CHAPITRE II. il
de réflexion, il n'y a pas là de quoi se tourmenter beaucoup... L'empereur veut vous marier avec une jolie fille pourvue d'une grosse dot, il faut le laisser faire ; il veut encore que vous lui ameniez voire vieux noble de parent (quelque ancien marquis à culotte brodée et à ailes de pigeon. j'imagine!) je n'y vois pas de mal, si toutefois vous parvenez à mettre la main sur l'oiseau. Seul. Je ne trouverai pas mon compte à cet arrangement, et décidément il ne me reste qu'à m'enterrer ici avec une femme, des enfants et des lapins...
— Et pourquoi cela, mon bon Kavaud?
— Pourquoi? répliqua le capitaine d'une voix altérée, en serrant vigoureusement la jnain de Verneuil, parce que la différence des grades nous avait déjà bien assez éloignés l'un de l'autre. Armand , quand une fois vous aurez épousé une demoiselle de haut parage, quand vous serez baron et en touré de vos parents les aristocrates, vous ne
pourrez plus avouer pour ami un troupier san6^culoUe comme moi, qui jure, qui sacre sans>«esse- à- se démonter la mâchoire, un butor destiné à vivre avec des butors comme lui... Aussi, je vous le répète, je me fais paysan , je donne ma démission... j'aime mieux ça.
Et une larme brilla sur la joue bronzée du militaire;'
Armand lui rendit chaleureusement sa pression de main.
— Me jugez-vous si mal, Ravaud? reprit-il avec cordialité ; ce mariage que je n'ai pas souhaite, et qui peut-être contribuera à augmenter mes chagrins secrets, pourrait-il aussi m'obliger à sacrifier une amitié longue et éprouvée comme la vôtre? Je ne sais ce qu'il aviendra de tous ces plans ; mais souvenez-vous que, dussé-je épouser une duchesse, mon vieux compagnon d'armes aura toujours sa place à mon foyer cl dans mon coeur.