CHAPITRE Tl
— Vivante ! dis-tu? répliqua le colonel en se jetant dans ses bras et en fondant en larmes; Galatée vivante !••• Mes yeux m'auraient-ils trompé? Un miracle se serait-il accompli ?
— Miracle ou autre chose, c'est maintenant la seule explication raisonnable que je puisse trouver à tout ce qui vous arrive*. • Mais ne nous bâtons pas de nous réjouir ; le but des manœuvres du comte commence à m'apparaitre assez cteirement... Défionsnous des pièges, Armand ; on veut peut-être encore nous tromper !
Le pré de* Anémoaet.
Les deux amis, tout à fait réconciliés, étaient enfermés dans leur chambre et causaient avec chaleur quand on gratta doucement à la porte. Ravaud alla ouvrir, et le petit Charles, dans sa plus pimpante toilette, les cheveux fraîchement bouclés, entra en sautillant. Il courut au colonel et lui baisa la main.
— Mon bon ami , lui dit-il avec sa gentil-
204 LE VAL-PEEOU.
lesse naive, voulez-vous me permettre de vous conduire au pré des Anémones?*.. Il est temps.
— Quoi ! mon petit homme, demanda Ra-r vaud étonné, est-ce vous qui deve: nous servir de chef de file? Vous êtes encore bien jeune pour marcher devant des 'officiers de l'empereur.
— Allons donc , capitaine , reprit l'enfant en se redressant d'un air martial, i e m'a-t-on pas dit qu'il y avait dans l'armée de l'empereur des tambours qui n'étaient pas plus grands que moi?
— Bravo ! bien répondu , s'écria Ravaud émerveillé ; sur ma parole, ce. petit drôle est un prodige pour son àgel
Et prenant l'enfant dans ses bras, il lui râpa les joues avec sa rude moustache. Le colonel souriait.
— Pourquoi ne le suivrions-nous pas?
dit-il ; un pareil messager ne peut annoncer que joie et succès... Partons.