SCÈNE XI
LE MARQUIS, ;jm/.sVALÈRE et DORANTE
LE MARQUIS
H me plaît, ce garçon. 11 n'a point les façons d'un homme de sa condition. Il est humble et fier, il est ambitieux, il n'est pas ignorant. Il vaut mieux que mes neveux I Mais la leçon n'est pas complète et je compte sur Lubin pour l'achever.
VALÈRE, entrant.
Mon oncle ! je ne vous dérange pas ?
LE MARQUIS
Entre, Valère, que veux-tu ?
VALÈRE
Vous faire toutes mes excuses ! Vous prier de pardonner un moment de vivacité.
LE MARQUIS
C'est un bon sentiment, mon ami, et j'ai tout oublié. (// lo serre dans ses hras.)
DORANTE, paraissant à la porte. (A part.)
Ah 1 le pertide 1 II me devance.
LE MARQUIS, voyant Dorante.
Et loi aussi, Dorante, tu regrettes ce montent d'emportement ?
DOï^ANTE^ s' avançant.
Oui, mon oncle, et je vous en demande pardon.
LE MARQUIS, Venihrassant.
Voilà qui est bien et je n'attendais pas moins de vous. Maintenant je vais vous faire un aveu : LubÎQ n'est pas ce que vous croyez.
DORANTE
Ce n'est pas le fils du fermier Guillaume?
LE MARQUIS
Si mais sa livrée n'était qu'un déguisement que je lui ai imposé. Autrefois son père m'a rendu un de ces services que l'on n'oublie jamais et à sa mort j'ai promis de le reconnaître, bref, je vous devais cet aveu.Lubin est mon fils adoptif.
DORANTE, vivement.
Votre héritier ?
LE MARQUIS
Entendons-nous I Je n'oublierai jamais que vouêtes les fils de mon frère, mais je ne puis oublier n. plus que Lubin est le fils d'un homme qui a risque sa vie pour moi. Donc, mes enfants, oubliez la livrée de tout à l'heure et recevez Lubin comme un égal.
VALÈHE.
Un roturier I
DORANTE
Un homme de rien^ sans éducation, sans façon
VALÈHE.
Ah ! moQ oncle, vous n'y pensez pas ! Qu'avonsnous de commun avec lui ?
Vous êtes libres de ne pas raccueillir, seulement je vous avouerai que, quoique paysan et roturier, j'ai confiance en son jugement. C'est un fort honnête garçon qui, malgré sa jeunesse, peut donner d'excellents conseils. Les conseils valent souvent mieux (jue l'argent ; aussi, pour être juste, j'avantagerai celui qu'il n'aura pas choisi pour ami.
VALÈRE
Ainsi, si je lui plais, vous me déshéritez?
LE MARQUIS
Non pas ! mais je suis maître de privilégier celui de vous deux qui n'aura pas plu à mon fils adoptif. Estimant que son amitié est un avantage, je crois juste de donnerune compensation à celui qui ne l'aura pas obtenue.
DORANTE
Vraiment,mon oncle, le contraire serait pluslogique
LE MARQUIS
C'est possible ! Mais telle est ma volonté. Ah ! j'oubliais une chose essentielle : Lubin ignore tout ce que je viens de vous dire et ce que je fais pour lui et ce que je ferai pour vous. Il est inutile de l'instruire. de tout cela. {Le marquis sort.)