CHAPITRE IV
auteur gracieux et facile, M. le chevalier de Florian. avait donné une forme ingénieuse à ces attrayantes chimères ; on s'attendrissait aux malheurs de ses bergères, à la constance de ses bergers ; on relisait avec charme ses descriptions de la Provence et de la Suisse; on soupirait après le bonheur champêtre qu'il savait si bien peindre. M. de Rancey exagéra encore la fervente admiration de la haute société pour de pareilles idées. Jean-Jacques et M. le chevalier de Florian devinrent ses lectures favorites ; ces deux éléments de poésies frivoles et de philosophisme hardi se combinèrent dans son esprit et se complétèrent l'un par l'autre. Mais tandis que tant de personnes, en France, se contentaient de vanter la vie pastorale sans quitter leurs salons dorés , et ne gardaient les troupeaux que dans les madrigaux et les idylles , lui, toujours extrême, songeait sérieusement à appliquer les séduisantes utopies du philosophe et du poêle; il songeait à créer une pe- 2. 9
tite Arcadie à l'image de celle dont les livres lui avaient conté des merveilles. »
Le colonel de Verneuil ne pouvait dissimuler son étonnement enécoutanf Guillaume ; il ne comprenait pas comment cet homme, qu'il avait considéré jusque-là comme un sfrnple domestique, était capable de lui exposer en termes choisis la vie morale de M. de Rancey, et d'apprécier de si haut le milieu philosophique dont son parent avait subi l'influence. Guillaume devina sa peusée.
— Que Mb le chevalier, reprit-il en souriant, ne soit pas surpris de m'entendre m'exprimeravec quelque assurance sur ces sortes de matières... Grâce aux bienfaits du père de M. le comte, j'ai reçu de l'éducation, et ma jeunesse a été studieuse. J'étais secrétaire de M. de Rancey avant de devenir son intendant. D'ailleurs, j'ai entendu si souvent mon maître lui-même, exposer comment il s'était décidé à fuir le monde et à s'ensevelir dans un désert, qu'il ne m'est pas difficile