‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 46 sur 70 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

l'aubergiste pour avoir un échantillon des fables populaires qui avaient cours au sujet de son parent. li se leva brusquement.

— Il suffit, mon ami, lui dit-il; maintenant pourriez- vous me fournir quelqu'un pour me conduire sur-le-cbauip à l'habitation du comte de Rancey ?

— Rien de plus facile, monsieur ; je vais prévenir Fritz, notre premier garçon; le temps de passer son habit des dimanches, et il sera à vos ordres.

— C'est bien, allez vile.

L'aubergiste s'éloignait déjà après s'être

incliné jusqu'à terre; Armand le rappela.

— Un moment, ditril; il est d'autres personne à Rosenlhal dont le sort m'intéresse, et dont je serais heureux d'avoir des nouvelles...Le vénérable pasteur Penhofer existet-il encore?

— Quoi! vous avez connu M. Penhofer?

demanda l'aubergiste avec étonnement ;

alors vous apprendrez avec chagrin que le

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pauvre vieillard est mort depuis trois ans.

— C'était un digne et excellent bonune, répliqua le colonel tristement, et je n'oublierai jamais les services qu'il m'a rendus, les consolations qu'il m'a données dans des circonstances terribles... Mais sa fille, la jolie Claudine, qu'est-elle devenue?

— Quoil vous avez aussi connu Claudine? s'écria l'béte en reculant d'un pas ; comment cela se fait*ll? Je n'avais jamais entendu parler...

— Qu'y a-t-il de surprenant en cela?

demanda le colonel qui ne put s'empêcher de sourire de la mine effarée de son interlocuteur.

— Monsieur , balbutia l'aubergiste , vous ne savez donc pas que Claudine, la fille du pasteur ...

En ce moment, un effroyable vacarme, parti du rez-de-chaussée de l'auberge, interrompit la conversation. C'était un mâJan^A discordant de voix d'hommes et de fem*

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des criaiUeries d'enfonts, un cliquetis de casseroles et de chaadr#BS, roulant sur les dalles. L'aubergiste prêta l'oreille avec inquiétude.

— Que se passe-t-il donc en bas? dit-il ; excusez-moi, monsieur, il faut que j'aille voir ce qui est arrivé.

Mais avant qu'il eût gagné la porte, le bruit retentit sur l'escalier même, et quelqu'un monta d'un pas précipité en jurant et en maugréant d'une façon formidable. Ravaud; tout débraillé, les yeux en feu, la bouche écumante, entra dans la chambre sans voir l'aubergiste, qui restait immobile et glacé d'effroi à l'écart.

— Ah ! mon ami, quelle honte, quelle infamie ! s'écria Ravaud hors de lui :.ce n'était ni sa sœur ni sa parente; c'était elle-même, l'ingrate! la sotte! lap^fide! Je ne voulais pas le croire d'abord, mais elle a tout avoué ! Oh ! pourquoi ne l'ai-je pas tuée après un pareil aveu?

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— Mais de quoi s*agit«il, Ravattd? de-* maifda Verneuil ; d'où vous vient celle co~ 1ère? De qui parlez- vous?

— Parbleu! je parle de Claudine, de Claudine Penhofer, de Tabominable Claudine !

— Qu'a donc fait celle pauvre fille pour mériter de semblables injures ?

— Ce qu'elle a fait! Ne le devinez^vous pas? Elle s'est parjurée, elle ne m'a pas attendu. •• Peu de mois après mon départ, elle a donné ma place à un autre... Tout â l'heure elle a eu le front de me soutenir en face qu'elle ne m'avait rien promis; que nous ne nous étions pas compris dans notre dernière explication, attendu que je ne savais pas l'allemand, et qu'elle savait fort mal le français ; comme si je n'avais pas employé des arguments que l'esprit le plus obtus pouvait comprendre, la menteuse! Enfin, Armand»

elle a épousé un grand benêt, dentelle a déjà quatre enfants, et un cinquième tout prA» ^ venir... Si ce n'est pas honteux!... Oui, r

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ami, continua Ravaud en s'attendrissant, elle a réalisé mes plans de bonheur, mais avec un autre ; les enfants, les lapins, le fromage, tout y est... Aussi j'ai fait un carillon sur les meubles là-bas, et maintenant il faut que j'étrangle le butor qui m'a soufflé Claudine. Oui, triple tonnerre! il faut que je l'extermine, que je l'écrase, que je le broie sous mes pieds!...

