‹ Le Valais de 1840 à 1844. Suite àChapitre 6 sur 29 · GO · texte numérisé non relu

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geux el les amis du désordre espéraient qu’il s’y mêlerait d’autres questions irritantes. Le Grand Conseil se réunit le 1 er août. L’accusation dirigée contre le bureau fut repoussée avec énergie, el il fut proposé de voler une note de désapprobation aux signataires de la demande de convocation. Mais le champ de la discussion ne pouvait être circonscrit dans cet objet spécial ; les récriminations débordèrent de toutes parts; le député du clergé s’éleva avec véhémence contre la presse libérale, accusa le gouvernement de faiblesse, presque de connivence avec les adversaires du clergé. Il lui fut répondu avec non moins de violence par le Conseil d’Etat; dès lors la brèche entre les deux pouvoirs fut insoudable. Cependant la majorité demeura gouvernementale, le bureau fut reconnu irréprochable et la convocation fut déclarée intempestive et sans motifs.

Le parti réactionnaire ne dissimula pas la colère que lui fît éprouver cet échec, et son organe, la Gazette du Simplon, déversa l’outrage jusque sur le respectable M. Torrent, président du Graud Conseil. Ce magistrat prit la peine de se mettre en correspondance publique avec le folliculaire, et ici encore dous devons avouer que c’était lui faire trop d’honneur. La presse n’exercerait plus une puissance, mais une véritable tyrannie, si elle pouvait à chaque instant faire descendre les magistrats de la position où les a appelés la confiance du pays, pour lutter corps à corps avec elle. Le résultat de ces combats est invariablement de rapetisser l’homme public et de grandir le journaliste; c’est un joueur, qui sans mettre au jeu, s’approprie régulièrement la mise de ses adversaires.

Cependant les procès intentés à tort on h raison à la Gazelle du Simplon se plaidèrent le 5 août devant le Tribunal de St.-Mauricc; celle feuille avait k répondre à une double accusation; elle était prévenue de provocation au renversement du gouvernement et de l’ordre de cho*ses établi, et d’attaque contre le bureau du Grand Conseil. M. le docteur Barman , remplissant les fonctions du ministère public, soutint l’accusation dans un réquisitoire remarquable, où l’orateur, se plaçant sur le véritable terrain de la cause, Bt un tableau concis , mais frappant de l’état où la révolution de 1840 avait trouvé le Valais, et des premiers résultats de cette révolution ; il rendit un juste hommage aux talents , au dévouement , k la fermeté et k la modération du gouvernement , et il stygmatisa les projets d’une faction qui, vaincue dans le champ clos de la politique , s’efforçait de recouvrer par le fanatisme ce qu’elle n’avait pas su conserver par la bravoure et les talents ; il s’exprima avec une chaleureuse indignation contre cet odieux abus des choses saintes , que l’on appellait au secours des intérêts temporels les plus mesquins.

Les conclusions du ministère public furent adoptées par le Tribunal et la Gazette fut condamnée k une amende dont la modicité contrastait avec la gravité des accusations portées contre le journal; il fut reconnu qu’il n’en coûtait que 230 francs en Valais pour provoquer au bouleversement de l’ordre public, au renversement des autorités légales elk la destruction de la constitution. Lorsqu’un gouvernement commet la faute de faire des procès de presse, il doit au

moins avoir à sa disposition un instrument assez énergique pour donner un coup mortel et ne pas sc contenter d’égratigner. Les procès de presse peuvent satisfaire l’irritation ou la rancune, mais ils guérissent rarement les plaies envenimées. La Gazette du Simplon n’eut pas le verbe moins haut depuis sa condamnation , et la chaire de vérité répéta , dans plusieurs paroisses, les imputations calomnieuses de la Gazette. Le gouvernement se crut obligé d’adresser une proclamation, le 25 août, au peuple valaisan. Les termes en étaient dignes et énergiques: le Conseil d’Etat repoussait avec indignation l'inculpation qui lui était faite d’encourager les attaques contre la religion , et la renvoyait avec mépris à ses auteurs; il déclarait qu’il maintiendrait intacts les droits de la suprématie politique, dont la garde lui était confiéc.Toutcela était bien, était sans réplique, mais dirons-nous encore, à quoi cela servait-il ? Calme-t-on l’agitation en proclamant qu’elle existe? fait-on taire les faux bruits, en protestant de son courage et de sa sincérité ? Non, mille fois non , on encourage les attaques de la perfidie en fournissant la preuve qu’elles ont porté coup. Les gouvernements doivent parler peu et agir beaucoup. Les faits viennent h l’appui de notre dire, lorsque nous voyons que cinq jours après la proclamation du Conseil d’Etat , l’évêque fit lire un mandement dans toutes les paroisses, pour interdire la lecture de Y Echo des Alpes. Celte pièce conçue en style de sentimentalisme boursoulïlé et accompagnée d’un grand luxe de citations latines pour la plus parfaite édification des fidèles du Valais, accusait le journal en question de travailler à la

