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La châtellenie forme maintenant quatre communes, et Martigny-ville en est une; cette dernière localité, sans égard aux vieilles chartes, établit un marché chez elle, et une partie du public, secondant cette innovation, déserta les anciens marchés; delà, grandes clameurs et réclamations de la part du bourg, réclamations justes au point de vue du droit écrit, absurdes selon les plus simples notions de l’économie politique, qui réclame impérieusement en faveurde la liberté de vendre et d’acheter selon les convenances des consommateurs. Quoiqu’il en soit, le bourg et la ville, d’alliés qu’ils étaient, devinrent rivaux, et celte circonstance introduisit un germe de division dans un dixain, qui avait été compacte depuis 1839. Le Conseil d’Etat voulut garder la neutralité ; puis il intervint pourunaintenir les privilèges du bourg. Les moyens de contrainte furent inutiles; il rendit des jugements, saisit le Grand Conseil de cette affaire et reconnut plus tard le droit du bourg de Martigny; cependant il finit par concéder ce qu’il ne pouvait empêcher. Cette malheureuse querelle dura pendant le dernier mois ds l’année 1811 et les premiers mois de 1842; elle donna lieu à un grand nombre d’attaques et de ripostes, et la bonne harmonie dans ce dixain fut troublée pour longtemps.
Ces querelles de Martigny, où, pour une question d’intérêt matériel, des frères et des amis se divisèrent; où l’autorité supérieure fut méconnue, par elle-même d’abord, puis par ceux qui auraient dû être ses plus fermes appuis; où tout fut à regretter, et dans le fond et dans la forme ; ces querelles, dont nous ne voulons pas fatiguer nos lecteurs.
n’auraient eu qu’une portée insignifiante, si le fanatisme n’eût été là debout, sentinelle vigilante, prête à attiser tous les feux, quelles que fussent les matières qui leur servaient d’aliment. Vis-à-vis de lui, des hommes à courte vue semblèrent prendre plaisir à irriter ce nid de guêpes, qu’il eût fallu attirer avec du miel , ou étourdir avec de l’eau-de-vie, au lieu de les exciter à montrer leurs redoutables aiguillons.
Sous d’autres rapports , les lois étaient exécutées rigoureusement. Ce fut à cette époque, au mois de février 1842, qu’eut lieu à Sion une triple exécution à mort, après le rejet d’un pourvoi en grâce soumis au Grand Conseil. Là quelques voix se firent entendre pour réclamer l’abrogation de la peine de mort; elles furent isolées, mais au moins ce terrible drame fut-il dépouillé de ces «accessoires lugubres, triste héritage de là barbarie des siècles écoulés; l’humanité fut respectée, autant qu’elle pouvait l’être dans l’accomplissement de ce droit immense et mystérieux que la société s’est arrogé ; là encore on put voir que la notion du progrès avait pénétré dans le Valais.
L’ordre public continuait à être troublé quelquefois, mais seulement dans le Haut-Valais. C’est ainsi qu’au commencement du mois de janvier de 1842, la commune de Münster, dans le dixain de Conches, se mit en rébellion ouverte contre l’autorité du Conseil d’Etat, à l’occasion d’un arrêté sur la police du bétail, déjà rendu en 1817, mais qui était resté sans exécution, comme la plupart des lois et arrêtés. Le gouvernement y envoya deux délégués^ qui eurent quelque peine à rétablir l’ordre. Ce ne fut qu’au
mois de juillet suivant, que cette commune fit sa soumission, et se résigna k payer les frais occasionnés par sa désobéissance.
Nous avons dit qu’il y avait eu des imprudences commises par la presse libérale, qui, non contente de discuter les principes, était k l’affût de toutes les histoires, vraies ou fausses, débitées sur le compte des prêtres , semant ainsipa désaffection et le scandale. Notre opinion était partagée par les hommes les plus distingués du parti libéral; ceux qui avaient donné k la révolution ces gages personnels que l’opinion aurait aussi voulu avoir k louer chez les rédacteurs des feuilles publiques. Ainsi, le brave Joris soutint, avec le rédacteur de l’Echo des Alpes, une polémique, où les quolibets ne furent point épargnés k celui qui avait guidé les colonnes du Bas-Valais k Grimisuat et k St.-Léonard.
Mais ces querelles de mots furent bientôt effacées par l’impression que produisit l’acte extrêmement grave, que hasarda, au mois de mars de la même année, l’autorité supérieure ecclésiastique.
