‹ Le val-perduChapitre 4 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mon détachement; cette fois je compte ne pas revenir.

Cette allusion au terrible combat dont Armand avait été récemment le héros refroidit un peu quelques jeunes conscrits ; mais deux ou trois grognards répondirent sans hésiter :

— N'importe, n'importe!... nous vous suivrons.

— Nous vous suivrons , répétèrent les autres.

— En avant donc, et vive la république !

Le capitaine s'élança le premier en brandissant son sabre ; les tambours battirent la charge, et toute la troupe s'ébranla avec un élan irrésistible.

Au moment où la colonne se mettait en marche, deux cris perçants partirent de la maison du pasteur, située, comme on le sait, à l'entrée du village.

— Mein Goll disait une jeune fille dont on n'apercevait que les yeux bleus et les Ùiains

jointes, a travers le soupirail d'une cave, le capitaine Verneuil va se faire tuer!

Mais on la ramena vivement en arrière, et la gracieuse figure disparut dans l'obscurité du souterrain.

m Armand, mon cher Armand, criait en même temps un homme qui se montra à une fenêtre brisée du premier étage, je suis ici... attendez-moi... Au nom du ciel, souvenezvous que vous êtes mon seul appui î

Le tumulte de la bataille, les roulements des tambours, les pétillements de la fusillade empêchèrent cette double interpellation d'être entendue. Armand continua sa course, sans se retourner, emporté dans le tourbillon d'une charge furieuse.

Alors celui qui venait de parler, jeune homme agile et dispos, franchit légèrement la fenêtre peu élevée, s'élança dans la rue, et rejoignit les troupes françaises qui déjà escaladaient les rochers.

Cependant l'ennemi attendait toujours dans

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ses positions que le détachement envoyé pour tourner le village donnât des signes de son approche. Le ralentissement du feii des Français lui faisait croire que la fi2" était déjà aux abois; aussi, quand les c0ups;4e fusil, qui éclatèrent à l'arrière dans les montagnes, annoncèrent le succès de la manœuvre, espéra-t-il n'avoir qu'à se montrer pour couper court à toute résistance. Quel fut donc son étonnement quand, le rideau de fumée qui couvrait les alentours s'écartent tout à coup, il aperçut les troupes répiiblicainrs s'avançant en bon ordre pour le chasser Ctete hauteurs.

L'audace de cette entreprise était telle que le général autrichien . avec sa prudence et son flegme germaniques , se fortifia dans la pensée qu'on lui tendait quelque piège. 11 ne pouvait comprendre qu'une poignée d'hommes osât venir l'attaquer dans des conditions où son extermination complète parafait

certaine. Il s'informa auprè> de ^es offic?ers

si la garnison de Rosenthal n'avait pu receu>ir des renforts. Lui-même promena sa lunette sur le paysage environnant pour rechercher ce qui avait pu justifier cet acte de folle témérité. Enfin, bien convaincu que les Français obéissaient seulement à cet instinct belliqueux . à cette furia nationale qui en fait les premiers soldats du monde, il commanda de repousser énergiquement l'attaque.

L'ordre fut exécuté aussitôt ; mais Verneuil avait mis habilement à profit le moment d'hésitation causé par sa manœuvre hardie. Quand les balles et la mitraille recommencèrent à siffler sur la tête de ses gens, ils étaient déjà arrivés au pied des hauteurs, où les roches éparses et les buissons les abritaient d'une manière sensible. D'ailleurs, une épaisse fumée ne tarda pas à envelopper de nouveau la colline ; les deux partis ne se vo\ aient plu vil l'on tirait presque au hasard. Aussi, quand, plus lard, le vénérable pasteur de Rosenthal racontait, assis devant sa port»».

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aux villageois réunis, les détails de cette lutte terrible, leur disait-il dans son langage biblique, en leur montrant la colline, qu'elle lui était apparue abus « eonune le mont Sinaï couvert de nuées, de foudres et d'éclairs, p Le bonhomme oubliait de mentionner qu'elle lui était apparue ainsi à travers le soupirail de sa cave.

Verneuil avait recommandé à ses soldats de ne pas perdre de temps a charger et à décharger leurs armes, mais d'avancer rapidement en réservant leur feu pour le moment décisif. Lui-même marchait toujours eu tète sans s'apercevoir qu'un homme qui ne portait pas l'uniforme français le suivait assidûment et semblait veiller sur lui avec une sollicitude fraternelle. Le capitaine ne jetait jamais un regard en arrière ; eni\ ré par cette atmosphère de poudre et de fumée , il dévorait l'e>paee . agitant *oo sabre avee uiir sorte de Iréne-i/ • ; et dan rares intervalles des décharges, on l'en-

tendait crier de sa voix retentissante :

— En avant ! en avant !

Néanmoins le feu des Autrichiens avait fait essuyer de grandes pertes aux assaillants ; plusieurs avaient été précipités en bas de la colline ; d'autres s'accrochaient tout sanglants aux rochers pour éviter le même sort. Mais ce fut surtout quand la 0:2e atteignit le sommet de la hauteur et dut s'arrêter pour se reformer qu'elle éprouva desdommages considérables. En une minute, le sol fut jonché de morts et de blessés ; le canon emportait des files entières; le sang ruisselait de toutes parts.

Au milieu de cette scène de carnage, Armand ne semblait occupé que du soin de réunir ses hommes et de les mettre promptement en ligne. Il y parvint enfin, et aussitôt jl les lama au pas de course sur les rangs autrichien?*. Arri\é à trois pas d'eux, il commanda feu. à son tour, el une effroyable explosion ébranla la campagne.

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