‹ Le valet de chambre de Richelieu (volume 2)Chapitre 8 sur 12 · LES DEUX FRÈRES · texte numérisé non relu

LES DEUX FRÈRES

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LE COMTE nOLAND DE TILLABCT.

Vers la fin de l'un des derniers chapitres de la seconde partie de ce récit, nous avons dit que M. de Cout-Kdrieux ttait sorti très-passionndment amoureux de chez la marquise do Lormois.

Nous n'avons point voulu faire entendre par là que, de prime abord, l'àme entière du jeune homme s'était abandonnée à l'une de ces passions violentes qui décident de toute une vie.

Un tel amour, selon nous, ne jaillit guère, armé de toutes pièces, de la première étincelle d'un regard de femme : comme l'incendie, il augmente d'ardeur par degrés et se développe peu à peu.

Une passion semblable à celle d'Hector, et née seulement, ainsi que la sienne, de la beauté d'un charmant visage, au milieu du bruil d'une fête, n'était encore, à vrai dire, qu'un de ces amours comme le monde en voit naître et mourir chaque jour, vifs et ardnnts comme un feu de paille, mais comme lui sans puissance et sans durée.

Nous ne faisons nul doute que si quelqu'un des hasards de la vie avait éloigné de Paris, dans ce moment, M. de Coui-Kérieux, l'image de la marquise de Lormois ne fût bientôt restée pour lui qu'un vague et gracieux souvenir.

Mais le sort en avait décidé autrement. Bien loin de s'éloigner, Hector se fit admettre dans l'intimité de M. de Lormois, et chaque jour il allait attiser la flamme de son cœur, en s'cnivrant du doux regard, du doux sourire et du charmant esprit de la marquise Diane.

Une fois déjà Hector avait aimé; mais le fatal amour de madame de Langeac étant pour ainsi dire venu au-devant de lui, il n'avait acquis nulle expérience pratique du cœur féminin, dans cette première et triste intrigue.

Quant à ses liaisons avec les impures de la ville et les filles de l'Opéra, elles ne lui avaient appris qu'une chose, c'est que la clef d'or ouvrait, sans conteste et jiour le premier venu, les faciles boudoirs de ces daines. Donc, en f.iil de galanterie aristocratique, Hector ne savait pour ainsi dire rien. Il ne manquait point, il est vrai, de théories transcendantes sur la manière de conduire les amours de haut lieu ; mais sous Louis XV, comme de notre temps, c'était déjà la même chose, cl l'on sait où conduisent les théories quand la prat que manque.

Rien n'égalait donc l'embarras dans lequel Hector était jeté, par sa passion patricienne.

La marquise était une f-mmc du monde, ce qui veut dire «ne femme élégante, coquette et parfois quelque peu moqueuse.

Elle devinait à merveille l'amour profond qu'elle inspirait. Le jeune homme, de son côté, n'ignorait point qu'elle se savait aimée, et pourtant il se trouvait dans la nécessité de faire une déclaration en règle, car Diane semblait déterminée à ne vouloir point comprendre à demi-motet même à ne vouloir point comprendre du tout.

Or, ce n'est point chose facile que de faire une déclaration dans certaines circonstances.

Nous avons connu des séducteurs émérites qui ont eu la franchisse de convenir avec nous qu'eux-mêmes éprouvaient souvent, au moment décisif, la même émotion que ressent au premier coup de feu un vieux soldat, qui pourtant a vu vingt batailles.

Jugez donc de ce que doit être une déclaration quand on est jeune et.... amoureux.

Les jours se suivaient et se ressemblaient, avec cette seule modification que chaque matin la passion d'Hector acquérait un degré d'intensité de plus.

Quant à sa position vis-à-vis de Diane , elle était restée identiquement la même.

Plus d'une fois, il est vrai, encouragé par quelque sourire bienveillant, par quelque regard qu'on aurait pu croire tendre, Hector avait essayé de parler.

Mais alors la bouche souriante devenait si vite railleuse, et le doux regard si vite sévère, qu'Hector, se sentant glacé, troublé, murmurait quelques paroles gauches, ou se renfermait dans un silence plus gauche encore.

Dans d'autres moments, Diane semblait par ses paroles et son altitude appeler un aveu; mais alors elle avait beau se montrer provocante, le marquis n'osait pas. Le souvenir de ses échecs passés, la crainte d'une déception nouvelle, retenait sur ses lèvres l'aveu qui les brûlait.

