CHAPITRE V
le repas fut fini, on vint annoncer que le cheval était prêt. Armand se leva et s'excusa de quitter sitôt la compagnie sur le besoin qu'il ressentait d'un peu d'exercice violent, afin de chasser les vapeurs qui obstruaient son cerveau.
On l'accompagna jusqu'au perron où le cheval attendait. Le colonel sauta en selle avec impétuosité », salua MM. de Uancev et la vicomtesse ; puis, jenfonçant son chapeau sur ses yeux, il partit comme le vent. En une minute il eut franchi l'avenue qui conduisait à la grande grille et disparu dans un nuage de poussière.
— Comme il mène mon pauvre alezan, dit le vicomte d'un ton de regret ; le malheureux animal sera fourbu avant d'être arrivé au village !
— Eh! monsieur, qu'importe cela? dit la vicomtesse à son tour... Mon père, coutinua-t-clle en s'adressant au vieillard, n'ètesvous pas satisfait du résultat de cette dou-
loureuse épreuve?... Je vous en supplie, réfléchissez qu'il n'appartient pas à la nature humaine de supporter impunément...
— Laissez, madame, interrompit le comte d'un air froid et sévère ; il faut que ce que j'iti résolu s'accomplisse; vous savez à quel prix est mon pardon... Il a beaucoup regardé le petit Charles, ajouta-t-il avec réflexion; il, ^st revenu avec l'enfant du pré des. Anémones. Que s'est-il passé? Il faut que je le sache.,
Et il rentra précipitamment dans la maison.
Cependant Armand continuait sa course effrénée vers le village. Les pentes les plus rapides, les tournants les plus dangereux n'avaient pu le décider à ralentir le galop de sa monture* 11 .entra dans Rosenthal avec toute la rapidité do son généreux coursier, dont les pieds faisaient jaillir du pavé des milles d'étincelles.
Arrivé devant l'aub'Tge des Tr.ois Cigognes,