CHAPITRE III
seul ici. et sans doute l'invitation de M. de Rancey ne concerne que moi...
— Il est vrai, l'habitation du comte est si étroite...
— Je me contenterai donc d'amener mon valet de chambre qui portera mes effets... Excusez-moi, Ravaud, continua-t-il en s'adressant au capitaine; vous voyez dans quel embarras je me trouve. Vous resterez ici, mais j'entends que vous vous traitiez le mieux possible.
— Ne vous inquiétez pas de moi, mon cher Armand, répliqua le capitaine; franchement je ne suis pas fait pour frayer avec des comtes et des vicomtes; je me trouverais fort mal à l'aise en pareille compagnie... Au bout d'une demi-heure les jurons qui me viennent sans cesse à la bouche, et qu'il faudrait ravaler, m'auraient infailliblement étrangle.
— Alors tout est pour le mieux. Mais surtout pas de nouvelle querelle avec les mai-
très de cette auberge, Ravaud ; vous m'entendez? Pas de nouveau scandale; je vous demande ceci, au nom de notre vieille amitié.
— Bon! bon! Verneuil, ne craignez rien de pareil. Je vous promets d'être, dès ce soir, dans les meilleurs termes avec toute la famille Wolf, y compris le mari et le dernier marmot... Ah cà! continua-t-il gaiement en baissant la voix, il me semble que l'affaire ne s'engage pas trop mal pour vous? Voilà déjà votre vieux noble qui s'humanise, et le mariage est en bon train... A la bonne heure donc! Quoique je n'épouse pas, je ne veux pas en dégoûter les autres.
Il soupira comme s'il allait avoir une rechute; puis il serra la main du colonel, et tandis que celui-ci sortait avec M. Guillaume, on l'entendit demander gaillardement, du haut de l'escalier, une pipe et une bouteille de vin du Rhin, nu I
Révélations.
Armand de Verneuil et son guide suivirent la grande rue du village dans la direction des hauteurs où six ans auparavant la 6*2° avait battu si glorieusement une division ennemie. Quand on eut dépassé les dernières maisons, Guillaume indiqua de la main une route large et commode, qui s'enfonçait au milieu des rochers ; Verneuil le regarda d\m air presque épouvanté.
— Mais c'est le chemin du Val-Perdu?
dil-il.
— C'est vrai, répliqua doucement Guillaume.
Et il continua d'avancer.
La route élargie et parfaitement entretenue semblait fréquentée par des voitures ; les ronces et les pierres qui l'encombraient autrefois avaient disparu. On eût dit de l'avenue d'un château seigneurial ou même d'une opulente bourgade. Armand, tout effaré, tournait la tête à droite et à gauche avec anxiété.
— Où me conduisez -vous donc? balbutiat-il enfin.
— Je pensais que M. le chevalier l'avait deviné, répliqua Guillaume; nous allons au Val-Perdu.
— Chez Philémon?
— Chez M. de Rancey.
— Quoi ! M. de Rancey deuieure-t-il... ? Guillaume sourit mystérieusement.
— M. le chevalier, reprit-il, je puis avouer