Etait-ce la froideur, l'indifférence ou la vertu qui dictaient la conduite de Diane?

Nous pourrions, nous devrions peut-être laisser pendant quelque temps encore ce problème en suspens, mais nous préférons esquisser en trois lignes les traits les plus saillants du caractère de la maniuise.

Non, Diane n'était pas froide : bien loin de là, si sou cœur était silencieux et ses sens assoupis, ils pouvaient, ils devaient bientôt et se réveiller et parler.

Vertueuse? elle ne l'était pas davantage.

C'est-à-dire que, chez elle des principes solides ne venant pas en aide à ces vagues instincts d'honnêteté qui vibrent dans l'ftmc de toutes les femmes bien nées, la vertu de Diane dépendait absolument du hasard et des circonstances, cl cela dans un temps où il y avait dans l'atmosphère un je ne sais quoi qui corrompait les plus pures.

Et cependant, Diane, mariée depuis trois ans, n'avail point encore fiilli, (pioi(|u'elle n'eût pour M. de Lormois qu'une complète indifférence.

C'est que, jusqu'alors, elle n'avait aimé personne, pas plus

Hector de Cout-Kérieux que les nombreux adorateurs qui avaient aspiré déjà à l'honneur de lui plaire. Le temps n'était pas encore venu, mais il allait venir.

Deux mois s'étaient écoulés, et pour la seconde fois depuis le commencement de ce récit, nous prions nos lecteurs de vouloir bien se transporter à l'Opéra.

Madame de Lormois était seule dans sa loge avec l'une de ses amis, la vicomtesse deChàleautiers; Hector, qui leur servait de cavalière-servante, venait de les quitter pour quelques instants, et se promenait dans les couloirs avec le comte Roland de Villarcy, qu'il était venu chercher, l'ayant aperçu dans la salle.

Ce dernier avait pu reparaître quelque temps auparavant, une enquête ayant démontré jusqu'à l'évidence que, dans son duel avec les gardes-françaises, à propos de mademoiselle Albertine, il n'avait fait qu'exercer le droit incontestable de légitime défense.

L'atmosphère de la salle était étouffante.

La marquise se leva et entr'ouvrit la porte de sa loge, de manière à ce que l'air un peu moins brûlant du dehors put arriver jusqu'à elle.

Hector passait en ce moment avec le comte Roland. Il conduisit ce dernier jusqu'à sa place, qui était près de l'orchestre des musiciens, et il rejoignit la loge de la marquise.

— Quel est ce jeune homme à qui vous donniez le bras tout à l'heure, monsieur le marquis? lui demanda Diane.

— Le comie de Villarcy, madame ; un de mes bons amis.

— Le comte de Villarcy.... attendez donc, il me semble

que je connais ce nom Ah! j'y suis.... n'a-t-il pas été

compromis dernièrement dans une affaire assez grave?...

— Oui, madame.

— Un duel, je crois?..,

— Justement.

— H paraît que son affaire est arrangée?

— Tout à fait, et, si vous voulez me le permettre , j'aurai l'honneur de vous le présenter.

— Présentez-le-moi, répondit la marquise, j'y consens. Certes, il était impossible de répondre plus favorablement

à la proposition d'Hector que Diane venait de le faire, et cependant, voyez un peu l'ingratitude et la versatilité des amoureux , à peine le jeune homme avait-il obtenu la permission d'amener son ami, qu il fut désolé de l'avoir demandée ; aussi se conlenta-t-il de s'incliner et de murmurer un remerciment, sans se mettre en devoir d'aller chercher M. de Villarcy.

• La marquise, de son côté, ne parut point d'abord s'en préoccuper davantage ; mais, dès l'entr'acte suivant, elle rappela à Hector qu'elle avait accédé à sa demande , et force fut au pauvre gentihomme de se mettre en quête du comte Roland.

Dieu sait qu'il fit tout ce qui dépendait de lui pour ne pas le trouver, et qu'il alla le chercher juste dans les endroits où il supposait qu'il ne devait pas être ; mais le hasard, qui se mêle de toutes choses pour les arranger ou les déranger à sa guise, le mit à l'angle d'un corridor, face à face avec Villarcy.

— Je te cherchais, lui dit-il, en faisant contre fortune bon cœur.

