CHAPITRE PREMIER
L'effet de cette décharge générale fut magique; la plupart des coups, tirés presque à bout portant, avaient fait plusieurs victimes. Les Austro -Russes parurent comme foudroyés. Verneuil, sans leur donner le temps de se reconnaître , ordonna d'en venir à la baïonnette, cette arme si redoutable dans des mains françaises. Lui-même se précipita vers les canons, objet de sa convoitise, et se mit à sabrer les artilleurs sur leurs pièces.
La lutte prit alors urt caractère nouveau; on se battait corps à corps et à l'arme blanche, mais le combat, pour être moins bruyant qu'auparavant, n'en était pas moins terrible. L'ennemi , cruellement décimé par la décharge à bout portant , conservait pourtant l'avantage du nombre, et chaque Français devait faire face à plusieurs adversaires. Aussi, malgré la valeur cl l'acharnement des assaillants, nul n'eût pu prévoir encore quel parti serait définitivement vainqueur.
Dans ce moment de crise, Armand s'expo-
sait avec une témérité explicable seulement par son désir bien arrêté de mourir. Comme nous l'avons dit , il s'était jeté sur les artilleurs allemands, et il ne s'inquiétait pas si ses hommes étaient à portée de le soutenir. Le visage enflammé, l'œil en feu, il venait de renverser un des chefs de pièce, quand un autre artilleur arma son mousqueton et le coucha en joue. Le capitaine ne vit pas ce mouvement ; une voix déchirante s'écria derrière lui :
— Prenez garde à vous, capitaine Verneuil !
En même temps quelqu'un s'élança, et deux bras se serrèrent autour de son corps. Ne sachant encore s'il avait affaire à un nouvel ennemi, l'impétueux Verneuil s'efforçait de se dégager de cette étreinte imprévue ; mais un coup de mousquet partit tout près de lui; aussitôt les bras se détendirent d'euxmêmes, et celui qui le pressait tomba frappé d'une balle à travers la poitrine.