CHAPITRE VIT
ans. je nie réveillais enlre ma pupille déshonorée cl le cadavre sanglant de mon fils aine... Je fis un retour sur moi-même; des réflexions cruelles, des" remords vinrent m'assaillir; je m'accusais de tous ces malheurs que je n'avais pu prévoir. J'avais voulu refaire une société dans l'idéal et la poésie, l'inexorable réalité l'avaitbrusqucinent anéantie. Je revins donc au terre à terre des idées reeues; je répudiai de décevants mensonges; les barrières que j'avais élevées entre le monde et moi furent pour toujours renversées. Après avoir uni mon fils et la plus jeune de mes pupilles, je les conduisis en France avec Galatée. Là. ils recurent l'éducation dont je n'avais pu les priver qu'en les déshéritant d'un droit sacré... Hélas! si je n'avais pas opiniâtrement méconnu ce devoir, Lysandre vivrait peut-être encore, et serait devenu mon orgueil et ma joie! >»
La voix du vieillard s'altéra à ce souvenir,
et il garda un moment le silence.
— Mais à quoi bon revenir sur ces tristes événements? repritnl enfin avec plus de calme; voire fiancée, colonel Verneuil , fut instruite en vue du rang qu'elle devait occuper plus tard dans le monde quand elle serait reconnue pour votre femme. Vous apprécierez bientôt les nombreux talents qu'a acquis pour vous plaire l'ignorante bergère Galatée. 3Iais si l'on s'est efforcé de la rendre digne de vous, c'était un devoir aussi de constater si vous étiez vraiment digne d'elle. Je vous savais inconstant , léger , et j'avais cru reconnaître en vous une grande ambition. Avant de vous confier le sort de ma pupille, je voulais juger si l'affection que vous aviez montrée pour elle était vive et profonde comme une passion , ou frivole comme ces liaisons éphémères que les militaires oublient si vite ; je voulais m'assurer surtout si l'amour de la gloire, les goûts changeants et l'humeur vagabonde inhérents à votre profession, n'étoufferaient pas les sentiments de famille. Telle