CHAPITRE V
Le Grand Conseil se réunit le 15 mai. La salle des séances de la diète du Valais vit reparaître son ancien président, le grand baillif, le chef du gouvernement de Sierre, le comte Maurice de Courten. Ce choix, s’il eût été isolé, n’aurait rien eu que de convenable. Il est bon que dans une république, après des secousses intérieures, les hommes politiques se réunissent dans le sein de la législature, et y apportent leurs vues et leur expérience. Mais ce n’était pas un homme que l’on ramenait aux affaires, c’était un drapeau qu’un parti élevait en triomphe, pour le substituer à l'étendard du 1 er avril 1840. Dans son impatience d’agir, Ce parti n’observa pas même les règles de la plus simple probité parlementaire. Décidé à faire M. de Courten président du Grand Conseil , il ne voulut pas que personne autre que lui s’assit, ne fût-ce que pour quelques heures, dans ce fauteuil qui lui était destiné, et, par une supercherie bien puérile, on déguisa l’àge d’un député, afin que M. de Courten fût le président, doyen d’âge, avant d’être le président élu.
Cependant cette nouvelle présidence ne commença pas sous d’heureux auspices. Dès le second jour, sans consulter régulièrement le Grand Conseil, et en s’entourant seulement des députés de son parti, le président renvoya arbitrairement une séance indiquée, sous le prétexte que l’on méditait des projets agressifs contre le Grand Conseil. Cette mesure, vivement censurée par l’opposition que l’on mettait en cause sous un voile fort transparent, ne préparait pas à des débats pacifiques.
La seconde mesure importante qui signala le début de la session fut d’une nature différente : le Conseil d’Etat fut réélu par le Grand Conseil , à l’exception de MM. Gaspard Zen-Ruffinen et Bourgener, qui furent remplacés par MM. Maurice de Courten et Clémens. La nouvelle majorité paraissait décidée à conférer au premier le pouvoir et les honneurs. Les conseillers réélus, MM. de Rivaz, Barman et Delacoste, n’acceptèrent pas ; on procéda à un second scrutin, qui donna le même résultat, et qui fut suivi de la même réponse. M. de Courten refusa également; mais le soin qu’il prit de ne se prononcer que le dernier, autorise b croire qu’il aurait volontiers fait partie de l’administration avec ces trois messieurs. Enfin, les véritables hommes de la majorité prirent la place que constitutionnellement ils devaient avoir; le Conseil d’Etat fut définitivement composé de MM. Ignace Zen-Ruffinen , Clémens , François de Kalbermatten , Gros et Cocatrix.
Ce changement total de l’administration d’un pays sera toujours, en toute circonstance, un événement fort grave.
mais celle gravité était bien plus grande encore dans la position où se trouvait le Valais. Le refus répété des anciens conseillers d’accepter le mandat qui leur était conféré de nouveau, fut diversement inlerprélé. Le plus grand nombre s'accorda à le blâmer; il fallait faire télé à l’orage, dit-on; il fallait dominer par le talent cette majorité nouvelle, la contraindre à appuyer de saines mesures gouvernementales, ou la signaler au pays comme ennemie de son progrès et de son bonheur, si elle faisait une opposition systématique aux projets d’amélioration conçus par le pouvoir exécutif. C’est pour les temps difficiles que les hommes supérieurs sont créés, ajoutait-on; qui quitte la partie la perd; celui qui abandonne une position où il est le premier citoyen du pays s’expose à n’étre plus dans quelques jours que le premier des factieux. On ajoutait : ce refus orgueilleux est basé sur la croyance qu’une administration nouvelle ne pourra pas se soutenir, et que peu de mois s’écouleront avant que les mains qui rejettent le pouvoir, le ressaisissent, mais mieux affermi. Nous n’en finirions pas si nous voulions rappeler la série de reproches qu’on adressa aux anciens conseillers. Nous-mêmes, frappés des résultats qui suivirent leur retraite, nous prîmes parti eontre eux, et nous crûmes qu’ils avaient commis une grande faute, qu'ils s'étaient rendus coupables d’un grand tort envers le pays. Maintenant notre jugement est moins assuré; nous repoussons fortement l'accusation de caprice et de calculs personnels, et nous ne sommes pas convaincus que la détermination du Conseil ri’Elat ait été fondée sur une erreur.
L'administration supérieure valaisanne est constituée sur le principe ministériel : ce sont cinq ministères indépendants, chacun dans sa sphère, mais dont les chefs constituent , sous le point de vue politique , un Conseil, qui ne peut cheminer qu’en restant fermement attaché au principe de l’unité. Or, en remplaçant de prime abord M. le président du Conseil d’Etat Gaspard Zen-Ruffinen, par l’ancien grand-baillif Maurice deCourten, il était évident, que toute la pensée de la majorité se portait sur le magistrat, dont les collègues n'auraient été que des commis pour l’expédition des affaires , c’était le prince de Polignac, président d’un Conseil ou auraient siégé MM. Thiers, Lafitte. Dupont de l’Eure. Quel bien pouvait ressortir d’une pareille combinaison? A quel principe avoué et avouable aurait elle répondu? Nous insistons, le Conseil d’Etat était en haute estime auprès du Grand Conseil, disait-on. Qui pouvait le croire, lorsque vingt-quatre heures auparavant, la majorité suspendait les séances du Grand Conseil, parce que, sans provoquer une explication de la part du Conseil d’Etat, responsable de l’ordre public, cette majorité avait admis la possibilité d’une conspiration contre la sûreté de ses membres ; conspiration formée sans que le Conseil d’Etat l’eût connue, ou peut-être avec son autorisation tacite. La conséquence de ce procédé injurieux était de déclarer les conseillers d’Etat traîtres ou inhabiles; on était bien venu, vingt-quatre heures après, h leur offrir l’aumône de leurs pénibles emplois.
Mais, au moins, l’ancien Conseil d’Etat trouva-t-il, dans
la forme de l’élection, ces procédés séduisants, qui font taire le raisonnement et les scrupules, et entraînent sur la route où l’on redoute d’entrer ? nullement.
Le Grand Conseil comptait 78 volants. M. de Rivaz réunit 7 1 suffrages. Cette imposante majorité permettait, nous le reconnaissons, à ce magistrat de se considérer comme l’élu du Grand Conseil. On peut expliquer ce fait par plusieurs circonstances. Nous ne voulons pas parler du caractère fort distingué de M. de Rivaz, car cette circonstance était également acquise à tous ses collègues ; mais M. de Rivaz était le fils d’un ancien grand -haillif, le représentant de Sion, qu’il fallait gagner ou ménager. M. de Rivaz est surtout qualifié par une grande douceur , que des gens , mal informés sans doute , prenaient pour de la faiblesse. Enfin l’acte le plus saillant de la carrière politique de M. de Rivaz, avait été sa lutte avec l'Echo des Alpes , la polémique qu'il avait soutenue avec celte feuille, et la mise en accusation du gérant qu’on lui attribuait, peut-être à tort. Ces faits n’avaient point fait perdre à M. de Rivaz la confiance du parti libéral ; mais ils lui avaient procuré celle du parti réactionnaire, et cela explique celle quasi-unanimité. Au demeurant, sans avoir égard aux motifs vrais ou présumés que nous venons d’énumérer, il est possible que M. de Rivaz pût et dût peut-être faire h son pays le sacrifice d’accepter.
Mais les autres conseillers d'Etat, comment furent- ils nommés?
