CHAPITRE VI
ftavaud comprendra sûrement qu*après avoir ainsi outragé le mattre de cette maison, il serait, sage à lui de ne pas s'exposer à de déshonorantes représailles.
— C'est juste, reprit Ràvaud avec amertume, et, dans ce cas-là, je ne pourrais sans doute compter sur Tappui du colonel Verneuil... £] bien! je pars, Armand. Je suis entré presque de force dans cette maison, espérant pouvoir vous être utile ; j'en sors maintenant honteusement chassé pour avoir embrassé trop chaudement vos intérêts; vous vous en souviendrez peut-être un jour. . . Adieu.
Il tendit la main au colonel, qui ne la serra pas et détourna la tête. Les yeux de Ravaud devinrent humides, mais il salua en silence et il allait s'éloigner, quand la vicomtesse de Rancey rentra toute joyeuse. A l'air consterné de Ravaud, elle devina de suite de quoi il s'agissait.
— Ne nous quittez pas si vite, capitaine,
dit-elle en souFiant; vous n'êtes peut-être pas UB aussi gyand criminel que Fou a l'air de le croire, et je ne désespère pas de faire bientôt votre paix avec mon père; peut-être ne serat-il pas trop difficile sur les excuâes qu'il est en droit d'attendre, car il parait avoir enfin conscience de certains torts, sinon envers vous, du moins envers quelqn^ifi de votre connaissance.
— Ah ! madame, dit le pauvre R? vaud avec ungfos soupir, ce n^est pas M. de i«aneey qui est ici le plus injuste et le plus sévère pour moi!
— Bah ! courage, répliqua la bonne pelite femme ; v^tre ami , en ce momi^t aigri par la souffrance, pardonnera à tous ceux dont il aura cru avoir à se plaindre , quand il sera complètement heureux. •« Et il le sera avai^ la fin de cette journée, je voua l'affirme.
— Heureux ! moi ? dit Yerneuil.
— Ne secouez pas ainsi la tête, mon cher cousin : oui, je vous le répète, aujo
CHANTRC VI. i^
même vos cbagrins finiroBt... Mais ne me questionnez pas ; j'ai promis le secret, et je me sauve de peur de manquer à ma promesse... Pour vous, retirez-vous dans votre ckambre, et tenez-vous prêt A vous rendre au pré des Anémones quand on vous fera prévenir.
— Au pré des Anémones ? balbutia Armand; quel rapport peut avoir ee lieu sinistre avec...
— C'est Tordre de mon père , et aussi bizarres que soient ses fantaisies , on est habitué ici h s'y soumettre aveuglément... Faites comme noue;, et, cette fois , vous ne vous en repentirez pas.
— Madame, ditRavaud timidement, le colonel Verneuil est bien faible, et l'endroit dont vous parlez est éloigné ...
^ Eh ! le colonel n'a-t-il pas votre bras si robuste et si dévoué pour lui servir d'appui?... D'ailleurs , si sa démarche est chancelante quand il ira au pré des Anémones, je vous
200 us VAL-PBRDn.
garantis qu'au retour il marchera d'un pas fier et assuré... Mais je finirais par en trop dire; courage, Armand, courage!
Et elle s'enfuit.
Vèrneuil se perdait dans un chaos de réflexions contradictoires. Enfin il se leva , et posant la main sur l'épaule de son ami , comme s'il n'y avait pas eu entre eux une récente querelle, il lui dit d'un air d'égarement :
— Ravaud, mon bon Ravaud, est-ce que je rêve encore?
— J'espère que non, répliqua avec émotion le brave militaire. Je commence même à croire que vos prétendus rêves étaient des réalités.
Armand darda sur lui un regard de feu.
— Ravaud, murmura-t-il , auriez «vous aussi le soupçon que Galatée?...
— ^ £h bien ! oui. Que le fait soit possible ou non, il me parait résulter nécessairement de tout ceci que votre Galatée est encore vivante.