CHAPITRE IV
pieux de bois sec furent enfoncés dans la partie où elles s'inséraient au flanc êè la montagne, connue cela se pratique pour les blocs de grès qui servent à faire des meules de moulin. Au premier orage, les coins de bois, gonflés par la pluie, détachèrent les rochers qui croulèrent avec un épouvantable fracas. Le défilé fut entièrement obstrué, et
il ne resta plus d'autre entrée au Val-Perdu
que l'entrée secrète qui vous est connue. On fut persuadé à Rosenthal que la vallée tout entière avait été abîmée pendant cette terrible tourmente envoyée par le ciel pour servir nos plans, et, comme vous pouvez le penser, je n'ai jamais contredit cette opinion. «rCes mesures prises, j'écrivis à mon maître que tout était prêt pour le recevoir. Le comte, de son côté, avait bien employé le temps ; il avait réalisé la plupart de ses immenses propriétés et il avait placé les fonds en provenant sous mon nom et sous celui de mon frère Victorien, qui lui étions dévoués jus-
9i LE VAL-PERDU.
qu'à la mort. Quant à celles qui n'avaient pu être vendues, il nous les avait cédées par acte authentique, et les fermiers devaient, chaque année, nous en adresser les revenus comme aux véritables propriétaires. Ces précautions eurent le plus heureux résultat , plus lard , quand éclata la révolution. Alors que tant de fortunes territoriales passaient, à tilre de biens d'émigrés, entre les mains de la nation , M. de Rancey perdait seulement des sommes modiques ou des arrérages insignifiants. Pendant bien des années, j'ai été dépositaire sans contrôle de ces importants intérêts, et. aujourd'hui encore, je gère les biens du comte avec un zèle dont s< - héritiers ne se plaindront pas. »
Ici le bon Guillaume prit lentement une prise de tabac dans sa boîte de corne, et après avoir jeté un regard oblique sur le colonel en souriant, il continua :
— Ce fut par une nuit obscm'e que le comte de Rancey arriva à mon petit chalet,
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.situe1, comme vous sa>ez, hor» de l'enceinte du Val-Perdu. Outre ses deux garçons, dont le pJHS «iur' avait six ans à peine, il amenait avec lui se* deux pupilles, pauvres petite* orpheline.-» que la tendresse de leur mère mourante lui avait confiées; vous les avez connues Tune et l'autre sous le nom d'Estelle et de Galalee. Il était seul a\ < c ees quatre < niants dans une voiture soigneusement fermée, et mon frère Victorien conduisait luimême les chevaux depuis Zurich, afin de ne mettre aucun domestique dans la confidence. Nous transportâmes lus enfants endormis à l'habitation du Val-Perdu, puis Victorien ramena la voilure à la ville, sans que personne dans les villages environnants eut remarqué l'arrivée de ces voisins mystérieux. De la sorte, le secret de mon maître fut bien gardé, et il n'était pas à craindre qu'aucun importun vint troubler son bonheur dans la retraite charmante où il allait le cacher.
uiNiJa n'entrerai pas dans le récit de l'éducaitottiqufâi M. le comte donna à ces jeunes enfants; et des ridées qu'il chercha à leur inculquer. Je dus nfinoliner devant ses lumières tfijLpéiiieureS et sa volonté toute-puissanlewVous avez vu le résultat de cet étrange système... Je vous dirai seulement, en ce qui »îtoual concerne, qu'en votre qualité de pupille du comte de Rancey, on eut aussi unilBOment )a prensée de vous donner place dans- Ja jeune colonie du Val-Perdu. Mais voiréiétiez d'un âge trop avancé pour oublier lomondev comme les autres enfants. D'ailleurs, élevé dans une école militaire, vous passiez pour avoir un caractère vif , résolu, parfois1 indocile. Ces considérations décidèrent mon maître à vous laisser à l'écart, et l'expérience a prouvé que celte exclnsion était sage. » ;
Pendant que M. Guillaume parlait, on était arrivé a la muraille de rochers qui entourait l*i Val-Perdu \ mais à la place des