‹ Le val-perduChapitre 51 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

maçonnerie surmontée d'une croix de fer doré. En face, était disposé un banc rustique où l'on pouvait s'asseoir pour prier ou pour inéditer. L'isolement de ce lieu, le calme profond qui y régnait, et surtout les souvenirs qui s'y rattachaient, eussent inspiré du recueillement aux personnes les plus étrangères au drame dont il avait été le théâtre. Qu'on juge de l'effet que dut produire ce tableau mélancolique sur l'esprit du malheureux Armand !

— Elle est là ! murmura-l-il ; ils l'ont enterrée dans le lieu même où elle a péri... 0 ma Galatée! c'est donc là ton tombeau?

Il allait s'agenouiller devant la croix, quand il s'aperçut qu'il ne serait pas seul à remplir ce devoir pieux. Une personne que la déclivité du sol lui avait cachée jusqu'à ce moment était à genoux devant l'humble mausolée. Verneuil reconnut le petit Charles, dont il avait reçu la veille un accueil si affectueux. L'aimable enfant portait une élé-

gante tunique de velours noir sur laquelle retombaient les longues boucles de sa chevelure blonde. Son chapeau à plume était posé près de lui sur le gazon. Les mains jointes, les yeux tournés vers la croix, il récitait à voix haute une prière naïve dont quelques paroles frappèrent le colonel.

u Mon Dieu , disait-il , ayez pitié de la pauvre femme qui, à cette même place, a osé attenter à l'existence que vous lui aviez donnée. Pardonnez-lui comme elle-même a pardonné à tous ceux qui furent la cause involontaire de cette action coupable; étendez sur eux et sur elle votre miséricorde infinie. La prière de l'enfance \ous est agréable, parce que l'enfance est pure et innocente. Exaucez-moi donc en répandant vos bénédictions sur ceux que j'aime et accordez-leur les prospérités terrestres en attendant le bonheur du ciel. — Ainsi soit-il. »

Pendant que le petit garçon priait ainsi avec une onction extraordinaire, Verneuil

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