Le pauvre aubei^iste entendait tout cela^ et se renfonçait dans son coin n'osant souffler. Ravaud, en allant et venant avec une irritation extrême, aperçut enfin le malen* contreux époux de Claudine. Il s'élança vers lui le bras levé.

— Ravaud ! s'écria le colonel en le rete-. nant, est-ce là la conduite d'un homme d'honneur, d'un militaire?

L'influence puissante d'Armand sur le capitaine ne manqua pas son effet encore cette fois. Ravaud parvint à se modérer, et baissa la main.

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— Cest juste, colonel, reprit-il; on sera sage; vous allez voir... Connneiit vous appe* lez-vous? demanda-t-il k l'aubergiste.

— Sigismond Wolf, répliqua le malhenreax tout Irerablaut.

— £h bien! M. Sîj^smond Wolf, voas m'avez insulté, et vous me devez une réparation... Demain matin, je vous attendrai avec un ami derrière le mur du ciflietière de Rosenthal; je vous kûsse le choix des armes!

Ces paroles lurent prononcées d'«n tOM majestueux qui annonçait, de la part de Ra* vaud, le sentiment d'une grande magnanimité. L'aubergiste, un peu rassuré par cette apparence de modération, répondit d'un ion tragi-comique :

— Eh! comment vous anrais-je insulté, monsieur? Est-ce en épousant ma femme, et en la rendant mère de beaucoup d'enfants?

— Tais-toi, ne parle pas de cela, tonn^n^n» et diable! s'écria l'officier un peu déoon^

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pav la naïveté de cette question. Enfin, vous m'avez entendu? A demain matin I

— Je ne peux pas me battre : je suis père de famille,

— Raison de plus ; vous devez l'exemple du courage à vos enfant».

— Je suis bourgeois de Zurich; j'invocpie* rai la protection des lois de Ib cmifédération.

— Et moi, j'aurai Tboaneur de casser les rems à M. le bourgeois de Zurich, je jetterai par la fenêtre ce* qui lui reste de meubles, et je mettrai le feu à sa bicoque»

— Oh ! pour le coup c*e$l trop fort! s'écria Wolf poussé à bout; eh bien ! puisqu'il le faut je me battrai... J'ai été vivandier dans les Suisses de l'ancienne garde royale, et l'on verra si je manque de courage, saper^ ment! terteiflêl

Sans doute, le poltron révolté espérait bien en montrant tant d'assurance trouver jusqu'au lendemain quelque expédient pour ,(aire manquer la rencontre. Mais sa fanfaron-

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nade eut un résultat inattendu. €laadine, qui était aux écoutes sur Fescalier, entra tout à coup traînant par la main sa ribambelle de piarniots qui piaillaient et pleuraient à rendre sourds tous les assistants. Elle vint se jeter aux pieds du colonel en s'écriant d*un ton lamentable :

. — Ah ! meinberr Ferneuil, ayez bîtié de nous... saufez-nous de ce fou sanguinaire qui feut nie rentre feufe et rendre mes bedits orphelins... Sur ma voi de grétienne, che ne lui ai rien bromis... cbe ne safais bas barler le vrançais comme auchourd'hui, guand il me fit ses pelles brobositions, il y a zix ans. Che n*ai bas bu lui tire gne che Tadendrais buisque che ne Taimais bas; si c*eùt été fous, che ne tis pas non, barce que vous étiez pon, vous... Mais lui, je le troufais prusque et laid... Défentez-nous donc gontre ce méjant homme, qui feut duer mon bauvre mari!

En même temps elle embrassait les n

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du colonel, et les enfants continnaient leurs discordantes clameurs.

Armand était fort impatienté de cette scène ridicule qui retardait Texécution de ses projets. Cependant il releva Claudine avec bonté et l'assura en souriant qii'à sa considération, Ravaiid ne pousserait pas les choses à une extrémité fâcheuse.