— Que veux-tu de moi?

— Te présenter quelque part.

— A une femme?

— Oui.

— Si elle est jeune el jolie, j'y consens ; sinon, non !

Hector eut une violente tentation de répondre que la personne en question était tout le contraire ; pourtant, nous devons dire à sa louange qu'un si gros mensonge l'effraya, et que la vérité se fit jour.

— Elle est jeune et charmante, répondit-il en soupirant.

— Alors je me résigne... mais dépêchons-nous , car Albertine doit m'attendre dans les coulisses.

La présentation eut lieu. Diane accueillit le comte Roland avec sa giâce accoutumée et lui dit en terminant l'entretien :

— Je reçois tous les samedis, et j'espère avoir le plaisir, monsieur le comte, de vous voir quelquefois chez moi.

— Je serai trop heureux, madame la marquise, d'être admis à l'honneur de vous faire ma cour, répondit Villarcv.

Et il prit congé.

Un instant après Hector, le rejoignit.

— Que penses-tu de madame de Lormois? lui demanda ce dernier.

— Je pense, mon cher marquis, je pense qu'elle est ravissante !

— N'est-ce pas ?

— Et je te remercie mille fois de m'avoir présenté, quoique, ajouta-t-il en riant, quoique peut-être cela doive amener pour moi un résultat fatal....

— Bah! et lequel?

— C'est que j'en vais, selon toute probabilité, devenir amoureux !

— Le ciel t'en préserve ! répondit Hector en riant à son tour.

— Pourquoi ?

— Parce que tu perdrais ton temps..

— Allons I

— C'est comme j'ai l'honneur de te le dire.

— Mais sais-tu que c'est offensant, et que si tu n'as pas une bonne raison à me donner...

— J'en ai une excellente.

— Laquelle?

— La place est prise.

— Tu crois?

— J'en suis sur.

— Et par qui?

— Par moi.

— Sérieusement?

— Tout ce qu'il y a au monde de plus sérieux.

— Alors ceci change la thèse, et je veillerai sur mon cœur, à qui j'interdirai les battements désordonnés à l'endroit de la marquise.

— Je t'en remercie.

— Il n'y a pas de quoi, c'est tout naturel et tu en ferais autant à ma place : la maîtresse d'un ami, c'est sacré!

— Pardon, tu vas trop loin,

— En quoi?

— La marquise n'est pas ma maîtresse.

— Cependant tu dis...

— Je dis que je l'aime, d'un amour que je crois partagé, mais voilà tout...

— Eh bien ! après?

— Il n'y a pas d'après.

— Comment, tu n'as pas encore...

— Non.

— Tu plaisantes !

— Point.

— Voilà qui est prodigieux!

— Je ne dis pas le contraire, mais c'est comme ça !

— Pauvre garçon ! ainsi tu files le parfait amour?

— Comme tu dis.

— C'est ridicule !

— Je le sais bien.

— Au reste, tu en as le droit, et j'ajouterai seulement un mot à mn phrase de tout à l'iicure, on disant : la future maîtresse d'un ami, c'est saerii !

— A la bonne heure.

— Tu es venu avec ces dames ?

— Oui.

— Alors, bonsoir, je le quitte; je te verrai samedi soir.

— Où donc?

— Chez la marquise, pardieu !

— Comment, tu y viendras ?

— Mais sans doute.

— Cependant il me semhle...

— Allons, ne vas-tu pas ftrc jaloux de moi, à présent? ce serait honteu.\ et lu me dégagerais toi-môme ainsi des scrupules de l'amitié I

— Eh bien ! à samedi !

— A propos, veux-tu venir souper demain chez Albertine?

— Ma foi ! non.

— 11 y aura de jolies femmes.

— C'est justement à cause de cela.

— Au fait, tu es pris, je n'y pensais pas! Depuis quelque temps je ne te rencontrais jilus nulle part, j'aurais bien dû supposer que tu avais quelque amour au cœur, et qui plus est, quelque amour malheureux. Rien ne rend sage comme les infortunes sentimentales, c'est bizarre ! J'ai un de mes amis qui est philosophe, il faudra que je le prie de m'expliquer ce phénomène.

— Bonsoir, mon ch«r comte.

— A bientôt, marquis.

Villarcy regagna les coulisses, où l'attendait Albertine, et M. de Cout-Kérieux fut rejoindre madame de Lormois, qu'il reconduisit jusqu'à sa porte.