M. Delacoste obtint 48 suffrages. M. Delacoste, le
ministre et le restaurateur des finances du Valais, l’homme qui avait su réparer, dans deux ans, le mal qu’on avait fait pendant dix années; qui se retirait après avoir pourvu tous les services publics, en présentant un excédant de plus d’un cinquième des recettes sur les dépenses! Ainsi M. Delacoste savait déjà qu’il y avait 37 membres, dans le Grand Conseil, qui, oublieux de services aussi rares, ne voulaient plus de lui; c’est-à-dire 37 contre \\. M. Barman , le chef de 1839, l’homme d’action, l’homme de dévouement, l’homme qui, depuis deux ans, usait sa vie depuis le glacier du Rhône jusqu’aux bords du Léman, pour améliorer les roules, en créer de nouvelles, continuer les diguements du Rhône , rendre à l’agriculture ces immenses terrains incultes, qu’il vaudrait mieux couvrir de familles suisses plutôt que d’envoyer ces familles réaliser des élucubrations philanthropiques en Algérie ou sur les bords de l’Ohio; M. Barman obtient, au ü me tour de scrutin, 39 voix sur 77 votants, et l’on s'étonne qu’il n’ait pas accepté cette couronne d’épines !
Mais tout ce qui précède aurait peu de valeur , nous le déclarons , si ces faibles majorités avaient été du moins des majorités sincères: il eût fallu alors rester à la brèche, ne pas faire défaut à celle majorité affaiblie. Les principes constitutionnels, comme les loix de l’honneur, le commandaient. Mais la majorité était ailleurs et elle s’était manifestée de manière à prévenir toute méprise ; — au premier tour , anqmnte suffrages avaient remplacé M. G. Zen-Rufïinen par le comte Maurice de Courten; 30 voix sur 78, voilà la
majorité réelle du Grand Conseil ; ce fait répond à toutes les critiques. Au reste, laissons parler M. Maurice Barman, ainsi qu’il s’énonça devant le Grand Conseil en motivant son
refus ;
» J’ai appris, avec une vive émotion, que le Grand Conseil 0 venait de me donner une nouvelle preuve de confiance p en me confirmant aux fonctions de conseiller d’Etat. Vi- 0 vement disputé, ce témoignage de sympathie de la majov rite des représentants du peuple , en est plus précieux » pour moi.
» Avant de me prononcer sur l’acceptation ou le refus de ces p hautes fonctions , je ne prendrai pas le soin d’examiner » si , dans mon pays , les hommes qui se vouent au servfce p public sont encore libres d’obéir à leurs convictions, lorsp qu’elles ne s’accordent pas avec les intérêts de leurs amis » et du lieu qui les a vus naître ; je ne m’informerai pas p si les représentants de telle fraction du canton font con- » sister le mérite dans l’empressement .à souscrire aux exip gences de leurs communes ; ma détermination se motive
> sur des considérations d’un ordre plus élevé, et je me p demande si l’homme indépendant et consciencieux peut p conserver l’espoir de remplir honorablement sa tâche,
> dans un pays où toute une classe de la société, à quelques » exceptions près, ne craint pas d’entraver le développement 0 de la raison publique et du bien-être général, par le rejet p des lois les plus essentielles, telles que la loi sur l’instruc- 0 tion primaire, la loi sur la répartition des charges militaires, o dont on n’ose pas même contester la justice, et la loi fo-
p restière , cette source si féconde de richesses et de sé-
* curité , et tout cela pour obéir aux suggestions de l’inté- » rét personnel le plus mesquin.
p Pour rendre le pouvoir de plus en plus difficile, on » lui fait un crime de tolérer une association politique, » et le lendemain on en constitue une autre, dans un sens p opposé.
* Il est temps , pour les hommes qui tiennent les rênes p de l’Etat, de sortir de cette position fausse et critique que » l’on doit aux bruits infâmes, répandus depuis six mois, et
* d’échapper aux écueils que l’on s’est étudié à semer sur » la roule du Conseil d’Etat. »
■* Qui ne reconnaîtrait dans ce langage l’accent du magistrat et de l’homme de cœur, qui repousse dignement le fardeau qu’on a perdu le droit de lui imposer? Il était impossible d’échapper h cette alternative : ou , en renommant les conseillers d’Etat, on voulait indiquer que l’opinion n’avait pas changé ; alors qu’importaient les noms propres? ou l’opinion avait réellement changé, et dans ce cas, cette élection était une hypocrisie à laquelle des gens de cœur ne pouvaient se prêter. Pour ces intrigants de bas étage, comme la Suisse et le Valais en possèdent, qui ne voient dans le pouvoir qu’un moyen de satisfaire leur avidité ou leur vanité, le refus des conseillers d’Etat du Valais demeurera une faute. Mais pour les hommes qui se respectent , qui veulent la sincérité et la vérité du régime représentatif, et qui savent en accepter les conséquences, ce refus sera approuvé comme un acte honorable, et les événements qui sont survenus dès
lors n'ont pas modifié notre opinion. Au demeurant, nous ne nous étonnons pas des reproches sanglants adressés aux conr seillers d’Etat refusants, par certains libéraux. Rien n’égale l’égoïsme des partis, si ce n’est leur ingratitude; ceux que leurs passions choisissent pour chefs, ils les veulent pour esclaves. Les conseillers se retirèrent, mais fidèles aux sentiments d'abnégation qui avaient dicté toute leur conduite, ils continuèrent pendant quelque temps volontairement à initier leurs successeurs aux détails de l’administration.
Nous nous sommes étendus sur cet incident en raison de son importance. Tandis que le Conseil d’Etat s’occupait h remettre le dépôt de l’administration à ses successeurs , on conçut des craintes à Monthey, sur des projets d’attaque attribués aux gens du Val d’IUiers. Aussitôt M. Joris, établi à Illarsaz au bord du Rhône, se mit en marche, à la tête de 300 volontaires, pour secourir Monthey ; la Vieille Suisse avait fait, il est vrai, quelques démonstrations , mais aucune collision sérieuse n’éclata. On prétendit que le but secret de M, Joris était de marcher sur Sion , où if aurait voulu renverser le nouveau Conseil h son berceau. Celte accusation calomnieuse fut démentie après l’envoi d’un conseiller d’Etat h Monthey, et la lettre de remerciement qu’il adressa h M. Joris. Triste extrémité pour un pays , nous en convenons, que d’être réduit à louer des démarches aussi irrégulières, quoiqu’elles fussent dictées par d’excellentes intentions.
Les iustructions pour la diète fédérale, conformes aux précédentes, demandèrent le rétablissement intégral de tous les couvents; MM. Ganioz et Luder furent chargés de les défendre.
Le premier lutta avec M. Torrent et resta vainqueur ; ce succès justifiait bien les prévisions de l’ancien Conseil d’Etat sur les véritables dispositions de la majorité. Le reste de la session fut paisible; avant sa clôture, le nouveau Conseil d’Etat fut installé , on adressa quelques phrases polies à l’ancienne administration, et l’on offrit une gratification à M. Delacoste.
Puis le Valais changea de maître? ou plutôt de directeurs.
Le nouveau Conseil d’Etat débuta par une proclamation, où il promettait de présider aux destinées de la patrie , et parlait beaucoup de la religion et du clergé; il promettait en même temps de maintenir intacts envers et contre tous les droits de l’autorité civile.
