CHAPITRE V
il sauta à terre, remit la bride à une espèce de valet décurie qui élait accouru au bruit, et, après lui avoir fait signe de donner quelques soins à la noble béte couverte de sueur et d'écume, il demanda le capitaine Ravaud. Sans attendre de réponse, il franchit le seuil de la maison, et gravissant l'escalier qui lui était connu, il entra brusquement dans la chambre qu'il avait dû occuper la veille.
Ravaud était assis devant une table, sur laquelle se trouvaient une bouteille de Johanisberg et toutes les espèces de fromage alors connues en Suisse , depuis le classique gruyère jusqu'au fétide neuchàtel. Maître Wolf, l'hôtelier au nez camard , le mari de Claudine, lui faisait compagnie, et ils trinquaient en ce moment comme deux vieux amis. De plus \ l'accommodant capitaine tenait sur ses genoux un des "marmots de la maison qui péchait gravement duns son assiette, tandis qu'un autre plus petit le
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tiraillait par les basques de son habit.
Ravaud parut un peu confus d'être surpris dans cette ridicule situation. Il s'empressa de se débarrasser des enfants, et s'avança vers le colonel en souriant.
— Ma foi. mon cher Verneuil, vous me voyez en train de cimenter la paix avec M. Wolf et toute sa famille. Je tiens à prouver que je n'ai pas de rancune, et ce brave homme vous dira... Mais laissez-nous, Wolf, continua-t-il d'un ton plus sérieux, en remarquant les traits bouleversés d'Armand ; nous reprendrons une autre fois cette discussion savante sur le mérite de vos productions indigènes ; je crois que le colonel désire me parler.
Verneuil lit un signe de tête, et se laissa tomber sur un siège. L'aubergiste n'eut pas besoin qu'on lui répétât cette invitation. Après avoir préalablement vidé son verre, il prit ses marmots par la main, salua et sortit à reculons.