CHAPITRE V. 1-2 I
Charles contre sa poitrine et le dévora de baisers.
Vn cri faible, mais où semblaient se résumer toutes les félicités de la terre, se fit entendre à quelque distance. Armand se redressa vivement. Ce cri. il ignorait d'où il était parti; il lui avait paru à la fois sortir du lac et s'échapper des touffes de buisson qui bordaient le pré des Anémones; cependant il avait cru reconnaître jusque dans ce sera inarticulé la voix de Galatee.
11 regarda de tous côtés. A l'autre extrémité du promontoire se montrait une jeune fille chargée de veiller sur le petit Charles. Il courut à elle et demanda brusquement :
— Est-ce vous qui tout à l'heure...?
Sans lui donner le temps d'achevtT. la
jeune fille posa un doigt sur sa bouche d'une façon particulière. Alors seulement Verneuil reconnut la sourde-muette, autrefois camériste d'Estelle et de Galatée.
— Insensé que je suis, murmura-t-il ai
f-28 LE VAL-PERDU.
accablement, j'ai pris les clameurs bizarres de cette pauvre créature pour... Oh ! ma raison, ma raison!
Il se frappa le front , et s'éloigna rapidement de ce triste lieu.
L'enfant , n'osant parler, se mit à trottiner à côté de lui, tandis que la bonne muette les suivait à quelques pas en arrière.
On quitla le pré des Anémones et on gagna l'avenue de tilleuls. Armand ne tournait pas les yeux vers son petit compagnon de route, comme s'il eût craint que la frappante ressemblance de Charles avec celle qui occupait ses pensées n'augmentât encore le désordre de son esprit. Charles interrompit le premier ce silence obstiné.
Mon bon ami, reprit-il avec timidité, seriez-vous mécontent de moi ? J'en serais fâché, car je vous aime bien...
— Et pourquoi m'aimeriez-vous? demanda Armand avec brusquerie; on a du pourtant vous dire que je suis dur, cruel, et que les