— Ne demandez pas cela, Verneuil ! s'écria son ami avec emportement ; on verra si l'on se fiera moqué impunément d'un vieux soldat de la république. J'aurai la vie de ce vilain marchand de fromage, ou il aura la mienne ! — Il feut duer mon pien-aimé Sigismond ! s^écria nuidame Wolf en fondant en larmes. ' — Il feut duer notre baba! répétèrent les bambins en redoublant leurs cris.

Tout à coup le terrible Ravaud partit d'un grand éclat de rire. Sa fureur ne tint pas contre cette scène d'un pathétique si ridicule. Claudine, avec sa taille déformée, son costume peu coquet et ses traits fatigués, ne

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fessemblaît plu» à la belle et grande bkmde, si fraiche et si leste d'autrefois. Le reste de la famille, les enfants barbonlUés et pleurards, le père avec sa figure ignoble, ses nia«niéres communes et sa> làcbeté, étaient plus dignes d'exciter la moquerie que la coMre. ' — Parbleu I s'éeria ramantéconduit, j'étaia bien fou de me monter la tète ! Voilft donc ce que je serais devenu si j'étais entré en ménage!... La jolie existienee que j'eusse menée là, moi, un des crânes de l'armée d'italie; pouah!

iPuis se tournant vers Claudine :

— Allons, ma chère» reprit-il avec gravité, le capitaine Ravaud ne fera ni des veuves ni des of fdielins à l'auberge des Trois Cigognes.., Continuez à croître et àmulti* plier, vous avez ma permission pour cela... D'ailleurs les reproches sont inutiles; eo comparant votre mari à moi, vous devez être assez punie de vo^e précipitation.

Le brave capitaine lissa sa moustache

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et posa galamiuent le poiofg sur sa haiiehe» tandis qQ^la femme et les enfants mangeaient de caresses le malencontreux chef de famille, échappé à un danger si imminent.

Enfin Claudine se dégagea de ces embrassements, et s*approcha timidementducolonel*

— Merci» mon pon mein hen* FerneuiL refNrit-elle d'un ton où perçait une ancienne tendresse, fous êtes notre saufeur... Sansfous, il serait beud-étre arrivé ici de crans malbeurs. Ah! mon bauvre bère et moi nous foos avions pien jugé dès le premier jour de votre arrivée à Rosenthal, et si fous «fiez foulu...

— Excusez-moi, ma chère madame Wolf, interrompit Armand qui ne pouvait plus modérer son impatience, nous causerons bientôt plus à loisir de nos souvenirs de jeunesse. Nous parlerons de votre àîgne père^ et vous me conterez l'histoire de votre ma*» riage. Pour le moment^ de graves intérêts exigent toute mon attention... le vous avais

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demandé, monsieur, coiilinua-Uil ens'adressani à Taubergiste à peine remis de sa dernière alerte, un guide pour me conduire à rhabitation du comte de Rancey.

— Le gomde te Ranzey ! répéta Claudine. Que ne le disiez-fous, mon pon mei** berr te Ferneuil? L'intendant tu gomde et, en pas, tans la salle passe, attendant que fous puissiez le recevoir.

•— Serait-il possible? Et c'est moi qu'il demande? Gomment mon parent <a-t-il pu connaître sitôt mon arrivée à Rosenthal?... Mais faites monter cet homme, madame, faites-le monter sur-le-champ.

-rr C'est que, reprit Claudine en souriant finement , cet intendant n'est beud-étre pas tout à vait inconnu pour fous...

T- Assez, Claudine, au nom de Dieu ! interrompit le colonel, faites monter de suite l'intendant du comte de Rancey.

Ce ton sévère imposa à tout le monde. Là famille Wolf se retira en silence. R«.

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lui-méiue fil quelques pas vers la porte d'un air honteux et contrit, comme s'il eût craint que son ami ne lui adressât des reproches sur son ridicule emportement. Mais le colonel n'y pensait déjà plus. .

— Restez, Ravaud, lui dit-il avec bienveillance, rien ne vous oblige à me quitter; je n*ai pas de secrets pour vous.

