CHAPITRE VII
forme divine. Le colonel , tremblant luimême , passa la bague en cornaline, dont il a été parlé tant de fois, au doigt de sa fiancée ; puis, cédant à un transport irrésistible, il porta vivement à ses lèvres celte main chérie. La dame voilée s'empressa de la retirer avec confusion en murmurant :
— Oubliez-vous donc que vous êtes en présence de Dieu ?
Le trouble d'Armand augmenta encore en entendant cette voix dont les inflexions lui étaient si connues. Son enivrement n'avait pas eu le temps de se dissiper, quand le prêtre lui demanda, selon l'usage :
— Armand de Verneuil, consentez- vous à prendre pour femme... Louise de Sancy?
Le colonel pâlit, et se leva d'un bond.
— Louise de Sancy! répéta-l-il avec indignation, on me trompe, on s'est joué de moi . . . Jamais ! jamais !
Cet éclat subit parut consterner une partie de l'assemblée. Cependant, le prêtre impas-
sihle attendait gravement que le fiancé eût reprit sa place, et M. de Rancey se contentait de sourire avec ironie. La vicomtesse, qui se trouvait le plus près d'Armand, lui dit à demi-voix :
— Colonel, prenez garde... c'est un sacrilège!
— Si je commets un sacrilège, reprit Yerneuil avec énergie, que la faute en retombe sur ceux1 qui ont abusé de ma crédulité î... J'en demande pardon à cette jeune fille inconnue, complice involontaire , sans doute, de cette honteuse supercherie ; mais ce mariage ne s'accomplira pas !
Plusieurs voix s'élevèrent pour donner à Armand des explications, mais elles furent toutes couvertes par celle plus forte et plus animée de Ravaud :
— Louise de Sancy ! s'écria-l-il, ceci change joliment la thèse... Laissez-vous faire, Veri) î'iiil... Epousez, morbleu! Pour celte fois, j'en réponds, on joue de franc jeu!