L’évêque de Sion écrivit k tous les curés du diocèse, pour leur enjoindre de refuser les sacrements aux membres de l’association de la Jeune Suisse , en se fondant sur. une bulle de Léon XII, qui excommunie toutes les sociétés secrètes, dont le but serait l’ anéantissement de toute autorité civile et religieuse. Armés de cet ordre, plusieurs curés refusèrent l’absolution , le mariage , oui le mariage, k des Jeunes Suisses, qu’ils repoussèent même comme parrains dans
les baptêmes. D’autres, plus sages et moins passionnés, évitèrent une multitude de scandales, en ne s’informant pas de la qualité de celui qui recourait aux sacrements de l’Eglise.
Cet acte inconsidéré amena une explosion générale. D’une part, il lit évanouir tous les scrupules qui pouvaient arrêter encore les attaques contre le clergé en général, et contre les prêtres en particulier. Ce fut un débordement universel; de tous côtés arrivèrent les récriminations, les inculpations, les confidences, vraies ou fausses , sur les ecclésiastiques. D’autre part, la Jeune Suisse ', dont on ne se souciait guère avant cette déclaration de guerre, se recruta de tous les hommes ardents; dès lors elle devint un drapeau. Des faits scandaleux vinrent donner un nouvel aliment à cette explosion contre le clergé; ce fut ainsi que le curé de la paroisse de Bramois refusa d’admettre aux sacrements un notable, ancien syndic de la commune, parce que, disait-il, celui-ci avait refusé de payer la dime. Alors commencèrent une série de faits déplorables, des baptêmes sans prêtres, des mariages sans bénédiction; on entrait k l’improviste chez le curé, on prenait devant lui , et en présence de témoins, sans qu’il eût le temps de
4 La Jeune Suisse était une affiliation de la Jeune Europe ; elle avait été créée à l’époque où l’on couvrait le pays de ces sociétés secrètes, qui se proposaient la régénération du monde entier; mais il faut dire que la Jeune Suisse du Valais n’étendait pas son cercle d’activité hors du Valais , et n'était point en contact avec d'autres sociétés.
s’y opposer, l’engagement réciproque de se considérer comme époux, et l’on avait ainsi un mariage irrégulier, mais canonique, suivant les lois de l’Eglise. Ce mode expéditif de mariage est aussi pratiqué, au besoin, par les conservateurs. Un mariage de ce genre, qu’on appelle à la gumine, fut bâclé, il y a 25 ans, dans la partie du dixain de Sierre qui s’enorgueillit du nom de noble contrée.
En 1842, un avocat, du parti prêtre, se présenta, an milieu de la nuit, chez le curé de Martigny, accompagné d’un jeune homme aisé, mais presque idiot, et d’une fille pauvre, mais allurée, dont les vues de mariage étaient contrariées. Le curé ouvrit sans défiance sa porte à une voix amie : le garçon et la fille se précipitèrent dans la chambre, en déclarant, aussi bien qu’ils le purent, en présence du curé, en robe de chambre, qu’ils se prenaient pour mari et femme. Le mariage fut reconnu comme tous les autres du même genre.
Une députation de la Jeune Suisse se rendit, le 25 avril, auprès du Conseil d’Etat, pour lui demander protection contre les abus de pouvoir du clergé; le président et le vice-président du Conseil d’Etat déclarèrent qu’ils ne souffriraient pas que l’état civil des citoyens fût compromis; cette députation se rendit auprès de l’évêque, qui la reçut avec bonhommie, et annonça qu’il avait référé de toute cette affaire à Rome. Le chancelier de l’évêché affirma que les intentions de l’évêque avaient été méconnues et outre-passées, et qu’il n’avait aucune intention hostile h l’association. Bientôt des hommes plus sérieux s’en mêlèrent, et le conseil
de la bourgeoisie de Monthey écrivit une lettre énergique au Conseil d’Etat contre cette excommunication. En vérité, si nous avons blâmé les excitations contre le clergé, dont la presse avait pu se rendre coupable, nous devons déclarer, d'autre part, que cette excommunication de la Jeune Suisse nous a toujours paru une mesure injustifiable. Donner une attitude de martyrs à de bons vivants qui s’agitaient dans le vide ; relever bien haut une institution qui tombait, rallier à elle les gens qui s’en tenaient à l’écart, tout cela est vraiment si inepte, que pour l’expliquer on est obligé de supposer une combinaison profondément machiavélique. Le parti clérical n’aurait-il point redouté cette dissolution de la Jeune Suisse? Aurait-il craint que les prétextes lui eussent alors manqué pour agir sur les esprits contre tout le système de la révolution? n’avait-il pas besoin de quelques faits scandaleux, de quelques démonstrations bruyantes, pour s’en servir comme de levier? et pour obtenir tout cela, n’a-t-il point imaginé cette démonstration fanatique, si propre à exaspérer, à raviver le feu qui s’éteignait faute d’aliment? Sans nous permettre de trancher cette importante question, nous pouvons déclarer que ce fut une faute dont tous les partis se rendirent coupables, de donner trop d’importance h leurs adversaires, en les élevant sur un piédestal, surtout en leur donnant un prétexte pour dire beaucoup de paroles et parler beaucoup d’eux-mémes. Sévères pour la circulaire de l’évêque, nous ne serons pas indulgents pour la lettre que le Conseil d’Etat fit écrire, par le département de l’intérieur, au rédacteur de Y Echo des Alpes, le 22 avril; dans celte
lettre le gouvernement reprochait au journaliste des attaques inconvenantes contre les personnes, contre les choses, et contre la religion. En vérité, ce fut quelque chose de bizarre de voir un gouvernement traiter de puissance à puissance avec un journaliste, l'admonester paternellement, lui demander de mieux comprendre sa mission.
