‹ Le val-perduChapitre 82 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ravaud comprendra sûrement qu'après avoir ainsi outragé le maître de cette maison, il serait sage à lui de ne pas s'exposer à de déshonorantes représailles.

— C'est juste, reprit Ravaud avec amertume, et, dans ce cas-là, je ne pourrais sans doute compter sur Tappui du colonel Verneuil... Eh bien! je pars, Armand. Je suis entré presque de force dans cette maison, espérant pouvoir vous être utile ; j'en sors maintenant honteusement chassé pour avoir embrassé trop chaudement vos intérêts; vous vous en sou viendrez peut-être un jour... Adieu.

Il tendit la main au colonel, qui ne la serra pas et détourna la tète. Les yeux de Ravaud devinrent humides, mais il salua en silence et il allait s'éloigner, quand la vicomtesse de Rancey rentra toute joyeuse.

A l'air consterné de Ravaud, elle devina de suite de quoi il s'agissait.

— Ne nous quittez pas si vile, capitaine, 2. 18

dît-elle en souriant; vous n'êtes peut-être pas un aussi grand criminel que Ton a l'air de le croire, et je ne désespère pas de faire bientôt votre paix avec mon père ; peut-être ne serat-il pas trop difficile sur les excuses qu'il est en droit d'attendre, car il paraît avoir enfin conscience de certains torts, sinon envers vous, du moins envers quelqu'un de votre connaissance.

— Ah ! madame, dit le pauvre Ravaud avec un gros soupir, ce n'est pas M. de Rancey qui est ici le plus injuste et le plus sévère pour moi !

— Bah ! courage, répliqua la bonne petite femme ; votre ami , en ce moment aigri par la souffrance, pardonnera à tous ceux dont il aura cru avoir à se plaindre , quand il sera complètement heureux... Et il le sera avant la fin de cette journée, je vous l'affirme.

— Heureux ! moi? dit Verneuil.

— Ne secouez pas ainsi la tête, mon cher cousin : oui, je vous le répète, aujourd'hui

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