‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 4 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

quart de lieue de ce village, un endroit introuvable pour d'autres que des gens du pays. On le croit Français, car il parle fort bien votre langue, et il est de la religion catholique. Peut-être 3erait-ii possible de Fintéresser à un compatriote; mais sa bizarrerie ne permet de compter sur rien de certain, -~ Et d'où vient cette bisiarrerie?

— Dieu le sait, monsieur; c'est un soli-« taire , aux habitudes mystérieuses , qui dis^ parait de sa demeure souvent pendant plu^ ^ieur$ jours, sans qu'on puisse dire ou il Ta. Néanmoins, comme il est doux, obligeant, charitable...

— i- Mon père , interrompit en allemand la jeune fille tout effarée en refermant la porte de la maison, voici les soldats de l'Empereur qui arrivent !

— Où est mon sabre? s'écria l'ofSoier.

Le ministre lui arracha l'arme meurtrière.

• -^ Y pensez-vous, monsieur? dit<il ; la

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résistance en pareil cas serait de la folie... Allons, il n'y a plus à hésiter; suivez-moi.

— Où donc?

— Au chalet de M. Guillaume, la personne dont je vous parlais tout à Theure... Mais attendez, il est bon de prendre quelques pré* cautions.

Il jeta sur les épaules du capitaine un de ces petits manteaux noirs qui étaient Tindice de la dignité des pasteurs protestants, de manière à cacher complètement son uniforme, et il lui couvrit la tète d'un chapeau à larges ailes. Ainsi accoutré , le jeune et sémillant Français ne ressemblait pas mal à un puritain genevois, et d'autres qued*épais soldats autrichiens eussent pu s'y laisser prendre à distance. Le vieillard lui rendit aussi son sabre en lui recommandant de le cacher avec soin et de ne s'en servir dans aucun cas. Puis il ouvrit une porte de derrière qui ouvrait dans un petit jardin fleuri, et invita son hôte à l'attendre, pendant q

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irait s'assurer si le passage était libre de ce

côté.

L*ofïïcier se trouva donc une minute seul

avec la jolie" Claudine , qui avait regardé

bouche béante sa transformation.

— Mademoiselle, lui dit-il d'un ton de

galanterie parfaite, comment vous exprimer

ma reconnaissance de toutes vos bontés?...

Je n'en avais pas besoin cependant pour conserver à jamais le souvenir d'une aussi belle et aussi gracieuse personne.

L'étourdf '^vait oublié en parlant ainsi que la belle Suij^esse entendait fort mal le français. Elle r it toujours immobile, les yeux baissés, les jOues rouges de pudeur virginale. L*ofjficier, s apercevant de sa faute, serra dou< cernent la e de Claudine de la main qui lui restait, et prit deux gros baisers sur ses joues rebondies. Il était sûr au moins que ce langage-là serait compris.

£n ce moment le vieillard rentra; il n'avait rien vu.

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— Partons, partons, dit«il, pendant que nous le pouvons encore... Une naée de Croates va s'abattre sur RosentbaL

— Me voici, dit l*officier«

Il salua Claudine encore tout e£Farooohée. de son dernier compliment, et, s'enveloppaat de son étroit manteau, il suivit le pasteur. Après avoir traversé le jardin, ils franchirent une porte en treillis qui s'ouvrait sur la campagne, et ils prirent un sentier qui, se glissant à travers des roches isolées et des buissons, se dirigeait vers les montagnes.

Ils avancèrent rapidement pendant quelques instants sans prononcer une parole. Ik entendaient derrière eux les cris sauvages des Croates qui déjà envahissaient Rosentàal, et ces détonations Isolées qui , en temps de guerre, dénotent toujours rapproche de troupes indisciplinées. En même temps, on frappait des coups furieux aux portes des maisons, et des voix tremblantes réponda*~~' de rintérieur.

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— Hein! reprit Tofficier avec ironie, en jetant un regard oblique sur le village, vos amîs les Allemands ne s'annoncent pas ehex vous avec une exquise politesse. J*en apprécie d'autant mieux le sentiment généreux qui vous a fait quitter votre demeure en pareille circonstance peur servirde guide à un pauvre fugitif»

*^ Oh! nous n'allons pas loin, et si nous trouvons M. Guillaume tant soit peu Iraitable, je pourrai revenir à temps pour protéger ma laittiUe*.» Mais baissez-vous, monsieur, ajouta le pasteur avec inquiétude ; ne* marches pat dr<nt et fier, comme si vous étiez à la tète de votre "compagnie un jour de revue du général en chef; cette partie du chemin est malheureusement découverte, et on peut nous voir d'en bas à mesure que nous gagnons la hauteur. Tenez, il y a sur le bord de la route un major autrichien qui nous regarde et qui parait avoir des soupçons. Baissez-vous, vous dis*je; affectez une con-

tenance humble et inquiète. On nous prendra peut-être pour des ecclésiastiques effrayés de ce tapage et abandonnant leurs ouailles au moment du danger, car, hélas! l'impiété a fait de grands progrès parmi nous, et, dans toutes les sectes chrétiennes, on est assez mal disposé pour les gens d'Église... Fort bien! j'ai deviné juste, car voici l'officier qui s'éloî* gne en ricanant. Que Dieu lui pardonne son peu de charité si son erreur nous sauve! Et maintenant, marchons d'un bon pas.

Ils gagnèrent bientôt un enfoncement où ils ne pouvaient être aperçus. Le sol était obstrué de buissons et d'aspérités, au milieu desquels le chemin , devenu large et commode, formait mille détours. En face.des voyageurs se dressaient des rochers à pic , bizarrement superposés, et des montagnes peu élevées, mais inaccessibles. Aucun bruit de la plaine, alors inondée de gens de guerre, ne parvenait plus dans ce paisible lieu ; ' murmure d'un torrent qu'on ne voyait pi

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