CHAPITRE PREMIER
Armand se retourna eniin, et devina que quelqu'un venait de se dévouer pour lui. Son sauveur était renversé par terre, tout sanglant; c'était le jeune homme qui l'avait suivi depuis Rosenthal, et dont il n'avait pas remarqué la présence au milieu du désordre de la mêlée. Cette fois, à peine le militaire eut-il jeté un regard sur ce visage, déjà pâle de la pâleur de la mort, qu'il poussa un cri déchirant.
— Lysandre, mon cher Lysandre, dit-il en laissant tomber son sabre, est-ce bien vous?
— Oui, c'est moi, répliqua le blessé avec un sourire douloureux ; vous m'aviez quitté, je suis venu vous chercher.
— Mais comment se fait-il?... Oh! mon Dieu ! cette blessure parait fort grave... Vous aussi mourir, mourir pour moi... c'est impossible!
— Ami, reprit Lysandre avec sa douceur inaltérable, voilà un terrible réveil après tant de beaux lèves!... mais je ne m'en plains
pas; ce que je vois des hommes civilisés ne me Tait pas désirer de vivre plus longtemps au milieu d'eux... D'ailleurs, ma mort aura été utile à celui de tous que j'aime le mieux, et elle effacera l'inutilité de ma vie.
— Mais je ne veux pas que vous mouriez, moi, s'écria Verneuil au désespoir; je ne veux pas avoir été cause de la perte de tous ceux qui m'ont témoigné de l'affection dans cette heureuse solitude du Val -Perdu... La science fera un miracle pour vous sauver; on vous sauvera, ou je brûlerai la cervelle au major! Attendez...
Il se mit en devoir de charger Lysandre sur ses épaules et de l'emporter hors du champ de bataille.
— Armand, c'est inutile, répliqua le jeune homme en se débattant faiblement, songez à votre propre sûreté... Ali! mon pauvre père avait raison, le monde est bien méchant !
Cette scène extraordinaire avait lieu au