Nous allons, dans peu d'instants, revenir au comte Roland, dont nous nous occuperons longuement ; mais il importe, auparavant, de dire quelques mots d'une scène qui eut lieu entre Hector et la marquise le lendemain du soir où nous venons de les voir ensemble à l'Opéra.

Le jeune homme s'était reproché avec une véhémente indignation sa conduite indécise et ses continuelles tergiversations à propos de Diane ; il s'était dit que jusqu'à ce jour il n'avait point cessé de jouer un rôle ridicule, et il s'était juré à lui-même de ne point quitter l'hôtel Lormois sans avoir fait à la marquise les tendres aveux qui depuis si longtemps lui gonilaient le cœur, et sans savoir enfin à quoi s'en tenir sur l'avenir do sa passion.

C'est animé de ces intentions amoroso-belliqueuses qu'Hector se Ht annoncer, et tout parut d'abord conspirer pour lo faire réussir dans son entreprise.

Diane était seule, et jamais la jeune femme n'avait paru mieux disposée aune plus complète indulgence. Jamais son regard n'avait élincelé de feux plus voilés , jamais son sourire n'avait été plu» chargé de tendres promesses. Il y avait autour de la marquise, ce jour-là, une .atmosphère de volupté qui monta tout d'abord à la tête d'Hector et lui donna le courage de parler.

Mais, semblable à un conscrit peureux K qui la nécessité donne un moment de courage cl qui se hfilc de faire feu sur l'ennemi, afin de n'être plus tenté d'abandonner Bon arme sans s'en être servi, Hector se coupa la retraite et ne dit qu'une phrase brève cl simple, malg fort concluante :

— Madame In marquise... je vous aime... Pnii, époDvanié de »on aurtnce. Hector nllendil.

La riaote cl gracieuse expression des iraits de Diane chan-

gea tout aussitôt, son regard se fit hostile, son sourire devint moqueur. Hector craignit un orage de violente colère ; l'orage ne vint point, mais ce fut pis, car il fut remplacé par la raillerie et le dédain.

Par un phénomène que nous ne nous chargeons point d'expliquer, M. de Cout-Kérieux, au lieu de courber la tête sous la grêle de traits piquants qui vinrent fondre (ur lui, sentit tout à coup renaître son sang-froid. 11 trouva, pour répondre aux sarcasmes de la marquise, une présence d'esprit qu'il était bien loin d'espérer dans celte occasion, et enfin, poussé à bout, et faisant allusion aux deux circonstances dans lesquelles il croyait avoir rencontré Diane déguisée et à pied, il fit entendre qu'il avait découvert quelque chose qu'un avait intérêt à cacher ; qu'il soupçonnait un mystère et qu'il saurait s'en servir.

A peine ces paroles étaient-elles prononcées, que, malgré de violents efforts sur elle-même, madame de Lormois pâlit sous son rouge et s'affaissa dans son fauteuil.

Cette émotion, du reste, ne dura qu'un instant, et la marquise, se redressant soudain, s'écria d'une voix tremblante :

— Au nom du ciel, monsieur, au nom de votre honneur de gentilhomme, que savez-vous? que voulez-vous dire?

Hector vit que le coup avait porté, et qu'en frappant au hasard il avait frappé juste : l'effet produit lui révélait la puissance de l'arme qu'il tenait dans ses mains.

Aussi, comprenant tout l'avantage de sa position, et ne voulant pas la compromettre par quelque imprudence qui montrerait combien peu il était instruit de ce mystère qu'il prétendait connaître, il entoura toutes ses réponses à la marquise d'un vague et d'une obscurité propres à faire supposer que s'il ne parlait pas plus clairement, c'est qu'il no le voulait pas.

Diane n'insista point; seulement son rô^c changea de nuances, et elle redevint par degrés, gracieuse, souriante, presque tondre.

Si bien que M. de Cout-Kérieux sortit de l'hétel Lormois en emportant une espérance qui semblait bien fondée.

t HISTOIRE D CNB NUIT.

Nous prions le lecteur qui nous fait l'honneur de nous suivre à travers les péripéties de l'histoire que nous racontons, de vouloir bien rétrograder avec nous jusqu'à une époque antérieure de irenle ans à celle où se passent les f^its de notre récit.