Promesse heureuse, mais dont l’effet ne fut pas durable, lorsque l’on vit le Conseil d’Etat entrer dans un système de destitution et remplacer par des hommes violent? les employés qu’il congédiait. 11 ne se borna pas même à ces choix partiaux et il appela aux fonctions de rapporteur près le tribunal de St.-Maurice un jeune avocat, nommé Emile Bioley , qui n’avait pas atteint l’âge exigé par la constitution.
Ces faits ne rétablirent pas la tranquillité dans le pays; les batteries, les voies de fait se multiplièrent à Salvan et à Martigny ; un particulier libéral fut assassiné k Veyrossaz. D’autre part, la Vieille Suisse achetait des munitions, M. Joris et le chanoine de Rivaz remplissaient les feuilles publiques d’une correspondance grossière et injurieuse, qui, même en tenant compte de l’irritation des esprits, parait inexplicable chez des gens bien élevés.
Dès celte époque jusqu’à la fin du mois d’août suivant, le Valais fut le théâtre des plus tristes excès , de ces excès journaliers, répétés, qui sont l’indice certain d’une décomposition sociale et qui, dans tous les cas, sont faits pour la provoquer. Lorsque le désordre commence à s’introduire au sein d’une république démocratique, la société semble disparaître toute entière; son lien est comme brisé, l’individualité reparaît de toutes parts. Nous ne ferons pas passer dans tous ses détails, sous les yeux du lecteur, ce triste et monotone exposé; cependant, pour lui faire apprécier l'état des esprits , la marche de l’opinion et la position des partis, nous serons obligés d’énoncer quelques faits*
Cette position des partis s’était modifiée d’une manière assez remarquable ; ainsi, nous avons vu précédemment que deux nuances bien tranchées s’étaient manifestées dans les rangs du parti libéral; la Jeune Suisse, exprimant scs idées par l 'Écho des Alpes, ou peut-être fes recevant toutes faites de ce journal, allait à fond de toutes choses; peu ménagée elle-même, elle ne ménageait plus rien et semblait prendre plaisir à une sorte de fanfaronnade révolutionnaire; ainsi que beaucoup de jeunes gens du monde , elle paraissait prétendre à une réputation plus mauvaise que celle qu’elle méritait réellement. Le parti modéré et progressif, dont le Courrier du Valais était l’organe, avait eu à essuyer des assauts plus rudes de la part du parti avancé que du parti rétrograde lui-même ; cela était parfaitement naturel. Il n’y a rien de tyrannique comme un parti : il accepte des adversaires, il les appelle même, sans adversaires il ne pour-
rait subsister, mais il n’admet aucune divergence parmi ses propres adhérents ; ses formules , il faut les prendre ou les laisser: c’est le credo des sectaires du coran, des familiers de l'inquisition, du club dés Jacobins de 1794 : Liberté i fraternité ou la mort. A cette condition inévitable peut-être des partis, il faudrait joindre, dans le cas particulier, beaucoup de considérations personnelles, de petites jalousies de familles ^ et enfin l’avidité du journaliste , qui ne veut pas de concurrents pour exploiter sou industrie.
Cet état de querelles et de divisions , le parti libéral du Valais en présentait l’image, nos lecteurs ne l’auront pas oublié, en présence dé ce parti puissant, uni, qui avait chargé la Gazette du Simplon de lancer h ses ennemis des traits acérés.
La Gazette meurt, et il semblerait naturel que les antagonistes libéraux , délivrés de cet adversaire commun , se livrassent avec moins de retenue encore h leurs querelles intestines. Le contraire a lieu : la querellé civile s’apaise ; et par un accord tacite ou convenu , les rivaux semblent faire cause commune contre l’ennemi commun, c’est-à-dire le gouvernement; chacun, il est vrai, selon les formes de son éducation primitive : l’Echo avec acrimonie , et le Cour rier avec mesure et une sorte de retenue. Le mot d’ordre semblait être, chez tous les partië, rendre le gouvernement impossible.
Le Bas-Valais vit se reproduire une série de désordres presque journaliers; ainsi dans le dixain de Monthev, plusieurs personnes ne marchaient qu’armées de stylets et de
pistolets. MM. Torrenté et Vuilloud, appartenant au parti conservateur, échangent quelques paroles provoquantes avec des patriotes ; aussitôt ils sont roués de coups , le dernier a la jambe cassée en fuyant ; c’est un citoyen de Saint- Maurice, appartenant au parti libéral (M. Sarrasin), que l’on arrête à Evionnaz , et aussitôt cinquante volontaires partent de St.-Maurice pour le délivrer. Sion et Marligny ne restent pas en arrière de St.-Maurice et de Monthey. En vain, dans ce dernier lieu, le digne président du dixain , M. Delacosle, aidé de quelques amis de la patrie, provoque-t-il des réunions où Jeune et Vieille Suisse sont invitées à vivre en paix. En vain l’autorité municipale , dans cette ville et â St.-Maurice, établit-elle des gardes urbaines. En vain le gouvernement envoie-t-il des commissaires pacificateurs, MM. Aloys de Hiedmatten et Duc, peu propres, il est vrai , à accomplir cette tâche difficile : rien ne calme , rien n'adoucit les esprits. La Vieille Suisse continue à s’organiser; elle règne dans les montagnes et commence à s’introduire dans diverses localités de la plaine ; partout les lois sont impuissantes. Un jeune homme est incarcéré à St.-Maurice, aussitôt une bande le délivre. Le Conseil d’Etat fulmine un arrêté contre les rassemblements armés, on en rit , il menace St.-Mauriee d’occupation, on en rit encore et il recule devant l’exécution. Il est vrai que , peu soigneux de sa propre considération , il tolère chez ses propres membres des actes scandaleux ; ainsi , tandis que le conseiller Cocatrix a un procès d’injures à vider , il se collette sur la route près de Marligny et échange des coups de poings
avec un particulier. Il semble que le génie du mal s’occupe à souffler partout le feu de la discorde, comme s’il ne suffisait pas des mesures inconsidérées du clergé valaisan contre la jeune Suisse. On découvre qu’une fausse bulle papale d’excommunication contre cette ménic Jeune Suisse a été fabriquée b Berne par un Allemand, nommé Glück , dans le but évident d’exaspérer les esprits. Enfin, après avoir essayé des paroles, puis de l’inertie, le malheureux Conseil d’Etat, harcelé, veut tentèr des procès: il n’est pas plus heureux. Il intente deux actions à Y Echo, et une an Courrier du Valais.
Cependant la gravité de la situation augmentait chaque jour; un incident nouveau vint la rendre plus difficile encore. Le tribunal de St. -Maurice, dont la composition, il est vrai, offrait matière h de justes récriminations, sous le rapport de la régularité des opérations, en vertu desquelles il avait été formé, aussi bien que sous le rapport du personnel des juges, et en particulier de son président, le grand-châtelain Rouiller; ce tribunal, disons-nous, siégeait, le 3 août, non pas h l’Hôtel-de-Ville, mais dans la maison de M. Cocatrix, où il y a une pinte, pour l’examen d’une plainte portée contre un jeune homme qui avait refusé d’obtempérer à une citation régulière, et qui bravait ainsi l’autorité de la justice 1 . Le
4 Ce grand-châtelain était lui-méme sous le poids d’une grave accusation. Plusieurs membres du tribunal avaient été condamnés par le tribunal correctionnel de St.-Mauricc, et aucun d’eux n’avait la moindre teinture de législation.
tribunal s’occupait de celte affaire, lorsqu’une troupe d’hommes se précipita vers le lieu de ses séancès, s’efforça d’y pénétrer, nonobstant la résistance des gendarmes, en proférant des menaces , et causa assez d’effroi aux membres du tribunal, pour que ceux-ci prissent la fuite; le président, en particulier, s'évada par la fenêtre; le tribunal fat ainsi dis-» persé, sans pouvoir se réunir.
