‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 58 sur 70 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

el le goulot d*un flacon d*eau-de-vie , et Verneuil dat en avaler quelque gouttes malgré sa résistance. Cette liqueur réconfortante, J:)ien qu'elle ne fût pas précisément ce qui convenait le mieux à son état, le ranima un peu.

— Somnes-nous seuls, capitaine? demanda-t-ii en promenant autour de lui des yeux égarai ; êtes-vous sûr que nous soyons seuls?

— Et qui diable pourrait pénétrer ici , à moins de prendre le chemin que j'ai pris moimême, ce'uî de la fenêtre? La porte est fermée à double tour, et personne ne saurait entrer sans notre permission.

— On est entré pourtant, et je n'oublierai jamais la visite que j'ai reçue ici tout à l'heure... Mais où étiez- vous, Ravaud, pendant que j'avais si grand besoin de votre présence et de vos encouragements ?

— Ma foi, Verneuil, répliqua Ravaud d'un air embarrassé, je commence à croire comme

VOUS que cette maudite maison est vraiment ensorcelée. En vous quittant, je suis allénne mettre en enibiiscade dans un buisson à quelques pas du grand oranger; mais, voyez le guîgnon! A peine y étais-je installé, que j*al senti une invincible envie de dormir. Sans doute le vin que j'ai bu ce soir était d'une qualité particulièrement capiteuse, ou bien, ce qui est plus probable, on y a mêlé quelque drogue soporifique, car j'ai tenté vainement de lutter contre ce sommeil. D'ailleurs , ma mission m'interdisait toute espèce de mouvement pour faire circuler mon sang engourdi. Je suis donc resté sottement étendu sur l'herbe humide jusqu'au moment où le cri que vous avez poussé m'a réveillé en sursaut. Alors je suis parvenu à secouer un peu l'espèce de torpeur qui s'était emparée de moi, et j'ai grimpé jusqu'ici à grand'peine... En ce moment encore, je ne sais ce que j'ai; ma tète bourdonne comme un pot d'eau sur le feu, et je puis à peine me soutenir.

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£n même temps il étendit les bras, et bâilla à se démonter la mâchoire.

— Et quand vous êtes entré ici , Ravaud , deHoanda le colonel avec agitation , n'avezvous Ytt personne ?

— Eh! qui diable aurais-je pu voir? La chambre était noire comme un four. .. Je vous al appelé, vous n'avez pas répondu. Je me suis empressé d'allumer la bougie, et alors je vous ai trouvé les pieds entortillés dans le matelas qui devait me servir de lit, le visage contre terre, pâle et sans 'mouvement comme un. cadavre. La peste me crève! Armand, j'ai été sur le point de perdre la tète en vous voyanA dians cet état... Mais enfin, vous voici mieux, et je vous prie de m'explîquer ce qui

. s'est passé pendant que je ronflais là-bas sur le gazon. 11 s'agit enoore de quelque revenant, j'en jurerais !

Verneuil fit un signe de tête.

-— Qu^ l'enfer qui les a voiaiis les ravale et les garde dans son maudit ventre ! s'écria le

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capitaine en serrant les poings; vraiment, mon pauvre Verneuil, si cela dure seulement vingt*quatpe heures de plus, vous y laisserez la peau... Mais exposez -moi la chose; vous n*étes pas homme à faire ainsi la carpe pour une bagatelle.

Armand lui conta d'une voix faible, non sans des soubresauts et des tressaillements fréquents, l'étrange visite qu'il venait de recevoir, et sa conversation avec la personne inconnue. Ravaud écoutait bouche béante.

— Je m'y perds, parole d'honneur! dît rhonnéte capitaine en laissant tomber ses bras contre son corps ; c'est la bouteille à Tencre ; je barbote, je n'y suis plus du tout... A moins, eontinua-t-ild'un air de réflexion, que vous ne soyez décidément sujet à rêver tout éveillé !

— Oh ! non , non , Ravaud , cette fois j'en suis certain, répliqua Verneuil avec assurance : pendant que cette voix surnaturelle me parlait, je me souvenais de vos conseils : malgré mon trouble, j'avais le courage d'

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