‹ Le val-perduChapitre 83 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

même vos chagrins finiront... Mais ne me questionnez pas ; j'ai promis le secret, et je me sauve de peur de manquer à ma promesse... Pour vous, retirez-vous dans votre chambre, et tenez-vous prêt à vous rendre au pré des Anémones quand on vous fera prévenir.

— Au pré des Anémones ? balbutia Armand; quel rapport peut avoir ce lieu sinistré avec...

— C'est l'ordre de mon père , et aussi bizarres que soient ses fantaisies , on est habitué ici à s'y soumettre aveuglément... Faites comme nous, et, cette fois, vous ne vous en repentirez pas.

— Madame, dit Ravaud timidement, le colonel Verneuil est bien faible, et l'endroit dont vous parlez est éloigné...

— Eh ! le colonel n'a-t-il pas votre bras si robuste et si dévoué pour lui servir d'appui?. . . D'ailleurs, si sa démarche est chancelante quand il ira au pré des Anémones, je vous

garantis qu'au retour il marchera d'un pas fier et assuré... Mais je finirais par en trop dire; courage, Armand, courage!

Et elle s'enfuit.

Verneuil se perdait dans un chaos de réflexions contradictoires. Enfin il se leva , et posant la main sur l'épaule de son ami , comme s'il n'y avait pas eu entre eux une récente querelle, il lui dit d'un air d'égarement :

— Ravaud , mon bon Ravaud , est-ce que je rêve encore?

— J'espère que non, répliqua avec émotion le brave militaire. Je commence même à croire que vos prétendus rêves étaient des réalités.

Armand darda sur lui un regard de feu.

— Ravaud, murmura-t-il , auriez -vous aussi le soupçon que Galatée?...

— Eh bien ! oui. Que le fait soit possible ou non, il me parait résulter nécessairement de tout ceci que votre Galatée est encore vivante.

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