Cet attentat, en s’attaquant aux institutions constitution- 1 nelles , dépassait en gravité tout ce qui était survenu jusqu’alors dans ce malheureux pays. Ainsi le même lieu qui avait vu s’accomplir au mois d’avril une flagrante violation de la propriété privée par la destruction des presses de la Gazette du Simplon, voyait au mois d’août la société elle-même menacée dans sa garantie la plus précieuse , l’ordre judiciaire. Le gouvernement, s’il restait spectateur muet de cet attentat, cessait d’exister de fait ; aussi ordonna-t-il immédiatement l’occupation de St.-Maurice par une compagnie de contingent, en même temps qu’il mettait un bataillon de piquet, et qu’il désignait des commissaires pour procurer force h la loi et présider à la réinstallation du tribunal de St.-Maurice.
En apprenant ces décisions, une fermentation extrême se manifesta dans les dixains de Monlhey, de St.-Maurice et de Martigny. Un comité se forma dans cette dernière ville. Le président en fut M. Maurice Barman ; les quatre autres membres appartenaient aux notabilités du parti libéral. Ce comité adressa aussitôt une pétition , soyons vrais , disons une tommation, au Conseil d’Etat, pour protester contre les mesures prises à l’égard de St.-Maurice, prétendant que le
cas de troubles prévu par l’art. 34 de la constitution n’existait pas, etqu’ainsi des mesures militaires étaient illégales; assignait, comme principale cause de la fermentation, l’illégalité de nomination du rapporteur près le tribunal de St.-Maurice , qui n’avait pas l’âge requis par la constitution, et formulait enfin une série de demandes. Cette pièce 1 , se terminait par cette phrase : « Si nous étions trompés dans » notre attente, nous déclinerions toute responsabilité des » conséquences incalculables, qui pourraient résulter de » toutes mesures illégales et attentatoires aux droits des » citoyens. »
Simple narrateur, nous laisserons au lecteur l’appréciation de ce langage. Nous serions mal qualifiés pour énoncer nos pensées à cet égard, partagés que nous le sommes entre des affections qui vivront autant que nous, des convictions politiques, dont nous ne pouvons nous défendre, et notre conscience d’honnête homme, qui s’émeut en présence de faits à côté desquels il faut toujours mettre, pour les expliquer, ce nwtto si commode : salus populi suprema lex. Si nous nous défions de nos propres impressions, nous accordons, au contraire, une entière confiance aux enseignements de l’histoire. Elle nous fait connaître, cette savante institutrice, que l’on a commencé souvent la guerre sans l’avoir déclarée ; cette conduite n’est pas chevaleresque , mais elle peut se justifier par le grand principe d’utilité; elle nous dit aussi que la guerre se fait après une déclaration mutuelle; mais elle n’en-
* Adresse du 7 août 18S3. (Courrier du Valais.)
seigne pas, que je sache , que la guerre se déclare sans se faire , et il nous est permis de penser que c’est une position bien dangereuse d’envoyer un ultimatum , sans être en mesure dé l’appuyer.
Les premiers faits qui survinrent parurent neanmoins justifier la marche qu’avait suivie le comité de Martigny. Les commissaires arrivèrent dans cette ville le 8 août; aussitôt le comité, ou plutôt la réunion de citoyens qui l’avait nommé, se transporta auprès d’eux. M. Maurice Barman porta la parole , fit connaître h ces Messieurs les demandes des pétitionnai^ et développa les griefs qu’ils étaient chargés d’exposer. M. le conseiller d’Etat de Kalbermatten, au nom des commissaires et du gouvernement, répondit avec calme que le Conseil d’Etat ne s’écarterait pas de la légalité la plus scrupuleuse et qu’il avait conlremandé la levée des troupes. Nonobstant ces paroles conciliantes, quelques personnes annoncèrent l’intention de s’opposer au départ des commissaires pour Sl.-Maurice, et ceux-ci, effrayés, ou voulant à tout prix éviter un scandale irréparable, retournèrent le même jour à Sion. Ce contrordre donné à la troupe, parait avoir été provoqué par la crainte de la désobéissance des soldats et de la résistance des citoyens.
Ainsi, un tribunal dispersé, des citoyens se constituant juges des violations vraies ou prétendues de la loi , des magistrats arrêtés et menacés dans l’accomplissement d’un mandat légal, des milices insubordonnées, des gendarmes que l'on tente de désarmer à St.-Maurice, et qui doivent h leur énergie seule d’éviter ce déshonneur, voilà le tableau
que présentait le Bas-Valais au milieu du mois d’août.
Le Conseil d’Etat, tiraillé entre les patriotes, qui l’accusaient de menées occultes et agressives, et les conservateurs, qui le taxaient de faiblesse et d’indécision, le Conseil d’Etat eut d’abord recours aux paroles. Il répondit à l’adresse du comité de Marligny, en prenant la précaution, un peu jésuitique, d’adresser sa réponse à M. Maurice Barman, évitant par là de reconnaître lé comité. Celte réponse, assez développée, commençait par une argutie de procureur, sur la qualité des rapporteurs, que le Conseil d’Etat envisageait , disait-il , comme de simples employés , et non comme des fonctionnaires , et auxquels , par conséquent , la limite d’àge de 25 ans n’était pas applicable* Cette dissertation était inutile, puisque, en fait, le malencontreux rapporteur près du tribunal dé St.-Maurice avait pris le 6eul parti convenable, et avait donné sa démission; sur d’autres points le Conseil d’Etat faisait droit aux demandes du comité , et il terminait avec noblesse et modération en se déclarant seul juge de la convenance d’appeler les milices en activités En même temps, il s’adressait par une proclamation au pays tout entier, recommandait aux citoyens le calme et la paix, et annonçait qu’il allait convoquer extraordinairement le Grand Conseil; convocation motivée par l’état du pays et par la nécessité de nommer un nouvel évêque de Sion. Fabien-Maurice Rolen, titulaire de ce siège, venait de mourir à I’àge de 58 ans.
Dans les circonstances où 9e trouvait le Bas-Valais , on pouvait difficilement espérer que le tir cantonal , qui allait
s’ouvrir à Monthey, fût un calmant propre h adoucir l’état d’irritation qui affligeait le pays. Ce tir fut très-animé , les patriotes y vinrent en foule, les Vaudois y furent nombreux; mais, comme on devait s’y attendre , la Vieille Suisse n’y parut qu’en très-petit nombre. Les notabilités du parti li béral y furent assidues, les toasts y furent énergiques, les discours pleins de sève et de verdure, toutes les allusions h la situation furent vivement saisies. La Jeune Suisse y fut fêtée, et des hommes qui, peu de mois auparavant, étaient méconnus et outragés par elle, des hommes qui étaient faits pour la dominer et non jgour la suivre, prirent l’engagement imprudent de se joindre à elle, si les dangers de la patrie le ^requéraient.