En ce moment un homme entra, conduit par Claudine qui se retira aussitôt. A son air modeste, à ses traits placides, à son costume propre et soigné, Armand reconnut du premier coup d'oeil M. Guillaume, le gardien du Val-Perdu, l'ami et le confident de Philémon.

Il se leva brusquement et poussa un cri de surprise, pâlissant et rougissant tour à tour. M. Guillaume, au contraire, s'avança vers lui d'un pas égal, s'inclina fort bas, et attendit en silence qu'oii lui adressât la parole.

Le colonel parvint enfin à dominer son

émotion.

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davanlage à m'informer de mon parent de Roncey: ètés*vous vraiment c^iargé de quelque message pour moi ?

— En effet, M. le chevalier, ces cruels souvenirs m'avaient fait oublier pourquoi je suis venu... M. le comte et ses enfants, c*està-dire le vicomte et la vicomtesee de Rancey, ayant appris, par une lettre arrivée de Paris ce matin même, que leur honorable parent serait probablement aujourd'hui à Rosenthal, le prient de considérer leur maison comme la sienne pendant tout le temps qu'il jugera à propos de rester dans ce pays; je suis chargé de l'inviter à m*accompdgner surle-cfaamp à l'habitation du comte, où il est attendu. .

Armand réfléchit quelques secondes.

— C'est là, reprit-il enfin, une attention pleine de grâce, à laquelle je ne saurais me refuser ; ma famille ne m'a pas habitué à tant de courtoisies... Je vais donc vous accompagner, M, Guillaume; mais je ne suis

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seul ici, et sans doute rinvitation de M. de Rancey ne concerne que moi..*

— Il est vrai, l'habitation du comte est si étroite...

— Je me contenterai donc d'amener mon valet de chambre qui portera mes effets... Excusez-moi, Ravaud, continuait-il en s'adressantau capitaine; vous voyez dans qnd embarras je me trouve. Vous resterez ici, mais j'entends que vous vous traitiez le mieux possible.

— Ne vous inquiétez pas de moi, mon cher Armand, répliqua le capitaine; franchement je ne suis pas fait pour frayer avec des comtes et des vicomtes; je me trouverais fort mal à l'aise en pareille compagnie... Au bout d'une demi-heure les jurons qui me viennent sans cesse à la bouche, et qu'il faudrait ravaler, m'auraient infailliblement étranglé.

— Alors tout est pour le mieux* Mais surtout pas de nouvelle querelle avec les mai-

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1res ée cette asberge, Ravaud ; teus in^cntendez? Pas .de Bouvean scandale; je vous demande cecî^ au nom de notre vieille amitié.

— Bon! bon! Verneuil, ne craignez riea 4e pareil. Je vous promets d'ilre, dés ce soir, dans les meiUeiirs termes avec toute la famille Wolf , y compris le mari et le dernier marmot. • . Ah çà ! *coiitinua*t-il gaiement en baissant la voix, il me semble que rafléire ne s^engage pas trop mal pour vous? Voilà déjà votre vieux noble qui s'humanise, et le mariage est en bon train. .. Â la bonne' heure donc! Quoique je n'épotise pas, je ne veux pas en dégoàter les antres*

Il soupira comme s'il allait avoir une rechute; puis 11 serra la main du colonel, et tandis que celui-ci sortait avecM. Ckiillaume, on retitendit demander gaillarderaienf , du haut de Tescalier, une pipe et une bouteille de vin du Rhin.

Révélatîoni.

Armand deVerneuil et son guide suivirent kl grande rue du village dans la direction des hauteurs où six ans aupâtravant la 6â* avait battu si glorieusement une division ennemie. Quand on eu(^ dépassé les dernières maisons, Guillaume indiqua de la main une route large et commode, qui s'enfonçait au milieu des rochers ; Veraeuil le regarda d'un air presque épouvanté.

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— Mais c'est le chemin du Val-Perda ?

dit-il.

^~ C'est vrai, répliqua doucement Guillaume.

Et il continua d'avancer.

La route élargie et parfaitement entretenue semblait fréquentée par des voitures; les ronces et les pierres qui l'encombraient autrefois avaient disparu. On eût dit de l'avenue d'un château seigneurial ou même d'une opulente bourgade. Armand, tout effaré, tournait la tète à droite et à gauche avec anxiété.