ruine (lu catholicisme, de nier la divinité de l’Eglise, de déconsidérer ses ministres, et de contester l’institution divine du mariage ; il terminait en recommandant le pécheur (le rédacteur) aux prières de l’Eglise. Est-il nécessaire de dire à nos lecteurs que cette démarche fut le signal d’une polémique encore plus violente que celle qui l’avait précédée ; si l’intention du clergé avait été défaire franchir à la presse toutes les bornes de la modération, ce but fut atteint, et nous ne remplirons pas nos pages de la triste répétition de ces accusations réciproques.

Le gouvernement, toujours trop pressé, selon nous, d’épouser des querelles qui n’étaient pas les siennes, signala à toutes les communes du canton C audacieuse impudence des aventuriers de la Gazette, tandis que ce journal a’. ait à subir un troisième procès, pour délit d’injures contre le rapporteur près du Tribunal de St.-Maurice.

Au milieu de ces déplorables conflits, le pays fut assez heureux pour adopter une loi qui valait à elle seule une constitution ; nous voulons parler de la loi sur la compétence et l’organisation des tribunaux ; il est vrai que le Valais ne sera pas appelé à en jouir longtemps , puisque la constitution nouvelle rapporte cette loi si bienfaisante, au grandregret des amis éclairés du peuple et de tous les étrangers désireux de traiter des affaires en Valais.

Les partis se nuancèrent toujours plus fortement; M. Joris, l’homme essentiellement résistant , après avoir rompu des lances avec l’Echo des Alpes , fit savoir que, mieux éclairé sur les véritables ennemis du Valais , il fai-

sait dorénavant cause commune avec la Jeune Suisse, dont ce journal était l’organe. Nonobstant le malaise intérieur qui travaillait ce canton, le mouvement imprimé par une administration cousciensieuse continuait a se faire sentir. Un bataillon valaisan , appelé au camp fédéral de Thoune, y avait apporté un excellent esprit et avait fourni la preuve que les milices du Valais étaient entrées dans une bonne voie d’instruction et de progrès. — Cependant il parut en cette circonstance que le gouvernement valaisan avait des pratiques inconnues ailleurs. — Il envoya l’ordre à son commandant de bataillon au camp de Thoune de réunir sa troupe en landsgemeinde et de la faire voter sur les lois soumises au referendum; et la votation eut lieu, sans lp concours bien certainement du commandant fédéral.

Le parti clérical avait en dehors du Valais un auxiliaire zélé, c’était l’Union, journal ultramontain, qui paraissait à Porrentruy; c’était là que les adeptes envoyaient les articles qu’ils n’osaient pas confier aux feuilles valaisannes ; aussi cette feuille contenait-elle des déclamations qui n’auraient été que ridicules, si elles n’eussent été profondément déplorables, en raison de l’esprit odieux dont elles étaient la manifestation, et du caractère de leurs auteurs. L’Union s’attachait à diffamer les hommes que la Gazette du Simplon était encore forcée de ménager : le docteur Barman, en particulier, était l'objet des attaques furibondes de la gazette de Porrentruy. Après avoir épuisé son dictionnaire d’injures, l’Union imagina de l’appeller, tantôt l’Espartero, tantôt le Pygmalion du Valais. L’auteur ne disait pas s’il entendait

parler de Pygmalion lé tyran ou de Pygmalion le sculpteur; l’événement a bien démontré que celte dernière comparaison n’aurait pas été exacte: M. Barman n’a pas réussi adonner une âme à cette Galathie du Valais.

Le gouvernement cependant, trop convaincu que tout est dit alors qu’on a lait un procès de presse, avait fait poursuivre aussi Y Echo des Alpes , qui comparut le 21 octobre devant le Tribunal deSion, sous la prévention de tendance au renversement des principes qui distinguent particulièrement le catholicisme , et d’avoir énoncé des propositions hétérodoxes. Tout se passa comme de coutume; l’intéressante victime débita pendant un jour et demi des lieux communs comme savaient si bien en dire les journaux libéraux de la restauration, sur les prêtres et sur les papes; il déclama la matière de six ou sept articles de fond de son journal, et finit, après avoir été, disait-il, énergique et convaincant , par être condamné k 100 francs d’amende, pour lui apprendre sans doute à respecter d’avantage à l’avenir la religion catholique. Cet incident se termina par une attaque scandaleuse contre l’honneur et l’intégrité de l’un des juges.