Ces bruyantes manifestations furent un prétexte pour le Conseil d’Etat de témoigner une grande terreur. Il affecta de croire que les carabiniers réunis h Monthey allaient se porter sur Sion, pour donner le coup de grâce au pouvoir exécutif; il se hâta d’appeler quatre compagnies sous les armes au chef-lieu. En même temps des émissaires parcoururent le Haut-Valaisen excitant les populations à s’armer pour la défense de l’ordre public et du gouvernement. Cependant le comité de Martigny voulut faire encore un essai de son pouvoir ; il députa trois délégués au Conseil d'Etat pour lui signifier qu’il eût h cesser ces rassemblements de troupes, et cette fois encore le Conseil d’Etat obéit; la troupe fut licenciée. De la fermeté et de l'énergie, s’écriait l’organe le plus modéré de l’opinion libérale, le Courrier du Valais; nous rélèverons le gant , avait dit, en terminant le tir dé
Monthey, l’un dos hommes les plus honorables du Bas-Valais. Triste préparation pour cetle réunion du Grand Conseil, qui devait, disait-on, cicatriser les plaies de la patrie. Ce Conseil ouvrit sa session le 23 août, et reçut à sa première séance un message du Conseil d’Etat. Après quelques mots sur les difficultés qui lui avaient été suscitées dès les premiers jours de son entrée en fonctions, le Conseil d’Etat fait le tableau des désordres qui se sont succédés en Valais depuis deux mois; il insiste sur le plus grave de tous, l'attentat contre le tribunal de St.-Maurice , il rappelle les mesures qu’il a voulu prendre , les obstacles qu’il a rencontrés. Il attaque avec amertume le comité de Marligny, et lui reproche de s’étre interposé de fait, sinon d’intention, entre l’autorité légale et les perturbateurs.
Après avoir examiné sous divers aspects ce qu’il y aurait à faire, il termine, en proposant au Grand Conseil de décréter une amnistie pour tous les délits politiques, ou quasi-politiques, les cas d’homicide étant seuls exceptés, et dans le désir d’éviter une discussion irritante, il propose que les députés aient une conférence particulière avant d’ouvrir les débats. Cette conférence eut lieu, mais elle ne produisit que des récriminations; f amnistie ne suffit plus, s’écrièrent des députés du Bas-Valais, il nous faut une salisfaction. Cependant, après une discussion où l’on aborda toutes les questions avec vivacité, mais sans violence, la proposition du Conseil d’Etat fut adoptée avec un amendement qui laissait au Grand Conseil à statuer, dans le cas où il y aurait doute sur la convenance de comprendre tel ou
tel fait parmi ceux que l’amnistie devait couvrir; le Grand Conseil délégua aussi des pleins pouvoirs au Conseil d’Etat pour le maintien de l’ordre public.
Tandis que le Grand Conseil entrait ainsi dans la voie qui semblait devoir conduire au but tant désiré, la pacification du pays, on travaillait en d’autres lieux à compléter l’œuvre, ou plutôt à la détruire. On apprend que de nouveaux troubles ont éclaté à St.-Maurice; que le grand-châtelain Rouiller, domicilié à Outre-Rhône, y a été saisi, conduit à St.-Maurice, et contraint de signer sa démission de président du tribunal ; qu’un engagement a eu lieu à la Balma, hameau situé entre Martigny et St.-Maurice; que la Vieille Suisse du dixain de Monlhey, et notamment celle du Val d’Ulier, se réunit ; que les habitants du village de Salvan, appartenant au même parti, font des démonstrations hostiles; que des rassemblements inquiétants se forment dans l’Entremont, notamment au village d’Orsières. On sait d’autre part que le Haut-Valais est violemment excité, que déjà des hommes armés ont paru à Sierre, en un mot, qu’une conflagration générale semble imminente.
Dans cette conjoncture, lé Conseil d’Etat parait vouloir persister dans la voie où l’amnistie l’a fait entrer; il délègue M. le docteur Barman pour s’interposer entre les partis exaspérés du Bas-Valais; M. Barman est couché en joue par une troupe armée qui occupait la Balma. Le Conseil d’Etat désavoue les rassemblements de Sierre, et fait arrêter les instigateurs de ce mouvement que l’on trouve à Sion, puis il appelle aux armes tout le contingent fédéral, nomme un
conseil de guerre, et y appelle comme membre le président du comité de Martigny, M. Maurice Barman *. Enfin celui des membres du Conseil d’Etat qui paraissait être le plus antipathique h la majorité du Bas-Valais, M. Coca tris, de St.-Maurice, donne sa Rémission. Cette démission est acceptée nonobstant quelque résistance, et M. Torrent, de Monthcy, l’un des hommes les plus considérés du parti libéral, est nommé à sa place. Toutes ces mesures semblaient annoncer un retour sincère vers le parti progressif modéré; et par cette raison elles ne satisfaisaient pas les hommes prononcés. M. Adrien de Courten se plaint avec hauteur qu’on enchaîne le bon vouloir et le courage des amis de l’ordre , réunis h Sjerre , h son appel ; tandis que M. Joris, qui ne se laissait point enchaîner, et qui était d’accord avec le comité de Martigny, sur l’annonce des mouvements qui s’opèrent à Sierre, part h la tête d'une troupe, qui se grossit en route; il se loge militairement avec ses gens, mais sans commettre de désordres, dans l’abbaye de St.- Maurice, occupe Martigny, où il rencontre les hommes du contingent que l’on avait déjà licencié, en entraîne la majeure partie avec lui, et, marchant toujours, arrive h Ârdon , d’où il menace Sion et le Grand Conseil , qui s’était déjà séparé. Alors, M. Maurice Barman, qui venait de faire dans cette assemblée l’importante proposition
1 Ce conseil de guerre était composé de MM. P. L. de Riedmatten, P. Torrent, Elie-Piicoias Rolen, Adrien de Courten et Maurice Barman.
de l’abrogation des immunités ecclésiastiques; propositions dont le représentant du clergé, le chanoine de Rivaz, n’avait pas combattu le principe, et que son auteur avait motivées, comme il l’a dit lui-même , sans taire les torts des deux partis; l’exaspération, la turbulence, les voies de fait d’une jeunesse égarée, les insinuations calomnieuses, les intrigues sourdes ; les complots sanguinaires des prétendus soutiens de la foi. M. Maurice Barman se dévoue dans l’intérêt du pouvoir aux abois, ou plutôt, dans l’intérêt de l’ordre, pour arrêter la marche de la colonne Joris. Zélé comme il l’est, comme il le sera toujours pour toutes les causes qui feront un appel à ses généreux sentiments, il se rend h Ardon, accompagné de M. le conseiller d’Etat Torrent; les volontaires lui déclarent qu’ils veulent entrer h Sion, y prévenir les hommes du flaut-Yalais , et abolir les immunités ecclésiastiques. M. Barman leur déclare, h son tour, qu’il a lui-même fait la proposition d’abolition; que celte proposition sera débattue, et probablement acceptée, que la Vieille Suisse s’est retirée de Sierre , que la troupe est licenciée; il conjure les libéraux de s’arrêter, M. Torrent joint ses efforts aux siens; ils sont écoutés avec peine; M. Barman insiste et déclare qu’il faudra lai passer sur le corps. Enfin il triomphe, la colonne Joris rétrograde; mais le mécontentement et la défiance se sont glissés dans ses rangs. Les peuples ne veulent que des idées simples et nettes; il est dangereux de les prendre et de les reprendre, de les accoutumer à ces mouvements irréguliers sans résultat; cet instrument populaire , il faut le manier avec précaution.
