CHAPITRE III. Cj
par la naïveté de celte question. Enfin, vous m'avez entendu? A demain malin !
— Je ne peux pas me battre ; je suis père de famille. ,
— Raison de plus; vous devez l'exemple du courage à vos enfants.
— Je suis bourgeois de Zurich; j'invoquerai la protection des lois de la confédération*
— Et moi, j'aurai l'honneur de casser les reins à M. le bourgeois de Zurich, je jetterai par la fenêtre ce qui lui reste de meubles, et je mettrai le feu à sa bicoque.
— Oh! pour le coup c'est trop fort! décria Wolf poussé à bout; eh bien ! puisqu'il le faut je me battrai... J'ai été vivandier dans les Suisses de l'ancienne garde royale , et l'on verra si je manque de courage, sapermentï terteifïe!
Sans doute, le poltron révolte espérait bien en montrant tant d'assurance trouver jusqu'au lendemain quelque expédient pour faire manquer la renconlre. Mais sa fanfaron-
Ci L* VAL-PERDU.
nade eut un résultat inattendu. Claudine, qui était aux écoutes sur l'escalier, entra tout à coup traînant par la main sa ribambelle de marmots qui piaillaient et pleuraient à rendre sourds tous les assistants. Elle vint se jeter aux pieds du colonel en s'écriant d'un ton lamentable :
— Ah ! meinherr Ferneuil, ayez bitié de nous... saufez-nous de ce fou sanguinaire qui feut me rentre feufe et rendre mes bedits orphelins... Sur ma voi de grétienne, che ne lui ai rien bromis... che ne safais bas barler le vrançais comme auchourd'hui, guand il me fit ses pelles brobositions, il y a zix ans. Che n'ai bas bu lui tire gue che l'adendrais buisque che ne l'aimais bas; si c'eut été fous, che ne tis pas non, barce que vous étiez pon, vous... Mais lui, je le troufais puisque et laid... Défentez-nous donc gontrece méjant homme, qui feut duer mon bauvre mari !
En même temps elle embrassait les mains