‹ Le val-perduChapitre 21 sur 96 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et grand nombre de marmots se pressaient déjà autour d'eux.

Ce fut au milieu de ce concours universel des habitants de Roseiîthal que le colonel et Ravaud mirent pied à terre. L'hôte, gros homme rouge, au nez camard, et qui exhalait une forte odeur d'aigre, car il cumulait les fonctions de marchand de fromage avec celle d'aubergiste, ôta gauchement son bonnet pendant que sa femme faisait une humble révérence. Au moment où les arrivants, pour se soustraire à cette curiosité importune, entraient dans la maison, Havaud se trouva face à face avec la féconde hôtesse. A peine l'eùt-il envisagée qu'il pâlit, chancela, et s'écria avec un accent d'anxiété :

— De par tous les diables! c'est... ce ne peut être qu'une sœur ou une parente de ma chère Claudine Penhofer !

ni

L'auberge.

Le colonel Verneuil ne remarqua pas l'émotion de son compagnon, car lui-même était fort agité, et il s'empressa de demander une chambre. L'aubergiste le conduisit à la chambre d'honneur, située au premier étage de l'hôtel, pendant que Ravaud se glissait furtivement vers une sombre pièce du rez- 2. 6

de-chaussée, où il venait de voir entrer la maîtresse du logis.

— Mon ami, demanda Armand en se jetant dans un fauteuil, êtes-vous établi dans ce village depuis longtemps?

— Depuis cinq ans environ, répliqua l'hôte au nez camard en baragouinant le français ; oui. je me suis marié moins d'une année après le sanglant combat où Rosenthal fut presque abimé par les Français!...

— Vos amis les Allemands eurent bien quelque part à ce désastre, répliqua le colonel avec un léger sourire; mais s'il en est ainsi, vous devez connaître les principaux habitants du pays?

— Tous, monsieur, répliqua l'hôte en se rengorgeant; tous, grands et petits, à plusieurs milles à la ronde... Les voyageurs les plus huppés viennent loger chez moi, et les gros bourgeois se réunissent souvent ici pour tàter de mes vins de France. De plus, je fais le commerce des fromages du pa\s, et je suis

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on relation d'affaires avec tous tes propriétaires, les fermiers et inème toutes les ménagères du voisinage.

— Alors vous connaissez nécessairement le comte de Rancey, ou du moins von^ <mz entendu parler do lui?

— Si je connais le comte de Rancey? Oui, oui, monsieur; un vieux et respectable seigneur qui habite à un quart d'heure de marche de Rosenthal, et qui est, dit-on, assez riche pour acheter tout le canton... Oui, je leconnais, et non-seulement lui, inaisencnre le vicomte de Rancey son fils, et la vicomtesse sa belle-fille, et aussi le petit M. Charles, le plus aimable enfant du monde... C'est une belle famille, monsieur, et qui fait du bien autour d'elle. Le comte a traversé le village, il y a deux jours, en revenant de France, même qu'il avait dans sa voiture une da'me voilée dont la présence a fort intrigué les curieux du village.

— Il arrive de France, dites-vous, reprit

Vejçueuil surpris en songeant aux difficultés qu'il avait éprouvées à Paris pour découvrir ce parent qui se trouvait alors si près de lui ; il ne réside donc pas habituellement parmi vous?

— H y -a sa demeure, monsieur; mais je dois convenir que lui et les personnes de sa famille se mettent assez souvent en voyage... Dame! écoutez donc: on dit que ce sont des émigrés, et ils sont enchantés d'aller, par intervalles, respirer un peu d'air natal de l'autre côté des montagnes.

— Depuis combien de temps habitent-ils près de Rosenthal ?

— Je ne saurais vous répondre au juste, monsieur; ils y étaient déjà quand j'entrai moi-même en ménage. Je me souviens seulement qu'on a fait des contes assez absurdes sur la manière dont ils se sont établis ici ; mais nos bonnes gens voient du merveilleux partout»

Le colonel ne jugea pas à propos de pousser

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