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Les corps sociaux, comme les individus, sont exposés h ces crises violentes qui peuvent rendre nécessaire l’emploi de moyens extraordinaires pour les surmonter. Mais ces moyens , c’est le fer ardent , qui cautérise et guérit la plaie, lorsqu’on en fait usage un instant et une fois , tandis qu’il détruit les tissus et les muscles , si on l’applique sans cesse. Il était évident que le pays ne pouvait supporter cet état contraint , où des forces individuelles se substituaient aux forces régulières; il était évident que ce remède héroïque perdait chaque jour de son efficacité ; il était plus évident encore que M. Maurice Barman , dupe à son insu de sa droiture et de sa générosité, ne s’apercevait pas qu’il amassait des charbons ardents sur sa tête; qu’on ne lui pardonnerait jamais la franchise de son langage, la hardiesse de son opposition, la promptitude de ses mesures; qu’on lui pardonnerait moins encore les services qu’il avait rendus; tandis qu’il se compromettait aux yeux de son propre parti , comme ne le prouve que trop une lettre insérée dans V Echo des Alpes, et revêtue de plusieurs signatures, où la conduite de M. Barman à Ardon est amèrement censurée. Au demeurant, nous ne serons jamais fiers de cette sagesse de cabinet, qui fait juger les événements accomplis. M. Barman commit en cette occurrence la faute que commettent toujours les esprits ardents et les âmes loyales, qui ont le tort immense de se laisser guider par les sentiments au lieu de n’écouter que le calcul des intérêts. Cependant nous ne pouvons nous défendre de quelque sévérité, lorsqu’anticipant sur les faits qui nous restent à
décrire, nous comparons les derniers événements qui ont plongé le Valais dans un abime de maux, avec ceux que nous venons d’examiner. Nous retrouverons, en effet, une grande exubérance de paroles ; de l’agitation d’une part , des mouvements impétueux ; mais aucun progrès. Ce sera la même pétulance, la même crédulité, la même imprévoyance ;
ce seront, comme par le passé, et plus encore que par le
passé , des hommes qui prendront un fusil sans pierre ou sans capsule , une giberne sans cartouches , ou seulement un bâton, et qui pleins des souvenirs d’Ardon, de Martigny, de St.-Maurice, croiront qu’il leur suffira de dire comme César: rem', vidi, vici. Mais, d’autre part, nous trouverons des hommes qui ont profité de l’expérience , qui, tendant vers un but unique, auront accepté une direction unique. Alors, comme aujourd’hui, les masses du Ilaut- Valais s’ébranleront. Mais elles s’ébranleront toutes ensembles, elles seront disciplinées, organisées, bien pourvues. Alors, comme aujourd’hui, la Vieille Suisse du Bas-Valais sera destinée à couper toute retraite aux étourdis ; mais elle agira avec ensemble, chacun aura son poste assigné d’avance, et, après avoir longtemps répété le drame sans succès, au jour de la représentation solennelle, l’exécution sera parfaite. Ainsi, ô bizarrerie! le parti dit du mouvement sera resté stationnaire, disons mieux, il aura reculé, tandis que le parti stationnaire se sera mis en mesure de frapper à coups sûrs.
Mais avant de nous livrer à ces rapprochements entre des faits accomplis et d'aulres'que nous aurons à décrire, acbe-
vons le récit des événements qui préparent au Valais un avenir si malheureux. Le Grand Conseil, avant de clore cette importante session extraordinaire, avait pris une étrange decision , ou, pour être plus précis, avait laissé une étrange mesure s’opérer en sa présence, nous voulons parler d'un partage de canons entre le Haut et le Bas-Valais. « Ils ont des canons de l’Etat, » avaient dit les députés du Haut- Valais, en parlant des dixains occidentaux, « nous voudrions en avoir aussi. » « Rien de plus juste, » répondent les députés du Bas-Valais ; « prenez des canons, ne vous gênez pas ; * et aussitôt les canons sont en route , les uns pour Brigue, les autres pour Monlhey. Transaction inouïe dans l’histoire d’un peuple!
Le flot populaire soulevé ne se calme pas si aisément; les bandes armées qui avaient occupé Ardon y laissèrent des traces de leur passage. Nonobstant les efforts de M. Joris pour maintenir la discipline , des hommes sans aveu commirent des dégâts dans la cure d’Ardon et dans celle de Riddes. A Monlhey, un homme généralement estimé, nommé Codonnet, fut tué le 28 août, à bout portant, par des hommes appartenant h la Vieille Suisse , tandis qu’il était en faction h l’entrée du pont de la ville. Le 29, la Vieille Suisse de Yionnaz et de Colombey se réunit en armes , s’avança vers Monlhey, et sans l’intervention de M. l’ancien conseiller d’Etat Delacoste, président du dixain , il est probable qu’une lutte sanglante aurait eu lieu. Cet infatigable magistrat, sans perdre de temps, se rendit, avec le curé de Monlhey , dans le Val d’Illiers, et parvint , non sans danger,
à empêcher les hommes qui s'y étaient réunis de se porter sur Monthey. Le 30, il y eut trêve entre les deux partis, et le jour suivant le retour de la colonne Joris assura aux libéraux une supériorité décidée. Plusieurs des hommes les plus marquants de la Vieille Suisse s’éloignèrent; le curé Dumoulin ne tarda pas à quitter une paroisse dont il avait froissé les sympathies et où il avait été l’objet des procédés les plus inconvenants.
Arrêtons-nous quelques instants et examinons la position que les derniers événements avaient faite au parti libéral.
Les élections du mois d’avril lui avaient enlevé la majorité dans le Grand Conseil ; ses hommes les plus éminents s’étaient retirés volontairement de l’administration supérieure ; de nouveaux employés avaient remplacé ceux qui lui étaient dévoués. Ce parti avait commis bien des fautes, il avait eu bien des torts; le Haut- Valais, presque en entier, lui était hostile; il avait vu le nombre de ses adversaires s’accroître dans les dixains occidentaux, et pourtant, au commencement du mois de septembre, il était vainqueur! tant il y a dans les bonnes causes de force vitale, tant il faut de sottise chez les hommes pour empêcher la vérité de triompher. En effet, la majorité du Conseil d’Etat était changée; on pouvait croire que MM. Torrent, Zén-Ruffinen et Clémens s’entendraient pour empêcher toute mesure rétrograde, et pour faire marcher le gouvernement dans un sens progressif; une amnistie étendait sur tous les désordres antérieurs le voile de l’oubli; le tribunal de St.-Maurice était modifié , son rapporteur était remplacé par un homme modéré; en un mot, le système
gouvernemental était changé. Si notre témoignage est suspect , que l’on consulte les écrits émanés à cette époque du parti rétrograde; partout perce le dépit* les reproches amers , l’expression des espérances déçues, cette impression est partagée au dehors du canton. Le secrétaire d’Etat de Lucerne , Bernard Meyer , qui était venu remplir en Valais quelqu’une de ces missions occultes pour lesquelles il semble propre, retourne dans la ville fédérale découragé, et, sur son rapport , le gouvernement directorial adresse des plaintes au gouvernement du Valais, il lui enjoint assez cavalièrement de veiller au maintien de l’ordre et de faire respecter la constitution. Enfin, le parti rétrograde, se croyant trahi par le gouvernement de son choix , ne pense plus qu’à sa propre sûreté; il tient des assemblées à Tourtemagne , on y parle de séparation ; MM. Roten , Ferdinand de Stockalper et Yossen vont implorer le gouvernement de Lucerne, ce qui, en vérité, dans tout antre pays que le Valais , ressemblerait tout à fait à un acte de haute trahison. Nous le répétons, à cette époque le Valais pouvait voir se lever pour lui une longue suite de jours heureux, si le Conseil d’Etal avait marché franchement dans la voie qu’il paraissait s’étre tracée , et s’il avait été franchement secondé par les hommes les plus modérés du parti libéral. Si les uns et les autres se fussent retournés contre les brouillons, contre ces hommes qui sont très-habiles à tout perdre, mais qui n’ont jamais su rien conserver ; si tous , en un mot, se fussent déclarés membres de celte société de la paix, que des rêveurs bienveillants tentèrent de créer alors, dans
quelques communes du Valais. Rien de tout cela n’eut lieu, chaque parti resta dans ses tentes , les défiances furent aussi vives , et l’on reconnut bientôt que la question n’était qu’ajournée.
