‹ Le val-perduChapitre 44 sur 96 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

à gauche de la nouvelle avenue, les sites enchanteurs qu'il avait tant admirés six ans auparavant. Il entrevoyait en passant des statues, des jets d'eau, des massifs d'arbres exotiques dont le souvenir était gravé dans sa mémoire. Une fois il aperçut, à travers un rideau de saules, un coin de ce lac si beau et si funeste où s'était précipitée la pauvre Galatée ; son cœur battit avec Violence, et la voix lui manqua tout à coup. Mais on s'efforça aussitôt d'effacer celte première impression en, détournant son attention. Estelle, qui avait conservé son humeur vive et mutine d'autrefois, l'accablait de questions sur Paris et la cour impériale; le vicomte lui parlait des joyeuses parties de pêche et de chasse auxquelles il voulait le faire assister. Le vieillard seul était retombé dans une taciturnité qui semblait lui être habituelle depuis ses malheurs.

On atteignit enfin la maison, et bientôt te colonel fut introduit dans cette salle à man-

ger où se réunissait autrefois la famille de Philémon. Un souper qui ne rappelait plus en rien la table frugale des patriarches l'y attendait. Mais, malgré les instances polies de ses hôtes, il lui fut impossible de faire honneur à ces mets choisis, servis dans des plats de vermeil par des laquais aux riches livrées. En face de lui était une place vide, et à cette place il se représentait la belle et mélancolique image de Galatée... Alors sa respiration devenait pénible, ses yeux se gonflaient de larmes, et c'était à peine s'il pouvait répondre par monosyllabes aux caresses de ses hôtes.

Le vicomte et la vicomtesse, reconnaissant l'inutilité de leurs efforts, cessèrent bientôt de chercher à l'égayer. D'ailleurs, en dépit de leur innocent bavardage, ils paraissaient l'un et l'autre éprouver une gène secrète qui nuisait à la franchise de leurs allures. Fréquemment, en parlant, ils regardaient leur père, afin sans doute de s'assurer s'ils obte-

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