CHAPITRE PREMIER
— Galatée ! soupira le jeune homme en cherchant à lui prendre la main. n'oubli»*/ pas Galatée... elle vous aime... Dites à mon père...
Il ne put achever ; un léger souffle glissa à travers ses lèvres livides, et il retomba sans mouvement.
Verneuil poussa un cri déchirant, et se jeta le visage contre terre, en proie au plus allreux désespoir. Le pasteur et Claudine s'étaient agenouillés près du cadavre ) et priaient en pleurant
Le lendemain , une division de l'armée française vint renforcer la "nrnison de Rosenlhal. et le général commandant félicita publiquement Verneuil de son courage aux acclamations de tous les soldats réunis sur la place du bourg.
— Ils appellent cela du courage! murmurait Armand avec un sourire amer.
Les voyageurs.
Nous profiterons ici de notre privilège de romancier, privilège qui va jusqu'au quidlibet audendi, accordé par Horace aux peintres et aux poètes, pour franchir d'un bond cinq ou six années.
Un jour de printemps de l'année 1805, une voilure de poste, attelée de quatre chevaux. montait rapidement les coteaux qui s'étalent
2G LE VAL-PEBDU.
en vastes gradins du lac de Zurich au village de Rosenlhal. Deux domestiques en livrée, assis sur le devant de la voiture, annonçaient des voyageurs de quelque importance, et l'aspect des maîtres eux-mêmes ne démentait pas cette opinion. C'étaient deux Français , deux militaires , comme on pouvait en juger, malgré leurs costumes bourgeois, à leurs manières un peu roides , à leur parler brusque, à leur prodigalité. Ils venaient de France par Genève, et, tout le long de la route , ils avaient laissé l'or glisser entre leurs doigts avec autant d'insouciance que des pièces de cuivre ; aussi les aubergistes et les postillons avaient-ils célébré , les uns avec leurs fouets, les autres avec leurs langues, non moins agiles et non moins bruyantes, les splendeurs et le haut rang de ces opulents voyageurs. Le plus jeune des deux, celui qui paraissait le personnage principal, portait la rosette d'officier de la Légion d'honneur , et cette distinction , alors beau-