CHAPITRE T. i
rez comme vous l'entendrez... Mais si vous êtes mal, vous n'aurez pas du moins à vous reprocher longtemps de n'avoir pas accepté mes offres, car demain matin ma famille et moi nous sommes dans la nécessité de partir pour la France.
— Demain ! répéta le vicomte avec étonnement.
— Quoi! mon père, demanda la jeune f emme^ voys voulez ...
— Demain, répéta M. de Rancey d'un ton péremptoire ; que tout le monde se tienne prêt!... Mes enfants, ajouta-t-il, je vous laisse le soin de faire les honneurs de la maison. Pour moi , j'ai des arrangements à prendre, que notre prochain départ ne me permet pas d'ajourner. Nos hôtes m'excuseront.
En même temps il salua et rentra dans la maison sans pouvoir cacher tout à fait un mécontentement profond. Après son départ, le vicomte et la vicomtesse échangèrent quelques mots à voix basse , tandis que Ravaud
I5S LE YAL^ranu.
disait au coloDel en essuyant sen visage baigne de sueur :
— Ah! Vernenil, Verneuil, à quelle humiliation me suis-je exposé pour yous ! Hais je m'y attendais, car j'étais sûr qu'on ne me verrait pas ici d'un bon œil, et je m'étais résigné d'avance i supporter les avanies. Ce vieil aristocrate m'a reçu comme ces lâches bourgeois des villes italiennes, qui commençaient toujours par nous tirer des ooup^ de fusil quand nous arrivions chez eux, et qui finissaient par nous servir leurs meilleurs vins et par laver nos guôtres quand il nous voyaient les plus forts... Enfin me voici dans la place, €( J6 gage que je trouverai bientôt moyen de me venger... Patience!
Ii^apparîtîon.
Le reste de la journée se passa sans encambre; le sonper fui* même assez gai, gràeeà Ravaud, qui se mettait à l'aise comme si sa présence eût été fort souhaitée au Val-Perdu. A la vérité, le comte lui-même paraissait avoir tout à fait f>rts son parti de cette intrusion scandaleuse, et pendant le repas, où les meilleurs vins de France et d'Allemagne ne furent
pas épargnés, Tami d'Armand avait été particulièrement l'objet de ses attentions. A l'issue du souper, M. de Rancey, prétextant encore la nécessité de se préparer au voyage du lendemain, rentra chez lui, et les deux militairesy après avoir demandé poliment congé à leurs hôtes, se mirent en devoir de se retirer dans la chambre qu'ils devaient occuper en commun.
11 était déjà tard, et depuis le retour de la nuit, le colonel était retombé peu à peu dans son humeur noire. Ravaud, au contraire, légèrement ému par ses libations nombreuses, se montrait bruyant et causeur. Au moment ou, précédés d'un domestique qui portait un flambeau , ils traversaient le vestibule pour gagner l'escalier, quelqu'un qui se tenait dans l'ombre souhaita d'une voix douce une bonne nuit au colonel.
— Une bonne nuit, M. Guillaume! répéta Verneuil avec un sourire mélancolique en reconnaissant le confident du co