée, ma Galatée!

— Ah! encore? fit Ravaud avec une impatience ironique.

Le lieutenant n'avait rien vu de la seène qui venait de se passer; et un seul et rapide regard jeté dans le Val-Perdu n'avait pu changer en rien sa conviction que Vernenll était complètement et radicalement fo-

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-<— Laisflez-moi donc; budra-t*il que je tire iBon sabre?... Laissez-moi, je veux la sauver (kt périr avec elle.

— Vous périrez, et vous ne sauverez personne. Voyons, Ariuaiid, revenez à vous: à quoi peut servir de vous précipiter du haut en bas de ces rochers?

— flélas ! c*est vrai, il est trop tard maintenant... Elle est morte... morte I... Eh bien! continua-t-il avec un effort convulsif pour se dégager, puisqu'elle, est morte, je veux mourir aussi... Je ne veux pas survivre à Galatée!

Ravaud, malgré sa vigueur, avait toutes les peines du monde à contenir ce forcené. Tout à coup un bruit érpouvantable monta jusqu'à eux de la plaine; ce bruit, répercuté par d'innombraUes échos, ressemblait à celui du tOBnerre. Les deux militaires reconnurent le fracas d'une vive fusillade, auquel se mêlèrent bientôt les détonations de l'artillerie.

— Entendez-vous, Armand? s'écria le lieu-

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tenant avec émotion; on attaque déjà le village. . .Notre brave 62* est cernée p*"r l'ennemi, qui va l^écraser sous le nombre. Ji vous êtes résolu à mourir, vous trouverez là-bas «ne mort glorieuse, au lieu de cette mort obscure et lâche que vous cherchez ici.

«Armand se leva d'un air égaré.

— Vous avez raison; oui, oui... cela vaut mieux : partons !

Mais quand il fut debout, il voulut se rapprocher dé la petite plate-forme d'où l'on dominait le Val-Perdu.

— Où allez- vous? demanda Ravaud en le retenant par la main.

— Voir encore une fois... m'assurer...

— A quoi bon, Armand? il n'y a pas une minute à perdre... Entendez-vous comme le feu redouble?... Il y va de notre poste, du salut de l'armée peut-être... Voyez, voyez! le village est entouré de fumée ; si vous ne vous hâtez pas, nous arriverons trop tard pour mourir!

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— Parlons donc! dit Verneuil avec une sombre énergie.

Et il bondit avec l'agilité d*un chamois sur le versant qui. dominait Rosenthal, glissant plus souvent qu'il ne marchait, franchissant les obstacles, sans réfléchir qu'un faux pas pouvait lui briser le crâne contre les blocs de granit. Ravaud le suivit avec moins d'impétuosité, mais de manière à prouver toutefois qu'il s'inquiétait peu de sa propre sûreté. Cependant le lieutenant hors d'haleine, les mains et les pieds meurtris, fut bientôt obligé de s'arrêter encore une fois, pendant que Verneuil, infatigable, poursuivait sa course effrénée.

Un dôme de fumée couvrait toujours le village et cachait la position des Français ; on jugeait seulement, à l'irrégularité de la fusillade, qu'ils s'étaient retranchés dans les maisons et que de là ils faisaient un feu bien nourri sur l'ennemi. Celui-ci occupait les hauteurs qui s'élevaient en avant du vil-

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lage. Deux pièces d*ar(illerie avaient été mises en bactérie sur le mamelon principal, et les boulets traversaient comme des murs de toile les frêles constructions de Rosenthal. Néanmoins il était visible que les Austro- Russes attaquaient avec une sorte de mollesse. Soit que, pleins de confiance dans leur nombre, ils ne crussent pas avoir besoin de grands efforts pour venir à bout d'une poignée d'hommes, soit, ce qui était plus probable, qu'ils attendissent le résultat de leur diversion sur les derrières de l'ennemi, ils ne poussaient pas l'attaque bien vigoureusement. C'était à peine si quelques tirailleurs, postés dans les gorges et les ravins, répondaient au feu des Français. ' Le gros de la troupe observait, l'arme au bras, l'effet de la canonnade; et, un quart de lieue en arrière, brillaient, à travers les arbres, les sabres de la cavalerie, qui attendait le moment favorable pour charger à son tour.

Ravaud vit d'un coup d'œil ce que

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ayons été forcé de décrire un peu longuemeut; mais» chose singulière! ce ne fut pas la situation de ses braves soldats qui le toucha d'abord.

— Comme la jolie Suissesse doit avoir peur! raurmura-t-il. Pourvu que la chère enfant ait eu le temps de fuir ou de se cacher!

Ce tribut payé à la faiblesse humaine, il continua en hochant la tète :

— Le sergent Labrune tient bon, mais il pourrait se trouver fort empêché s'il continuait longtemps ce jeu-l&... L'ennemi n'a encore employé qu'une partie de ses forces, et je commence à voir paraître là-bas, dans les broussailles, les sournois qui manœuvrent pour nous tourner. Allons, il est temps que nous entrions en daQse. Pourvu que ce diable de Yerneuil me laisse ma petite part de gloire. Il a promis de se faire tuer, et il est homme à prendre à la lettre une pareille promesse... Mais, bah ! il y aura de l'ouvrage

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pour tout le monde. En avant donc! et jouons des mains... Ab! si la belle Claudine pouvait me voir!

Et le galant officier, dégainant son sabre, continua sa course vers Rosenthal, où Armand l'avait déjà précédé. A mesure qu*il approchait , il rencontrait des femmes , des enfants, des vieillards, qui s'enfuyaient pour échapper aux scènes d'horreur et de carnage dont le malheureux village était en ce moment le théâtre.

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