Cependant, les premiers actes du Conseil d’Etat semblèrent témoigner de sa droiture ; il fit réinstaller le tribunal de St.- Maurice, mais il accepta la démission forcée du grand châtelain et fit procéder à son remplacement; il nomma rapporteur près de ce tribunal M. le docteur Barman, et lui donna un substitut de son chois.
Mais ce n’était pas le compte des partis exagérés, et l’on parut s’entendre des deux côtés pour paralyser tous les efforts des hommes de bien. Ainsi, le 10 septembre, le notaire Saillen, châtelain de la commune de Dorénaz, homme généralement estimé et appartenant au parti libéral , est assassiné de la manière la plus barbare ; son corps , entraîné par le Rhône, est retrouvé deux jours après, percé de vingtquatre coups de couteau; les efforts de la justice sont impuissants pour percer le voile qui couvre cet horrible attentat ; et quelques jours après, un journal ultramontain, l'Union de Porrcntruy, écrit que le sort arrivé à Saillen est un devoir rempli par le citoyen. Le gouvernement du Valais, indigné , fait poursuivre l’auteur de ces lignes infâmes devant les tribunaux bernois; disons immédiatement que le rédacteur, qui rédige en ce moment la Gazette du Simplon , fut condamné à 4 jours de prison et à 40 francs d’amende.
Tandis que la Vieille Suisse assassine , la Jeune Suisse se livre à ses excentricités ordinaires. Elle donne des charivaris
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à St.-Gingolf au chanoine de Rivaz, et inspire au conseil de bourgeoisie de IVIonlhey l’étrange pensée d’imposer une contribution de guerre sur tous ceux de ses ressortissants qui n'ont pas marché au mois d’août avec M. Joris. Le Conseil d’Etat s’oppose avec raison à cet arrêté arbitraire et déelare que, s’il est impuissant à garantir la propriété et à faire respecter les lois, il aura recours h l’intervention fédérale, menace déplacée et qui le rend de nouveau suspect.
Toutefois l’ordre renaissait peu à peu dans le Bas-Valais et le gouvernement, ramené par l’influence de M. Torrent au sentiment de sa dignité et à l’énergie qui est la compagne de la justice et de l’impartialité , te gouvernement , disons-nous, eut assez de confiance dans ses forces, pour ordonner que les canons emmenés à Monthey et à Brigue, fussent réintégrés dans l’arsenal de Sion. Le Bas-Valais obéit immédiatement , les défenseurs de l’ordre public du Haut-Valais résistèrent; il fallut l’intervention personnelle de membres du Conseil d’Etat et la menace d’une occupation armée, pour déterminer Brigue à opérer sa restitution. Cet heureux essai de fermeté , inspira-t-il au Conseil d’Etat quelque velléité de prendre une position plus tranchée? nous l’ignorons. Mais on prétendit alors que son intention était de soumettre au Grand Conseil une proposition d’amnistie, pour le mouvement qu’avait opéré la colonne Joris le 29 août. Cette nouvelle répandit une vive inquiétude ; en effet, elle semblait remettre en question ce qui avait été décidé, et l’acte d’amnistie et les paroles conciliatrices prononcées h Àrdon , par MM. Maurice Barman et le conseiller
Torrent , au nom du gouvernement. On cria à. la mauvaise foi, et le gouvernement se hâta de faire démentir cette nouvelle , qu'il qualifia de calomnie.
A celle époque, les hommes du Haul-Valais ne pensaient pas que le Conseil d'Etat sympathisât avec eux. Nous n'en voulons d’autre preuve que la protestation adressée au gouvernement par les présidents des dixains orientaux, au commencement d’octobre. Cette pièce énumère, avec une violente âpreté, tous les désordres commis dans le Bas-Valais, les attribue à la Jeune Suisse, demande des garanties pour la religion et l’ordre public , proteste contre l’intervention fédérale, que le Conseil d’Etat avait laissé entrevoir, et déclare ses rédacteurs prêts à dompter , avec les hommes du Haut- Valais , cette poignée de factieux. Après avoir formulé son réquisitoire, elle termine avec arrogance, par cette phrase significative : « Voilà la règle tracée au pouvoir exécutif ; voilà ce dont il est responsable!
Chacun juge selon les habitudes de son éducation ou de ses antécédents, et nous ne nous permettrons pas de critiquer le style de MM. les présidents des dixains orientaux ; mais il nous semble que, si nous étions gouvernement, nous préférerions l’attaque de la colonne Joris au langage superbe de semblables défenseurs.
Le Grand Conseil se réunit le 9 novembre en session extraordinaire , pour procéder à l’élection de l’évêque. Il eut à s’occuper, avant tout, de l’examen de pétitions, qui demandaient que l’administration des biens de l’évêché fût dévolue à l’Etat; que l’évêque reçût un traitement d’un
louis par jour et que le surplus des revenus fût appliqué à l’amélioration du sort des ecclésiastiques pauvres.
Ce ballon d’essai ne fut pas heureux; la majorité repoussa la pétition, en s’appuyant sur la garantie donnée par la constitution aux propriétés ecclésiastiques; la minorité se borna à demander qu’il fût entamé des négociations avec la cour de Rome sur cet objet. Mais l’ordre du jour fut adopté h une grande majorité.
L’élection de l’évêque accomplie, avec le cérémonial usité dans l’ancienne diète, appela au siège épiscopal M. le chanoine de Preux, professeur au séminaire, homme instruit, disait-on, mais d'un caractère absolu, et que la majorité estimait sans doute le plus capable de maintenir dans leur intégrité ces privilèges du clergé, qui devenaient le champ de bataille où les partis allaient se rencontrer de nouveau.
La session ordinaire suivit immédiatement celle où l’évcque avait été nommé. Le Grand Conseil, rentrant dans ce cercle d’occupations positives, dont, pour le bonheur du pays, il n’aurait jamais dû sortir, s’occupa du deuxième livre du code civil, du code de procédure, de la création d’un tribunal militaire, du budget, objets qui n’amenèrent aucune excitation désordonnée. Mais les passions se réveillèrent à la discussion d’une loi sur l’instruction publique, qui, gâtée par le travail d’une commission du Grand Conseil, consacrait des prétentions si exorbitantes en faveur du clergé , qu’elle aurait excité le mécontentement le plus vif, si le Conseil d’Etat n’avait eu la prudence de la retirer.
