CHAPITRE V
malheurs arrivés au Val-Perdu sont mon ouvrage?
— On ne m'a jamais dit cela, répliqua l'enfant d'un ton angélique : est-ce qu'il y a des méchants? Comment . auriez- vous* pu faire tant de mal, vous qui paraissez si bon ?
La rudesse du colonel ne résista pas à cette touchante naïveté ; il regarda l'enfant, et lui sourit avec tristesse.
On atteignit enfin la maison. La famille de Rancey était déjà réunie pour le déjeuner. Quand Vcrncuil parut, conduisant Charles par la main, il y eut comme un mouvement de surprise. Néanmoins tout le monde vint s'informer affectueusement s'il était r«mis des fatigues du voyage. Armand s'efforça de répondre d'une manière convenable fefegg témoignages d'intérêt, mais en dépit de luimême, ses paroles et ses actions trahissaient un véritable égarement. La vicomtesse l'observait à la dérobée d'un air de pitié, et quand
on se leva pour se mettre à table, elle dit bas à son père :
— Voyez comme il est pâle et défait !
Le vieillard lui imposa silence d'un geste impérieux.
Pendant le déjeuner, on ne fit aucune allusion aux causes secrètes de l'agitation d'Armand. La conversation roulait comme la veille sur Paris, sur la cour impériale, sur les chances possibles d'une nouvelle guerre. Le colonel répondait à peine ou répondait tout de travers aux questions qui lui étaient adressées par ses hôtes dans l'intention bienveillante de le distraire. 11 ne mangeait pas, et son regard était presque toujours baissé. Quelquefois aussi ses yeux s'arrêtaient sur le petit Charles, placé en face de lui, avec une fixité qui embarrassait fort le pauvre enfant et appelait sur ses joues une vive rougeur.
Armand avait témoigné le désir de monter a cheval et le vicomte s'était empressé de dunner des ordres en conséquence. Dès que