— Où me conduisez-vous donc ? balbutiat-il enfin.

— Je pensais que M. le chevalier l'avait deviné, répliqua Guillaume ; nous allons au Val-Perdu.

— Chez Philémon?

. — Chez M. de Rancey.

— Quoi ! M. de Rancey demeure-Ml... ?

Guillaume sourit mystérieusement.

— M. le chevalier, reprit-il, je puis ;

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maintenant ce qa'il m*é(ait défendu de vous révéler devant des témoins... Le personnage que vous connaissez sous le nom de Philé* mon n'est autre que votre parent, le comte de Rancey, Armand pâlit.

— Serait-il vrai? murmura-t-it. Gomment ce secret aurait-il été si bien gardé jusqu'ici ? Gomment mon parent se serait-il ainsi caché de moi, dont il avait comblé l'enfance de bienfaits?

— Souvenez-vous, dit Guillaume, dans quelles circonstances vous fûtes admis au Val-Perdu... Ge fut seulement quand vous eûtes prononcé votre nom devant moi que je me décidai à vous sauver en vous introduisant dans la retraite de Philémon. Je ne vous le cache pas, je reçus d'abord des reproches sévères ; votre parent vous affectionnait véritablement, mais il connaissait de longue main votre légèreté ; il tremblait que vous ne jetassiez du trouble parmi ces enfants

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ioqocenls, élevés ^ans la haine da monde et dans rignoranpe de la société... Vous n'avez que trop jqstîfié ses craintes; votre séjour afi yal-Perc)u a été ia ruine de ses espérances et le signal des plus terribles catastrophes.

— C'est vrai, mon Dieu ! c'est vrai l Ainsi do^c cet infortuné Lysandre, dont j's^i recueilli le derpier soupir, était*. •

— Votre cousin au ççcond d^ré, M. le chjBvalier; et si vous vous approchiez de ce tombeau de marbre que nous voyons d'ici , dans le cimetière de Rosen thaï, vous pourriez lire pour épitaphe : Ci-gît Ckarks-A»toine, vicomte é^e ftancey.

— £t... ^t... çe^e malheureuse jeune fille, balbutia Arii^and avec effort , cette belle et touchante Gs^^tée.

— C'élai|; la pupille du comte de Rancey, répliqua Guillaume laconiquement.

Ils liront encore quelques pas en silence. Tout à coup Verneuil s'arrêta.

— Je n'irai pas plus Iqin, dit41 avec r*

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lution en s'essayant les yeux ; je manquerais de courage pour affronter les reproches de ce malheureux père... Retournez près de lui, mon cher Guillaume, et dites-lui que, pénétré du sentiment de mes fautes, j*ai compris combien ma présence pourrait lui être pénible... Je vais descendre à Rosenthal et reprendre sans retard la route de France.

— Y songéz^vous, M. le Chevalier? Et la mission que vous êtes venu remplir ici sur l'ordre de rempcrcur?

— Quoi ! coiinatt-on aussi celte circonstance au Val-Perdu ? demanda le colonel au comble de l'étonnement.

— M. le comte est bien servi par ses agents de France , répliqua rihtendant avec quelque embarras; d'ailleurs, lui^mêrhe est arrivé récemment de Paris, et il a pu entendre dire...

— Enfin, peti impoHe comment bette nouvelle est parvenue jusqu'à lui... Toujours est-il qu'aucune considération d'intérêt per-

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sonnel ne me décidera à tenter une démarche qui serait presque une insulte pour mou parent, même la crainte de déplaire au plus puissant souverain du monde... Non, continua-Ml avec égarement, je ne reverrai pas les lieux jadis si paisibles où j'ai porté le deuil ; je craindrais que les roche"*s du Val- Perdu ne croulassent sur ma tète»

Guillaume conservait son attitude modeste et sereine.

— M. le chevalier, i«pri(-il humhlement, s'exagère ses propres torts, ou, tout au moins, il se trompe sur les dispositions du comte de Rancey à son égard. Si en effet mon maitre avait contre vous la colère que vous lui supposez, vous eût-il prié, par ma bouche, d'accepter dans sa maison une cordiale hospitalité?