La session aurait donc pu se terminer en paix, si d’étran-
ges pétitions n'étaient venues allumer un incendie, dont les reflets sont encore visibles pour nous. Trois surtout sont remarquables. La première fut celle d’un étudiant que les jésuites avaient expulsé de leur collège, en raison de sa qualité de Jeune Suisse; sa réclamation amena la discussion des droits respectifs de l’Etat et des corps enseignants sur la discipline des colleges. La minorité soutint avec énergie le sceptre, la majorité se déclara le champion de l’encensoir; on crut se tirer d’embarras par un ajournement. La seconde pétition fut celle des frères Jardinier et de quarante citoyensdeMonthey, qui demandaient la protection des lois, la réparation des dommages et des sévices qu’ils avaient éprouvés, et des mesures répressives contre la Jeune Suisse.
Mais ces manifestations s’effacèrent devant la pétition de vingt-neuf députés au Grand Conseil, qui, se constituant les organes de leurs dixains respectifs, adressèrent le factum le plus acerbe, le plus outrageant à l’autorité dont ils étaient membres, récriminant avec amertume contre tous les faits antérieurs, et demandant spécialement :
a) une loi contre la presse;
b) contre les rassemblements armés;
c) des indemnités pour les personnes lésées ;
d) une loi contre les associations politiques;
e) enfin, ils voulaient que l’on fit un appel au peuple, qui se lèverait , disaient-ils , comme un seul homme pour anéantir les perturbateurs.
Avant qoe le Grand Conseil délibérât sur ce manifeste, le docteur Barman , que le dégoût de toutes choses avait éloigné du Grand Conseil, répondit énergiquement aux pétitionnaires par une lettre rendue publique. « Vous avez » ramassé dans les pamphlets, dans le rebut des journaux > suisses, dans la boue, toutes les calomnies colportées con- » tre le parti libéral. » Puis, reprenant un h un chacun des griefs allégués , il les renvoyait h la face de ses adversaires et signalait à bon droit cette manifestation collective d’une portion aussi notable de la législature, comme l’acte le plus agressif qui eût été commis jusqu’alors; il demandait ce qu’en penserait la Suisse, et où serait le juge, si opposant pétition à pétition, injures à injures, menaces à menaces , une autre assemblée relevait le gant et se constituait aussi partie dans ce débat.
La minorité ne suivit pas cette marche; elle ne s’adressa pas au Grand Conseil , mais au peuple du Haut-Valais , et lui envoya une adresse qui était une réfutation du factum des vingt-neuf. Cette pièce, très-bien rédigée, avec chaleur et conviction, eût été lue, sans doute, avec un vif intérêt par les hommes du Haut- Valais, hélas! si les hommes du Haut- Valais avaient su lire autrement qu’avec les lunettes de leurs prêtres ou de leurs meneurs. Les faits y étaient expliqués; la question des immunités ecclésiastiques y était traitée de manière à l'assurer les plus scrupuleux. « La religion » catholique, disaient les signataires, est, pour nous comme » pour nos dixains, le premier des biens. Concitoyens, peu- » pie d’amis , voici notre profession de foi :
» Religion pour Dieu, non pour les hommes.
» Religion par des ministres apostoliques, non par des » recouvreurs de famille.
» Religion selon l'Evangile, non selon telle ou telle poli- » tique.
» Patrie pour l’honneur et non pour l’abjection.
» Patrie pour tous et non pour quelques classes pri- » vilégiées.
► Patrie pour l’instruction, pour le travail, non pour » l’ignorance et la misère. »
C’était parler grec a des Iroquois.
Au Grand Conseil on se comprit mieux. Lorsque la discussion s’ouvrit sur cette pétition , l’attaque fut plus vive que la défense ; les signataires se retranchèrent derrière le mandat qu’ils avaient reçu de leurs dixains ; ils protestèrent qu’ils n’avaient point eu l’intention d’insulter le Bas-Valais, qu’ils ne voulaient que la paix. En un mot , dans leur langage embarassé, on pouvait entrevoir qu’ils se seraient soumis peut-être à voir la pétition repoussée par l’ordre du jour, si un discours railleur et inconvenant de M. Alphonse Morand ne les avait engagé à persister.
M. le conseiller Torrent, dans un discours remarquable, repoussa avec dignité les attaques des pétitionnaires; il donna des explications complètes sur la conduite du Conseil d’Etat dans les derniers événements et sur la part qu’il y avait prise ; il fit voir que la conséquence de cette conduite avait été le retour k l’ordre et que l’on aurait pu compter sur un meilleur avenir, si les pétitionnaires n’étaient venus
lancer ce nouveau brandon de discorde. Ce ne fut pas sans émotion qu’on entendit ce vieux soldat de l’empire s’écrier : « On a traité de pusillanime la convention d’Ardon ; je n’ao- » cepte pas ce reproche; je traitais avec des concitoyens, » je ne craignais donc rien pour moi ; la peur n’est pas mon » défaut ; je me suis trouvé sur des champs de bataille, où » la mort emportait les hommes comme la grêle abat les » récoltes , jamais je n’ai reculé sans l’ordre de mes chefs. » Ce qui me glaçait d’effroi, c’était la guerre civile, » c’était l’aspect de la patrie ruinée , désolée, démoralisée , » déshonorée. Nous savons à quoi nous en tenir sur les » fauteurs de guerre civile ; ce ne sont pas eux qui en arrê- » tent les ravages lorsqu’ils l’ont allumée; ils trouvent plus » simple de se mettre h l’écart, et de laisser ceux qu’ils ont » égaré h la merci de leurs misères. »
M. Maurice Barman, dédaignant le ton railleur dont affectaient de se servir certains libéraux, et prenant toujours au sérieux les affaires de son pays , s’attacha surtout à laver le comité de Martigny du reproche d’inconstitulionnalité, en acceptant nohlement toute la responsabilité de cette affaire.
^ « Toutes les pièces qui émanent du comité sont là , dit-il , » toutes sont signées par moi, je ne crains pas qu’on me » juge sur mes actes : si j’ai eu un tort dans ma vie, c’est » de vous avoir imité une fois, c’est d’avoir ù votre exem- » pie appelé des volontaires , etc. »
Un peuple est bien malade , et cette maladie paraît être le choléra-morbus de la Suisse, lorsqu’il ne sait plus comprendre le courage politique, le dévouement et l’honneur.
Le résultat de cette discussion fut le renvoi pur et simple de la pétition au Conseil d’Etat.
La session finit, et l’année approchait de son terme. La guerre sérieuse étant ajournée, on se borna pour le moment aux escarmouches de la presse ; celle-ci fit connaître au public l’étrange correspondance survenue entre M. Maurice Barman et M. Adrien de Courten, à l’occasion d’une altercation entre ces messieurs à Sion, le 7 décembre. Nous en citerons deux phrases; elles paraissent caractériser l’époque où nous vivons, l’état social en Valais et les habitudes de la noblesse actuelle.
M. de Courten écrit le 1 1 décembre à un rédacteur de journal , et en parlant de M. Maurice Barman , il termine par celte phrase : « Quant à l'action en satisfaction , nous » l’attendons judiciairement de pied ferme. »
M. Barman , officier fédéral , adresse directement sa réponse à M. Adrien de Courten , ancien officier fédéral ; nous y lisons ce qui suit :
« Je vous ai dit en face, moi, Maurice Barman, à vous, » M. Adrien de Courten, président du dixain de Sierre, que » vous étiez un vil calomniateur ! »
Ainsi se termina cette année 1843 ; les germes semés par des mains habilement perfides , dans les deux années qui avaient précédé , s’étaient développés ; l’arbre avait crû rapidement ; les fruits approchaient de leur maturité ; l’année 1844 était destinée à les recueillir.