Ainsi , un individu quelconque achètera une imprimerie, écrira quelques lignes sur une grande feuille blanche, le tout à prix d’argent , sans demander conseil, à ses risques et périls; et parce qu’il aura fait cela, il aura une mission! il sera à la fois le tuteur et le pupille du gouvernement, et celui-ci, qui est exposé déjà à tant de chances, qui a tant de peine à maintenir ce bouclier de la dignité et de l'impartialité, si nécessaire au gouvernement d’un petit Etat, va, de gaîté de cœur, s’exposer aux traits acérés d’un diseur qu’il place dans son droit, puisqu’il prend contre lui l’initiative î Ce fut une faute, une grande faute, et le rédacteur de l'Echo, relevant le gant avec vivacité, accabla de répliques et de dupliques le malencontreux département de l’intérieur, qui s’était fait ainsi journaliste au petit pied. Ainsi, au moment où le Grand Conseil allait ouvrir la session ordinaire du mois de mai , l’horizon était bien moins pur que lorsqu’il s’était séparé. Des projets importants devaient néanmoins être sou^ mis à la discussion ; une loi de finances, une loi sur les forêts, une loi sur la répartition des charges militaires, enfin, une loi sur l’organisation judiciaire. Avant de donner quelques détails sur ces divers projets, nous ferons remarquer combien était vicieux, ou plutôt combien est vicieux
encore le système de douanes (car on ne peut lui donner un autre nom) qui prévaut en ce pays. A chacune de ses réunions , le Grand Conseil était accablé de demandes en grâce pour des délits de contrebande ; c’est un triste résultat de lois de finance que de faire de citoyens un peuple de contrebandiers : et en nous bornant à citer un seul exemple, comment croire à la sagesse de dispositions, en vertu desquelles, dans un pays qui ne produit que peu de chevaux, le Grand Conseil fait une grâce insigne en réduisant à soixante francs de Suisse l'amende encourue par un particulier, pour avoir introduit dans le pays un cheval en contrebande ! Aussi, dans la discussion qui eut lieu sur ces tarifs de droits d’entrée, des propositions de réduction se firentelles entendre de tous côtés , le gouvernement les combattit sous un point de vue purement financier. N’eut-il pas été préférable d’établir un impôt territorial modéré, plutôt que d’apporter de telles entraves au commerce et de gêner ainsi la consommation?
L’événement le plus important de la session fut la discussion et l’adoption de la loi sur l’organisation et la compétence des tribunaux. Pour en apprécier le mérite, il faut avoir connu l’état de choses auquel cette loi était destinée à remédier. Le Valais était divisé en autant de juridictions qu’il y avait de communes; chaque juridiction percevant les émoluments des procès portés devant elle ; de là , multiplicité des procès, lenteurs interminables, frais énormes, et tels, qu’un honorable avocat , M. Rion , déclara avec une admirable franchise, qu’il n’y avait pas un procès sur dix, où les
frais ne dépassassent pas la valeur litigieuse ; enlin, un esprit chicaneur et procédurier inoculé k toute la population. Une seule classe d’hommes avait un intérêt évident k la conservation de ces abus, c’étaient les avocats et les procureurs ; disons-le donc bien haut, ce furent des avocats, ce lut en particulier l'homme que le barreau valaisan plaçait k sa tête, le docteur Barman, qui fut le principal rédacteur et le zélé défenseur d'une loi qui lésait aussi gravement les intérêts financiers des avocats.
