CHAPITRE nr
reur, que je me fasse délivrer un passe^port?
« — Tout est prévu , répliqua M. de Z*** en me présentant un papier signé du ministre de la guerre, voici les pièces nécessaires; vous devez être bien et dûment marié avant la campagne qui se prépare, et cette campagne est plus prochaine peui-étre qu'on ne le pense. L'empereur m'a chargé de vous transmettre l'ordre de pi^endre la poste sur-lechamp, et il tient particulièrement à ce que toutes ses prescriptions à votre égard soient remplies.
« Malgré ma soumission absolue aux volontés de mon illustre bienfaiteur , j'avais bien des objections à présenter contre ce voyage subit, bien des explications à demander ; mais je n'en eus pas le temps. On vint avertir le ministre qu'il était attendu au conseil. Il s'empressa de me serrer la main ; il me répéta encore que toute résistance de ma part pourrait avoir des conséquences fàcheu^
ses, et il me quitta brusquement.
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« Ce fal alors que je vous invitai à m'accompagner, idob cher Ravaud. Je me sentais incapable d'entreprendre seul un voyage qui devait me rappeler tant d'émotions douloureuses; je me défiais de ma faiblesse; je voulais avoir près de moi un ami éprouvé pour me soutenir au besoin. Vous étiez alors en congé ; sitôt que je vous ai eu fait entendre que votre préseoee me serait agréable , vous vous êtes décidé à me suivre , sans demander d'explications. Le lendemain de ma conversation avec le ministre, nous étions en tète-à4éte dans cette voiture, comme nous y sommes maintenant. »
Ravaud avait écouté ces explieations avec une grande attention , lissant sa moustache ou se grattant l'oreille à certains passages. Cependant l'honnête militaire avait pris les choses an pied de la lettre et n'était aucunement frappé des particularités passablement mystérieuses de ce récit.
— Ma foi, colonel, dlt*il après un mo?
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de réflexion, il n'y a pas là de quoi se tour* menter beaucoup... L'emperevr veut vous marier avec une jolie fille pourvue d'une grosse dot y il faut le laisser faire; il veut encore que vous lui ameniez votre vieux noble de parent (quelque ancien marquis à culotte brodée et à ailes de pigeon, j'imagine !) je n'y vois pas de mal, si toutefois vous parvenez à mettre la main sur l'oiseau. Seul, je ne trouverai pas mon compte à cet arrangement, et décidément il ne me reste qu'à m'enterrer ici avec une femme , des enfants et des lapins...
— - Et pourquoi cela, mon bon Ravaud?
— Pourquoi? répliqua le capitaine d'une voix altérée, en serrant vigoureusement la main de Verneuil, parce que la différence des grades nous avait déjà bien assez éloignés l'un de l'autre. Armand , quand une fois vous aurez épousé une demoiselle de haut parage, quand vous serez baron et entouré de vos parents les aristocrates, vous ne
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pourrez plas avouer pour ami un troupier sans-culotte comme moi, qui jure, qui sacre sans cesse h se démonter la mâchoire, ua butor destiné à vivre avec des butors comme lui... Aussi, je vous le répète, je me fais paysan , je donne ma démission... j'aime mieux ça.
Et une larme brilla sur la joue bronzée du militaire.
Armand lui rendit chaleureusement sa pression de main.
— Me jugez-vous si mal, Ravaud ? reprit-ii avec cordialité ; ce mariage que je n*ai pas souhaite, et qui peut-être contribuera à augmenter mes chagrins secrets, pourrait-il aussi m'obliger à sacrifier une amitié longue et éprouvée comme la vôtre? Je ne sais ce qu'il aviendra de tous ces plans ; mais souvenez-vous que, dnssé-je épouse^ une duchesse, mon vieux compagnon d'armes aura toujours sa place à mon foyer el dans cœur.