Immédiatement après Y Echo des Alpes , la Gazette du Simplon parut k Sion à la barre du Tribunal d’appel, pour faire vider l’appel interjeté contre les jugements du Tribunal de St.-Maurice. Nouveaux discours , nouveaux scandales, qui aboutirent k la modification des sentences de condamnation. M. de Kalbermatten fut condamné, comme diffamateur, k 80 fr. d’amende et k tous les frais.

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La session du Grand Conseil du mois de novembre ne s’ouvrait pas sous des auspices rassurants, et malheureusement le premier objet soumis aux délibérations de l’assemblée était de nature à soulever les passions que l’on s’efforçait de calmer.

On a vu que, dès l’acceptation de la constitution, l’évêque de Sion avait refusé d’occuper le siège qui lui était attribué dans le Grand Conseil. Etaient-ce effectivement, comme il l’aftirmait, des raisons de santé qui tenaient le prélat éloigné de la législature? était-ce sentiment de son insuffisance parlementaire? ou plutôt, était-ce une protestation indirecte contre une constitution qui lui avait ravi trois des quatre suffrages dont il jouissait sous la constitution de 181 o, suffrages dont il faisait quelquefois un usage assez plaisant en votant pour et contre les mêmes candidats? Nous ne pouvons donner une réponse positive à ces questions , mais le moment était arrivé où le Grand Conseil devait se prononcer sur la demande que faisait l’évêque, d'être autorisé à se faire remplacer. Le Conseil d’Etat, dans son préavis, proposa que le remplacement eût lieu , mais il demandait que ce fût le Grand Conseil lui-même qui nommât le remplaçant.

La commission du Grand Conseil , chargée d’examiner la question, se divisa; la majorité ne voulait admettre aucun remplacement, tandis que la minorité y consentait. Les hommes conciliants voulaient résoudre la difficulté par l’ajournement; mais la discussion avait trop aigri les esprits pour que cette proposition obtint faveur. L’ajournement fut repoussé, la paême majorité décida que l’évêque aurait un remplaçant;

enliu, repoussant également et le préavis du Conseil d’Etat et celui de la commission, le Grand Conseil arrêta que ce remplaçant de l'évêque serait nommé par le clergé du Ilaul- Valais. — Cette décision, peu importante en apparence, l’était beaucoup, en raison de la discussion qui avait précédé la votation. Le Grand Conseil venait de trancher une question constitutionnelle; il l’avait l'ait, contre l’avis de la commission ; il avait adopté l’opinion et les principes de ceux qui, peu de mois, auparavant, étaient en faible minorité dans son sein. C’était un revirement; la minorité le sentit, et, h la séance suivante, fit insérer une protestation au protocole; l’orateur du clergé, le chanoine de Rivaz, enivré par le succès delà veille, voulut poursuivre ses avantages et s’opposer à l’insertion de cette protestation , et celte fois encore il fut vainqueur: 40 voix copire 53 décidèrent que la protestation ne serait pas insérée; alors la minorité déclara qu’on lui faisait violence, et se retira. Ce moyen, assez hazardé, réussit; la majorité eut peur de son isolement; elle revint de sa décision, et la protestation fut insérée au protocole; dès le lendemain le Conseil d’Etat y joignit la sienne: triste symptôme, à la fin d’une législature, que cette dissolulution d’une majorité qui avait marché compacte jusqu’alors. Cependant cette majorité se retrouva dans la voie du progrès pour adopter le premier livre du code civil, qui commençait à substituer un ordre régulier h la confusion légale qui avait existé jusqu’alors.

Nous pourrions reproduire des remarques analogues à celles que nous avons déjà faites sur le grand nombre de

condamnations pour contrebande qui , par le fait des recours en grâce, accusaient l’état fâcheux de la législation sur celte matière. Nous ne nous livrerons pas à des répétitions, mais nous mentionnerons, comme un trait propre à faire connaître le régime qui était adopté dans certaines parties du Valais, qu’une demande en grâce fut adressée par une malheureuse femme, qui avait été condamnée à une détention perpétuelle, pour avoir mis au monde quatre enfants illégitimes; elle avait déjà passé de longues années dans la prison ; le Grand Conseil, par un vote presqu’unanime et qui lui fait honneur, ordonna qu’elle serait remise en liberté le jour même; nous donnerons les mêmes éloges h la décision qui autorisa le Conseil d’Etat à clore les comptes si embrouillés de l’administration de Sierre et à en prendre les dépenses à la charge de l’Etat.

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