‹ Le val-perduChapitre 64 sur 96 · CHAPITRE V. lai · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. lai

L'effronterie cl a soudard et sa manière passablement originale de se présenter luimême eurent pour effet de déconcerter un peu la roideur compassée du comte.

— A ce que je vois, monsieur, dit-il en se tournant vers le vicomte et la vicomtesse, mes enfants ont cherché déjà à nie suppléer en vous faisant les honneurs de mon logis... et je les félicite de leur empressement.

Le vicomte parut embarrassé; mais la mutine Estelle repartit avec vivacité :

— En cela, mon père, nous avons prévenu vos volontés ; vous ne nous eussiez pas pardonné de manquer dï'gards envers un militaire distingué, qui s'annonçait comme l'ami de notre cher parent de Verneuil.

3f.de Rancey punit d'un regard foudroyant cet excès de hardiesse.

— Capitaine Ravaud, dit Armand n son tour d'un ton sévère, je ne complais pas vou>

revoir de sitôt. Vous pouviez craindre, en

effet, que votre présence chez M. de Rancey ne fût un embarras, une gêne...

— Quel embarras , quelle gène? répliqua Ravaud avec son sang- froid merveilleux, quoique une imperceptible rougeur lui eût monté au front ; je ne suis pas un hôte d'importance, et je n'ai qu'un but partout où je suis, excepté toutefois sur un champ de bataille, c'est de passer inaperçu. L'ordinaire d'un simple soldat me suffit, quoique je puisse aussi bienm'accommoderde celui d'un empereur; et quant à un gite, je voudrais que vous vissiez le peu de place qu'occupe ma valise dans votre chambre et le mince matelas que j'ai disposé pour moi au pied de votre lit ; un caporal en campagne ne pourrait se contenter de moins... D'ailleurs, vous savez bien que pour l'honneur de la 62e, il faut que je reste près de vous. Est-ce ma faute à moi, si j'ai un colonel courageux comme un lion devant l'ennemi, mais qui est sujet aux mauvais rêves?

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