— Vous avez raison, Guillaume ; et pourtant M. de Rancey me reproche certainement au fond du cœur d'avoir été cause de la mort de son fils aîné?

CiUPITAE IV. 81

— 11 ne saurait être injuste à ce point, car il sait aujourd'hui que ce malheureux jeune homme était allé lui-même au-devant de sa destinée. Ce n'était pas vous qui aviez donné à Lysandre ces fatales connaissances qui avaient exalté sa jeune imagination; ce

n'était pas vous qui aviez tracé dans des rocs, réputés inaccessibles, ce sentier inconnu par lequel il s'est échappé... Le comte a bien réfléchi à ces funestes circonstances, et il en a conclu que, sans vous, son fils n'eût pas moins couru tôt ou tard à sa perte. D'ailleurs, on n'ignore pas les événements de la terrible bataille qui a eu lieu sur le terrain où nous sommes; on sait comment vous emportâtes, au milieu d'une épouvantable mêlée , le pauvre Lysandre blessé et mourant... La dernière main qu'il a pressée a été la vàtre, la première larme répandue sur lui est tombée de vos yeux.

Guillaume lui-même , en rappelant ces tristes souvenirs, était vivement ému.

8S LE yAL-PBIlDD.

— ijd n'ai fait que mon devoir envers ce généreux enfant, répliqua Verneuil d'un ton sombre, le n'ai fait que lui rendre dévouement pour dévouement. •• Ahl si j'avais pu donner ma vie en échange de la sienne, de quel lourd fardeau je serais délivré aujoufr d'hui !•.. Mais si le comte sait vraiment combien j'avais été impuissant à enipécher la rébellion de son fils, mes torts envers Galatée doivent lui paraître tout à fait inexcusables.

— En effet, M. le chevalier, votre conduite cette fois a été cruelle et odieuse. •• Tromper une naïve créature qui n'était pas en garde contre vos séductions mondaines, c'était mal, bien mal!... Cependant il est h considérer que votre abandon ne fut pas volontaire, que toutes vos propositions de réparation avaient été rejetées, et qu'enfin un excès de sévérité poussa seul la pauvre petite à d'affreuses extrémités. ..

Le colonel prit à la fois dans les sie

les detix mains de rintéfidant, et les serra avec transport.

— M. Guillaume, dit^il, vous êtes un digne homfne; volts êtes moins sévère pour tnoi que ma propre conscience ; voth3 indnlgeiice adoucit , sans les étëitîdre , mes remords secrets*.. Âh! si je pouvais croire que Philémota, je veux dire mon parent M. de Raiicey , méjuge de même!...

— Comme j'ai déjà eu Thonneur de l'dssnrer à M. le èhevalier, se sont là exactement les sentiments du comte. £n dépit de son humeur sonihre et souvent hitàtre^ il est plein de bonté; et, s'il faut l'avouer, je soupçonne qu'il s'accuse lui-même d'avoir été la cause première du malheur de ces deux pauvres enfants en les séquestrant du monde et en leur interdisant des prérogatives qui soiit comme de droit naturel.

-^ S*il en est ainsi, reprît le colonel après une pause, je n'hésiterai pas davantage à accepter l'invitatiëh de M. de fcàncëy et à

tenter d'effacer rimpression défavorable qu'il a conservée de moi... Il ne peut plus être question , ajouta-t-il comme à lui-même , des projets qui m'ont rappelé dans ce ^ays : une proposition que je pouvais adre'' >er convenablement à tout autre parent .»eralt une insulte pour Philémon, le père de Lysandre, le tuteur de Galatée... Mais pauons : dût mon cœur se briser à l'aspect de ces lieux où m'attendent tant de souvenirs douloureux, je ne puis refuser de voir ce vieillard infortuné!

Ils se mirent en marche de nouveau. Bien-' tôt le colonel se tourna vers son guide et loi dit d'un air pensif :

— Loin de moi, M. Guillaume, la pensée de surprendre les secrets de M. de Rancey ; néanmoins, au moment de revoir une personne connue de moi sous de si étranges rapports, la curiosité est bien légitime. Si donc votre fidélité envers votre maître ne vous interdisait pas de me donner su

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