CHAPITRE PRBlIlBt
— Remerciez Dieu, vous êtes sauvé! vous voici an Val-Perdu.
An même instant, ils se trouvèrent en • pleiik air, à l'extrémité d'une charmante avenue dé tilleuls, s'étendant à perte de Toe. Un peu remis de son étourdissement, le capitaine se retourna pour examiner le passage qtiil venait de traverser ; mais le rocher s'était déjà refermé derrière lui sans laisser aucûiie frace de porte ni de souterrain. Il allàh demander des explications a son conducteiîr, quand une exclamation d'étonnemeht et presque de terreur parfit i deux pas de lui et détourna sbii attention.
Celui qui l'avait poussée ressemblait d'une nianière si frappante, à l'habitant du chalet; i^tt'on le reconnaissait tout d'abord pour lé frère de M. Guillaume. C'étaient le même costume, la même contenance modeste^ lè^ tnèmes traits doux et bienveillants.
Seulement eh ce moment, tandis que le visage de M. Guillaume conservait sa séré*
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nité ordinaire, celui de son frère était bouleversé par une violente émotion,
•— Guillaume, demanda le portier mystérieux du Val-Perdu, mon cher Guillaume, à quoi pensez-vous? Je me serais attendu à voir ces montagnes s'abimcr avant de voir mon frère^ introduire un étranger parmi nous!... /{ en mourra de chagrin et de colère.
M. Guillaume secoua la télé en souriant.
— Rassurez-vou^, mon bon Victorien, dit-il , je lui expliquerai mes motifs, et il les approuvera. J'ai été plus loin que vous dans ses confidences, et je réponds de tout. Allons néanmoins le trouver sans retard .
— Bien volontiers, mon frère ; je n'oserais jamais seul affronter son mécontentement.
M. Guillaume, toujours souriant, ajouta quelques mots à voix basse, et passant son bras sous celui de Victorien, il parut se disposer à s'éloigner avec lui. Puis, se tournant vers le militaire ébahi :
CHAPITBE PREMIER. 45
— M. le chevalier, dit-il avec politesse, les circonstances qui m*ont déterminé à vous conduire ici étaient impérieuses, et je n'ai pas eu le temps de prendre les ordres de celai qui seul a le droit de commander au Val-Perdu. Souffrez donc que mon frère et moi nous remplissions ce devoir ; vous n'attendrez pas longtemps, je Tespère... Montez par ici, continua-t-il en indiquant un sentier vert et fleuri qui serpentait à la base du rocher ; lâchant vous trouverez un siège, et vous pourrez vous reposer jusqu'à notre retour. •• A bientôt.
Il s'inclina sans attendre de réponse, et les deux frères s'éloignèrent en causant avec vivacité. Bien(6t le bruit de leurs voix et de leurs pas s'éteignit dans l'éloignement, et le capitaine resta libre de s'iabandonner à ses réflexions.
La réflexion, cependant, devenait inutile, car pour comprendre ce qui lui arrivait, Armand aurait eu besoin d'une donnée tant
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soit peu probable, et 9a raison était confondue. Aussi renonçà-t^il promptement à chercher le mot d'une énigme encore insoluble poàr lui. Se rappelant Finvitation de M. Guillaume,^! gravit le sentier et il atteignit un petit belvédère nioitié verdure, moitié construction, d'où r^ti domîniàit toute la vallée. Là il s*as8it sûr un banc rustique et' promena ses regards autour de lui.
A mesure qu'il se livrait à cet examen, son visage exprimait tour à tour les' émotions les phrs divefsiss ; rétohnemeiit , Tadmiration , ^
l'embarras s'y succédaient atéc rapidité .
L'Aroadîe.
C'était en ptteX un féerique et menreilleux table^«. qui s'offrait aux yeux. éUouîs du capitaioe Verneuil.
Au-dessous ; de lui s'étendait un riclie et planitureux bassin» protégié de tous câtés par des montagnes et 4es.xacbers médiocrement.: élevés, mais . infranobissabtes, Ces^monta^ gnes étaieiit elles-méme^ couvertes de ver-
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dure souvent jusqu'au sommet, et des bouquets d'arbustes fleuris tapissaient les blocs isolés. Ce magnifique encadrement embrassait la vallée d'une demi-lieue de circuit, qui semblait à la fois un jardin anglais, une solitude riante et un délicieux verger. La main de l'homme, il est vrai, avait essayé d'ajouter au charme de la nature; mais l'art prenait dans ce lieu ravissant des grâces si simples, des allures si naïves, qu'il se confondait aisément avec l'œuvre de Dieu.
Un torrent, descendu des hauteurs en cascades de neige, formait là un courant rapide sur les cailloux blancs, plus loin un joli lac aux eaux paisibles, aux rives fraîches, émaillées de saltcaires et de glaïeuls ; il murmurait quelquefois sous des voûtes de saules au feuillageargenté, ou il glissait en silence sous des ponts rustiques formés d'un tronc d'arbre moussu; et enfin, après mille méandres, il venait s'engloutir dans un gouffre à Ta"*"-' extrémité du val. A droite et à gauch<