Deux idées principales dominèrent dans ce nouveau projet, la création de l'institution d’une justice de paix, la diminution des juridictions inférieures, pour obtenir dans le personnel des juges des choix plus éclairés. Celle dernière disposition fut surtout attaquée par les soi-disant conservateurs; ils crièrent k l'aristocratie , parce qu’on cherchait, en réduisant le nombre de juges, k en avoir de meilleurs, disons mieux, de moins mauvais. Aristocratie effrayante, en effet, que celle des lumières et de la probité !
Au demeurant, cette peur des connaissances utiles dans l’administration de la justice est un caractère beaucoup plus général qu’on ne le suppose chez les défenseurs des vieux abus : « Le beau résultat de tout » ceci, nous disait avec amertume un juge vaudois, » après les événements de décembre 1850 , est que > nous n’aurons plus que des hommes instruits dans les » tribunaux ! »
Malgré cette opposition , comme k cette époque le Valais
était encore dans un état tel que la raison pouvait avoir raison, la loi fut adoptée à une forte majorité.
Les lois sur les forêts et sur la répartition des charges militaires furent également adoptées par le Grand Conseil. Mais comme elles succombèrent h l’épreuve du referendum, nous ne croyons pas nécessaire de nous étendre sur ces objets.
Les instructions au sujet des couvents d’Argovie étaient sages et conciliatrices, en se plaçant au point de vue du Valais. La députation devait, en première ligne, voler pour le rétablissement de tous les couvents, en seconde ligne pour le plus grand nombre possible de couvents, et, dans ce dernier cas, elle devait déclarer que le Valais n’était pas satisfait.
Le Conseil d’Etat demanda aussi h être autorisé à pourvoir aux lacunes que pourrait présenter l’état civil des citoyens, h raison des mesures adoptées par l’évêque contre la Jeune Suisse et du refus de sacrements qui en était la conséquence. Le Grand Conseil décida que les pouvoirs réclamés par le Conseil d’Etat lui appartenaient de plein droit.
Disons enfin que M. le conseiller Barman , poussé par un scrupule peut-être exagéré, offrit encore sa démission, en raison des occupations militaires fédérales qui allaient l’appeler hors du Valais pendant un mois; l’assemblée repoussa cette demande d’une manière fort honorable pour celui qui l’avait adressée; elle termina ses travaux en accordant aux communes du Val d’Illier une remise con-
sidérable des frais de l’occupalion qu’elles avaient subies pour résistance à la nouvelle constitution. Ainsi les résultats de cette session étaient heureux pour le Valais, les liens de la majorité s’étaient resserrés, et toutes les décisions avaient été empreintes d'un esprit à la fois ferme , éclairé et conciliant.
CHAPIT2IE EIE.
A peine la session était-elle terminée que le scandale et les querelles reprirent leur cours. Le curé de la paroisse de Saxon, scrupuleux observateur des ordres de son évêque, refusa d’admettre comme parrain le président de la commune, accusé de faire partie de la Jeune Suisse; aussitôt l’association prit fait et cause, se fit représenter par son comité, qui se rendit à Saxon, et là, après quelques sommations inutiles faites au curé, l’enfant fut baptisé devant la chapelle par le parrain rebuté, qui accomplit fidèlement le rituel exigé. — A l’ouïe de cet acte vigoureux, les uns firent entendre des chants de triomphe, les autres crièrent au sacrilège, à la profanation; l’évêque demanda une réparation, il voulut que tous les principaux acteurs de cette scène fissent amende honorable, que l’enfant fût ramené h l’église, et il accorda, pour accomplir ces choses, le terme de quinze jours. Ce furent des paroles inutiles. Le Conseil d’Etat, de son côté, procédant par des voies plus sérieuses, rendit un arrêté, qui chargeait les présidents de commune de la tenue
des registres de l’état civil concernant les individus auxquels les curés refuseraient les inscriptions, dont ils avaient été chargés jusqu’à ce jour. Le mal devenait trop grand pour que le clergé lui-même ne reculât pas devant son ouvrage. On essaya d’un tempérament qui semblait permettre un pas rétrograde sans déshonneur. Le 10 juin parut une lettre du saint siège, qui, en se réservant un examen ultérieur de l’affaire, mandait h l’évéque d’autoriser provisoirement les curés et autres prêtres à admettre les membres de la Jeune Suisse aux sacrements, sous la réserve qu’ils se déclareraient prêts à obéir h tout décret du siège apostolique à leur égard. La Jeune Suisse repoussa avec dédain cette concession ; elle pensa avec raison que ce premier pas, si l’on résistait, serait suivi d'un second , qui rappellerait tous les Jeunes Suisses dans le giron de l’Eglise, sans condition.
