CHAPITRE V. J
sais comment vous avez gagné votif double épauletle à graines d'épi nard. Mais vo\ons. colonel, n'y a-t-il aucun moyen de m'intioduire dans colle maison hanlée parles re\ ••liants? In hôte de plus ne causerait pas un graïul embarras dans une ianiille aussi riche...
— J'ai entendu dire que le comte et >o entants étaient logés fort à l'étroit...
— Allons donc ! je suis militaire et je ><u> au besoin tenir peu de place : un grenier, une soupente, un chenil, tout me sera bon.
— Eh bien! j'essayerai, je vous le promets.
— Essayez, colonel; il vous sera facile de toucher quelques mots à voire vieux parent d'un de vos amis qui sentit enchanté de l'aire sa connaissance. Dès ce soir, je prendrai garnison chez lui. et s'il y avait du louche, on verrait qu'il n'est pas facile d'attraper de> lapins comme nous, quand ils sont deux.
Ils s'entretinrent encore un niomenl sur
ce sujet. Armand redoutait un peu le sansgêne soldatesque et républicain de son compagnon d'armes. Néanmoins il se contenta de recommander au capitaine de ne pas se présenter au Val-Perdu avant d'avoir acquis la certitude qu'il y serait le bienvenu, et il partit en promettant de lui faire savoir, le jour même, le résultat de sa requête.
Cette conversation avec un ami qui, sous des formes rudes, cachait un jugement sain, avait fait grand bien à Yerneuil. 11 se trouva même si calme et si dispos, qu'avant de quitter l'auberge il put s'entretenir familièrement avec Claudine, qu'il aperçut dans la salle basse, et la complimenter avec gaieté sur l'accroissement prodigieux de sa famille. L'épouse de maître Wolf parut heureuse de cette marque d'intérêt ; elle rougit, elle sourit avec un reste de son ancienne naïveté, et, tout en dissimulant sous sa mantille son ventre rondelet, elle murmurait avec un gros soupir :
CH.U>ITRE V.
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- Ah! golonel Ferneuil , si vous afiez foulu !
Armand, en revenant au Val-Perdu, ne donnait plus à sa monture les allures fougueuses qu'elle avait en allant à Rosenthal. Une réaction complète s'était opérée eh lui. Son esprit s'était rasséréné, et la raison avait repris le dessus. Maintenant il voyait sous leur aspect simple et terre à terre les circonstances qui avaient jeté la perturbation dans son intelligence, et il espérait, avec le secours de son fidèle Ravaud, ne plus retomber dans de semblables faiblesses.
Il était dans cette situation d'esprit quand il entra dans la cour de l'habitation. Il demanda au valet qui vint prendre la bride de son cheval où se trouvait en ce moment M. de Rancey ; ayant appris que le comte était dans la serre, il se dirigea aussitôt de ce côté.
Ce trajet si court fut pourtant sur le point de lui causer une sorte de rechute. La serre
communiquait par une porte intérieure avec cette partie de la maison occupée autrefois par Galatée, et c'était par cette porte que l'imprudente bergère sortait la nuit pour venir à leurs rendez-vous. D'ailleurs, Armand devait passer sous ce grand oranger, témoin autrefois de leurs tendres confidences, et où, la veille encore, il avait cru voir se glisser l'ombre adorée de la bergère. Heureusement le colonel se défiait de lui-même ; il ne jeta un regard ni sur l'oranger magique, ni sur les fenêtres alors hermétiquement closes de l'ancienne chambre de Galatée , et passa rapidement sans autre inconvénient qu'un léger battement de cœur.
La serre, à cette époque de l'année, était à peu près vide ; il n'y restait plus qu'un certain nombre de plantes tropicales trop délicates pour affronter la fraîcheur des nuits de printemps dans cette contrée montagneuse. Ses murailles nues et ses parois de verre lui donnaient une sonorité telle que le bruit des