CHAPITRE V. l
restait comme frappé de stupeur. Mais cette rencontre inattendue dans ce lieu funèbre )iYi;n't pas la si nie muse de ioil émotion. La veille, il iwnait fait qu'entrevoir tfe gracieux enfant, et il l'avait à peine remarqué au milieu des préoccupations de son arri\ <•<• au Val-Perdu; maintenant seulement il s'apercevait de la ressemblance étonnante du jeune Charles avec la pauvre Galatée.
C'étaient mémepureté dans les lignes, même finesse dans l'expression, même mélancolie dans le regard. Tout, jusqu'au son de voix plaintif et bien timbré, rappelait l'infortunée éic. et celte observation dans un semblable lien, nu moment on toutes les facultes de Verneuil étaient violemment tendues, renversait sa raison.
Comme le petit Charles, après avoir fait un signe de croix, se levait pour se retirer. Armand s'élança vers lui et l'embrasa avec transport sans prononcer une parole.
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12 i LE VAL-PERDU.
(Il* l'apparition subite du colonel et de ses caresses convulsives; mais bientôt il se rassura et lui sourit avec candeur.
— Quoi! mon bon ami, dit-il, vous êtes donc venu ici faire votre prière avec moi ? ViOiis avez bien raison ; on m'a dit que cet endroit était saint comme une église, et que le bon Dieu m'y entendrait mieux que partout ailleurs.
El vous savez donc, mon enfant, demanda Verneuil d'une voix très -altérée, quelle est la malheureuse femme renfermée dans ce tombeau?
— Un tombeau? répéta Charles avec un mouvement d'effroi ; Oh! ce n'est pas un tombeau, mon bon ami ; c'est seulement un petit monument, comme l'appelle M. de Ranc<\ , destiné à conserver la mémoire d'un événement bien triste.
— Et vous venez souvent ici?
— Tous les malins; petite maman le veut.
CIIVPITRE V. 125
— Cette prière que vous récitiez tout à l'heure, qui vous l'a apprise?
— C'est petite maman, et, en me l'apprenant, elle pleurait.
— Bonne et aimable Estelle!... Elle a cherché à perpétuer son affection pour sa sœur infortunée en la transmettant à son fils !
Charles regarda fixement le colonel a\<c ses grands yeux limpides.
— Oh! mais que dites-vous donc là, mon bon ami? reprit-il ; petite maman ne s'appelle pas Estelle. ;
Armand, qui croyait savoir d'où provenait l'erreur de l'enfant, répondit seulement par un sourire mélancolique, et posant la main sur sa léte blonde, il tomba dans une profonde rêverie.
Quelques minutes se passèrent. Charles n'osait bouger, de peur de déranger celle main caressante. Enfin, il demanda timidement :
— Si vous retournez à la maison, M. de 2. 12
Verneuil.niepermettrez-vousdevous accompagner?
Ne recevant pas de réponse, il releva doucement la tête ; une larme loniba sur sa joue comme une goutte de rosée. L'enfant manifesta une douloureuse surprise.
— - Vous pleurez, mon bon ami? s'écria-t-il; moi, je suis un petit garçon, et je pleure souvent ; mais vous, un homme, un militaire, comme il faut que vous ayez du chagrin !... Oh ! ne soyez pas triste , je vous en prie ; tenez, embrassez-moi vite , mais ne pleurez plus.
Et, prêt à pleurer lui-même, il se soulevait pour présenter au colonel son front blanc et pur. Armand le contempla avec une indicible tendresse.
— Oui, murmura-t-il, c'est un ange qu'elle m'a envoyé pour adoucir ma douleur, et afin de le rendre plus irrésistible, elle lui a donné sa voix et les traits de son visage.
En même temps il serra de nouveau