BRUXELLES
lUIELINE, CANS ET COMPAGNIE.
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MÊME HAIS-OR. « 1. P. HELIlCB.
L« oombat.
Le lieutenant Ravaud, en arrivant dans la grande rue, eut quelque peine d'abord à se reconnaître au milieu de la fumée noire et épaisse qui couvrait Rosenthal comme un voile sinistre. 11 aperçut enfin, à quelque distance , Verneuil occupé à faire sortir les soldats des maisons ou ils s'étaient embusqués , et à les ranger en bataille. Il avait le
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sabre à la main; sa tête était nue; car il avait perdu son grand chapeau genevois dans sa course précipitée; son visage était pâle comme la mort, mais calme et intrépide. Ravâud allait le joindre, quand il rencontra sur son chemin quatre soldats portant un blessé qui,quoiqu1l eût une jambe fracassée, jurait, pestait, se débattait pour obliger ses porteurs à Tabandonner et à retourner au feu. Ravaud reconnut le sergent Labrune.
— Quoi donc ! mon vieux , dît-il avec un accent de regret en lui touchant la main, déjà content?... Du diable! si vous ne vous êtes pas trop pressé de retirer votre épingle du jeu.
— Ah ! c'est vous , mon lieutenant , dit Labrune d'un air de satisfaction ; je ne suis pas fâché de vous voir, vous et le capitaine Verneuil , reprendre la queue de la poêle ; elle est décidément trop chaude pour moi.., J*ai reçu un vilain atout , et me voilà
à jouer à cloche-pied pour le reste d.
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jours ; mais ça ne fait rien : Vive la république!... Ah çà! vous avez eu une fiére idée ce matin de nous mettre en garde, car si nous nous étions laissé surprendre par ces coquins , nous serions maintenant fricassés sans rémission... Mais quand at*0Q pris le capitaine Verneuil ou le lieutenant Ravaod au dépourvu?
— Allons, vous êtes un vieux flatteur, répliqua Ravaod avec un peu de confusion ; mats nous avons autre ciiose à penser... Sergent, il me faut trente bons drilles qui ne boudent pas pour aller s'embusquer là-bas dans les broussailles , et eela vivement , car nous sommes cernés.
— Entendez-vous ça , vous autres? reprit Labrune avec agitation en s'adressant à ceux qui le portaient. Posez-moi tout doucement contre cette muraille, la figure tournée vers l'ennemi ; mettez à côté de moi mon fusil et ma giberne, et emboitez le pas avec le lieutenant, mille jambes de bois !
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— Mais, sergent. .., objecta timidement on des soldats.
— Mais vous êtes des poltrons ; vous faites les empressés autour du sei^ent Labruoe, afin de ne pas vous trouver à l'endroit où les balles et les boulets tombent dru comme grêle... Posez-moi là, vous dis-je, et allez à votre besogne, tas de fainéants !
Et quand les grenadiei's eurent enfin cédé à ses instances en rasseyant sur des berbes sèches au pied de la muraille, il grommela d*un air de satisfaction :
-• Je suis, pardieu , bien à plaindre! Me voilà établi comme un pacha à trois cent quarante-deux queues et demie sur des trognons de choux ; ma parole d'honneur, il ne me manque plus que la pipe!... Avec ça que je ne me lèverai pour personne, et que si le .général Souwarow lui-même venait me faire visite, je le recevrais assis sur mon trône comme un véritable empereur de pi cuites... Ah! ma foi, on se dorlote un ,
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on n*est pas blessé tous les jours; et quand on l'est, on se la passe douce !
Pendant que le sergent exprimait k sa manière sa résignation soldatesque , Ravaud avait rallié à la hâte quelques hommes débandés ; puis , après avoir chargé l'un d'eux de rendre compte à Verneuil, chef actuel du détachement, de Timporlante mission qu'il allait remplir, il se porta au pas de course, avec son peloton, sur le point menacé. Il était temps ; moins de dix minutes après son départ, on entendit une vive fusillade dans cette direction.
De son côté , Verneuil avait rangé en bon ordre le reste du détachement à l'autre extrémité du village , en laissant seulement une ligne de tirailleurs pour tenir l'ennemi en haleine. Celui-ci , surpris de voir le feu se ralentir ainsi, semblait se défier de quelque piège; d'ailleurs, il attendait, pour agir sérieusement, comme on l'a dit déjà, l'effet de sa manœuvre sur les derrières de Rosenthal.
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Il résulta de tout ceci une espèce d'hésitation dans l'attaque et dans la défen»'* comme un
calme sinistre entre deux temp s^
Armand n'adressait à ses gens que des pa-^ rôles brèves, et son air sombre, presque fatal, n'encourageaitpersonne à l'interroger. Quand il les vit tous en rang, il dit d'une voix sourde et saccadée :
— Soldats de la 62*, si nous restons ici , dans moins d'une heure nous serons tous tués ou prisonniers. La seule chose à faire est de marcher résolument en avant et de prendre l'offensive. Je me suis mis len tète d'aller chasser l'ennemi de ses positions et de m'emparer des deux pièces de canon qui nous font tant de mal... Me snivrezvous?
— Oui , oui , capitaine , dirent les soldats tout d*une voix, conduisez-nous !
— Fort l»en, reprit Verneuil dont le visage commençait à s'animer ; maïs souvenez-vous de l'affaire de l'Albis ; alors je revins ».
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mon détachement; cette fois je compte ne pas revenir.
Cette allusion au terrible coonbat dont Armand avait été récemment le héros refroidit un peu quelques jeunes conscrits ; mais deux ou trois grognards répondirent sans hésiter : .
— N'importe, n'importe!... nous vous suivrons»
— Nous vous suivrons, répétèrent les autres.
-^ En avant donc, et vive la république !
Le capitaine s'élança le premier en brandissant son sabre ; les tambours battirent la eharge, et toute la troupe s'ébranla avec un élan irrésistible.
Au moment où la colonne se mettait en marche, deux cris perçants partirent de la maison du pasteur, située, comme on le sait, i^ l'entrée du village.
— Mein Got! disait une jeune fille dont on n'apercevait que les yeux bleus et les mains
jointes, à ii^vers le soupirail d'ane cave, le capitaine Verneuil va se faire tiier !
Mais on la ramena vivement en arrière, et la gracieuse figure disparut dans l'obscurité du souterrain.
— Armand, mon cher Armand, criait en même temps un homme qui se montra k une fenêtre brisée du premier étage, je luis ici... attendez-moi. •• Au nom du ciel, souvenezvous que vous êtes mon seul appui !
Le tumulte de la bataille , les roulements des tambours, les pétillements de la fusillade empêchèrent cette double interpellation d'être entendue. Armand continua ja course, sans se retourner, emporté dans le tourbillon d'une charge furieuse.
Alors celui qui venait de parler, jeune homme agile et dispos , franchit légèrement la fenêtre peu élevée, s'élança dans la rue, et rejoignit les troupes françaises qui déjà escaladaient les rochers.
, Cependant l'ennemi attendait toujour-