‹ Le val-perduChapitre 59 sur 96 · CHAPITRE V. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. H

choses qui no sont pas tout à fait selon l'ordonnance. Ainsi, par exemple, vous vous étonnez peut-être à tort de celte grande ressemblance d'un enfant avec sa proche parente que vous avez connue! Rien n'est plus naturel, et votre effroi provient uniquement du hasard qui vous a fait renconter cet enfant dans le lieu où a péri votre maîtresse. De même expliquerait-on peut-être les autres événements qui ont produit tant d'impression sur vous. Néanmoins, tout en laissant une large part aux jeux du hasard et aux écarts de votre esprit fatigué, je ne puis m'empêcher de soupçonner qu'il y a dans cette affaire quelque machination, ou quelque tricherie...

— Y pensez-vous, Ravaud? Qui aurait intérêt à me tourmenter ainsi?

— Je n'en sais rien, moi; mais votre parent, si complaisant en apparence, me semble suspect. Peut-être n a-t-il pas aussi complètement oublié le passé qu'il veut vous

le faire croire? Peut-être a-t-il gardé au fond du coeur quelque arrière-pensée de rancune et de vengeance? À en croire certains rapports, il ne faut pas trop compter sur lui.

— Que dit-on de lui, Ravaud? Par grâce, apprenez-moi ce que l'on pense de M. de Rancey dans le voisinage.

— Rien de mal, précisément, mais rien de bien non plus. C'est un particulier fort despote et fort mystérieux ; il mène sa famille à la baguette , et personne n'ose broncher quand il parle. Il va, il vient, il fait des voyages au loin, ou il séjourne au Val-Perdu, sans qu'on sache jamais la cause de ses actions. Il est une énigme vivante pour tout le pays. Wolf et sa femme, avec qui j'ai causé de lui, histoire de passer le temps, m'ont parlé notamment d'une dame soigneusement voilée qu'il a ramenée de France dans sa voiture, il y a deux jours, et dont la présence a donné lieu à force interprétations à Rosenthal...

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