Mais un champion venait de paraître , qui promettait au clergé son vigoureux concours : nous voulons parler du journal dit la Gazette du Simplon, fondé par des ecclésiastiques et surtout par les couvents de St.-Maurice et du St.-Bernard.
Une imprimerie fut établie à St.-Maurice; on fit venir des rédacteurs étrangers, on constitua un gérant directeur de l’entreprise, et ce ne fut pas sans surprise que l’on vit le commandant de Kalbermatten, un des hommes qui avaient pris la part la plus active au mouvement du 1 er avril 1840, être placé à la tête de la feuille nouvelle. Ancien soldat d’Espagne, ancien capitaine de la garde suisse en France, chargé, moyennant finance, de la surveillance du recrutement pour ces corps que l’on appelle les régiments suisses
au service de Rome , M. de Kalbermalten , par son instinct et ses habitudes, semble avoir un talent merveilleux pour passer des causes inproductives b celles qui paraissent en chemin de réussite; sous ce rapport, 6a désertion des rangs du Bas-Valais était un événement significatif: on sait qu’il y a des oiseaux qui annoncent fatalement l’approche de la tempête.
Le premier numéro de la Gazette du Simplon parut le 25 juin; il débuta par une profession de foi courte et assez vague, dont les expressions, fort modérées, étaient choisies avec soin ; il se déclarait l’ami du progrès , le défenseur de la constitution, se prononçait en faveur des lois votées dans la dernière session. Ce langage pacifique ne fut pas durable ; dès son second numéro, il attaqua ouvertement le gouvernement, l’accusa de manquer de religion, reprocha au peuple d’être pusillanime, et promit de lui faire ouvrir les yeux à l’avenir; en même temps, il se posa comme l’inébranlable champion de l’autel.
L'Echo des Alpes , de son côté, redoubla d’animosité contre les prêtres, rappela de prétendues décisions des conciles sur les curés et leurs servantes, et recueillit toutes les histoires graveleuses b leur préjudice. Avec plus de raison et de sérieux, il réfuta la Gazette du Simplon , qui attaquait l’arrêté du Conseil d’Etat, sur la tenue des registres de l’état civil, et prouva combien ces prescriptions, si nécessaires pour assurer la condition des citoyens, avaient été compromises par la négligence des curés.
Que les journaux se combatissent, rien de mieux; que
le gouvernement ne restât pas désarmé devant Scs attaques de la Gazelle du Simplon, nous le comprenons; mais il semble qu’on fut un peu prompt à entamer des poursuites judiciaires contre la feuille nouvelle. C’est une position aussi bonne qu’elle est digne pour un gouvernement, de conserver, aussi longtemps qu’il le peut, son caractère d’impassibilité; d'entendre, sans s’émouvoir, le coassement des animaux immondes, de compter fièrement sur sa bonne renommée et sur sa bonne conscience, d’en imposer ainsi à ses détracteurs , de retenir le bras prêt à frapper ; mais le jour où il frappe , de frapper à coups sûrs. Celte marche ne fut pas suivie : on paraissait résolu, coûte que coûte, à fermer la bouche à la Gazelle du Simplon ; on l’attaqua judiciairement, on ordonna à ses rédacteurs de quitter St.-Maurice; en un mot, on se montra passionné et chicaneur. Ce n’était pas se montrer fort, c’était le vrai moyen de rendre puissante la Gazette du Simplon, et on était d’autant plus certain d’arriver à ce résultat, que la violence de Y Echo des Alpes contre les prêtres ralliait à la Gazelle tous les hommes qui avaient horreur de ce système de dénigrement absolu et sans exception contre le clergé.
Cependant l’agitation continuait dans le pays. Vingt-trois députés, usant d’un droit constitutionnel, demandèrent la convocation du Grand Conseil, sous le prétexte que les instructions sur les couvents d’Argovie avaient été falsifiées, cl n’avaient point été transmises aux députés, telles qu’elles avaient été votées par le Grand Conseil. Cette accusation, si injurieuse pour la chancellerie, promettait des débats ora-