‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 9 sur 70 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

torrent, le regard errait sur des boulingrins in^menses, des bosquets d*arbres exotiques au feuillage de diverses couleurs, des champs fertiles, des espaliers chargài des fruits les plus savoureux que peuvent produire la France et ritalie. Au milieu de ces prairies, de ces massifs de yerdure, apparaissaient çà et là des statues blanches de dieux de la Fable et de nymphes immobiles sur leurs piédes* taux. Des pavillons chinois au toit garni de sonnettes, des kiosques de marbre, des belvédères de clématite et de liserons, étaient disposés partout où il y avait un site à admirer, une particularité pittoresque à remarquer. Dans les clairières silencieuses on voyait des ifs taillés à la serpe en forme de berceaux, d*obélisques, de vases antiques; ou bien un jet d'eau projetait sa gerbe de cristal, avec un bruit monotone et doux, jusqu*au sommet des marronniers odorants groupés autour de son bassin de gazon.

On découvrait aisément la demeure de I. 5

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l*k9bitant ou des habitants de ce séjonr enchanté, vers le centre de la vallée, à travers nn parterre de fleurs symétriquement des» sine. C'était uii vaste et élégant chalet, au teit d'ardoises, aux galeries à jour ei aux balcons ouvragés, aux larges fenêtres munies d*innombrables vitres en losange. Une vigne joyeuse étalait ses pampres verts sur la façade et projetait victorieusement quelques branches par-dessus le toit. Bans le lointain et à une certaine distance de la maison principale, on entrevoyait, cachés derrière un rideau d*arbres, des bâtiments plus considérables mais moins somptueux, sans doutedes étables pour les beaux troupeaux de bœufs et de moutons occupés à paître au pied des montagnes.

Une température tiède et voluptueuse régnait dans ce petit Éden. Le soleil qui touchait déjà le sommet des pics voisins dorait le paysage de teintes chaudes sans a'*-''^"» réfonnante transparence de Tair. Une

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légère commençait à s'éleTer sur ie lac, chargée de seateurs délicieuses ; c'était comme Todeur de l'oranger et du jasmin, mêlée aux parfums du sard et de l'églantier des Alpes. Mille bruits mélodieux s'élevaient de toutes parts ; sous la feuiliée on entendait gazouiller les oiseaux des bois ; le cliquetis clair des jets d'eau dominait le murmure sourd des cascades, et le soa argentin des clochettes des vaches se mêlait par moments à ces douces harmonies.

On comprendra aisément que le soldat de la république, l'imagination encore remplie des scènes d'horreur et de carnage dont il venait d'être acteur et témoin , se crut le jouet d'un rêve ou d'une hallucination. Ce monde brillant, impossible, au milieu duquel il se trouvait transporté d'une manière si singulière ne pouvait être réel ; et il cherchait, par un effoK de volonté, k lui enlever son prestige en isolant chaque détail de l'ensemble. Mais ses efforts étaient im-

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puissants ; il attendait vainement que le mirage cessât, que cette contrée fantastique s*effaçât pour reprendre les tristes proportions d*un désert; cet éblouissant tableau était toujours là, immobile, invariable, dans sa splendeur et sa riche poésie.

Tout à coup le son d'un flageolet qui jouait un air traînant et langoureux se fit entendre à quelque distance. Puis Tinstrument se tut, et une voix fraîche, quoique un peu inculte, chanta sur le même air les paroles suivantes que tout d*abord Armand reconnut pour être de la Fontaine :

Citoyens de cette onde, Laissez votre naïade en sa grotte profonde, Venez voir un objet mille fois plus charmant; Ne craignez point d*entrer aux prisons de la belle.

Ce n>8t qu^à nous qu'elle est cruelle.

Vous serez traités doucement:

On n*en veut point k votre vie.

Un vivier vous attend, plus clair qu*nn fin cristal , Et quand à quelques-ans TappAt serait fatal, Mourir pour m(m Ettelle est un sort que J*cnvie.

L'officier cherchait des yeux ce chantt

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