Notre lecteur, nous en avons la douce confiance, eat trop parfaitement homme du monde, notre lectrice est trop bienveillante pour nous refuser cet acte d'héroïque complaisance.

Nous prenons acte de leur acquiescement tacite, et nous entrons en matière sans de plus longs préambules.

C'était vers la fin du mois de janvier, et dans l'une des plus agrestes solitudes du Dauphiné.

A deux lieues à peu près de la grande route, s'élevait, u mdieu des bois, un chAteau d'un aspect sombre el imposant.

Ce château , jadis fortifié, mais dont alors les remparts tombaient en brèche ça et là, avait été construit sur le plateau d'une colline ; il dominait, par conséquent, les plaines boisées des alentours, cl son donjon, haut et noir, attirait

depuis une assez grande distance le regard insouciant des voyageurs.

C'est dans ce château que nous entrons.

11 était dix heures du soir, la neige tombait à flocons pressés, et par instant, une bouffée de vent du nord poussait les tourbillons contre les vitres de deux hautes croisées, derrière lesquelles on voyait briller une lueur faible et vacillante.

Cette lueur provenait des quatre bougies d'un candélabre d'argent posé sur une table ronde et n'éclairant qu'à peine la pièce immense au milieu de laquelle il se trouvait.

Une riehe tenture en cuir de Cordoue gaufré, autrefois d'un jaune pâle, mais maintenant bruni, recouvrait les murailles. Dans l'un dos angles se dressait un lit enveloppé dans de vastes rideaux de damas sombre à moitié fermés.

Quelques portraits de famille, enfumés comme là tenture, étaient suspendus le long des panneaux, et, dans le fond, un grand christ d'ivoire se dessinait sur un fond de velours noir.

Un amoncellement de bûches énormes, réduites dans la cheminée à l'état de charbons ardents, répandait dans toute l'atmosphère une chaleur douce cl tiède.

De temps à autre une sorte de tressaillement agitait les courtes-pointes du lit, d'oii s'échappait un gémissement douloureux.

A ce mouvement, à ce bruit, trois hommes assis auprès de la table ronde, dont nous avons déjà parlé, levaient tout à coup la tête et écoutaient avec anxiété ; mais les gémissements se taisaient et nos trois personnages reprenaient aussitôt une attitude sombre et pensive.

L'uB de ces hommes , âgé de quarante-trois ou quarantecinq ans, était de taille moyenne et d'apparence à la fois robuste et distinguée. Ses traits étaient beaux et exprimaient l'énergie ; son front élevé s'entourait des boucles grisonnantes d'une chevelure qui commençait à devenir rare; ses yeux d'un gris-bleu, profondément enchâssés dans l'arcade sourcillière , lançaient parfois de vifs éclairs, au milieu de la sombre préoccupation dans laquelle il semblait plongé. 11 portait le costume à la fois simple et luxueux d'un riche gentilhomme campagnard.

Cet homme était le comte Olivier de Villarcy.

L'un de ses compagnons, le plus voisin des deux, semblait avoir à peu près le même âge ; il était vêtu tout en noir.

C'était le plus en renom des chirurgiens de Grenoble.

Quant au troisième personnage, plus jeune de quelques années que les deux autres , il portait la robe cléricale, e.t remplissait au château les fonctions de chapelain.

Ses yeux erraient sur le bréviaire posé devant lui et dont l'index de sa main droite tournait distraitement les pages.

11 y avait là encore une quatrième personne, celle qui poussait d'instant en instant des gémissements douloureux dans le lit aux rideaux de damas. C'était une toute jeune femme, la comtesse de Villarcy, qui, mariée depuis trois ans, arrivait pour la première fois à l'heure suprême do l'accouchement.

— Docteur, dit le comte en se penchant vers l'oreille de son voisin, et en lui parlant tout bas.

— Monsieur le comte?... fit ce dernier, arraché en sursaut aux douceurs d'un spécifique souverain, dont il équilibrait les doses en imagination; qu'y a-t-il? qu'y a-t-il?

— Le temps passe... reprit le comte.

11 n'y avait rien à répondre à cela ; aussi le savant se contenla-t-il de s'incliner.

— Croyez-vous que maintenant ce soit bien long?

— Une heure au moins, deux au plus.

— Et vous pensez toujours que le moment fatal...

— Sera difficile à passer? Oui, monsieur le comte.

— Et que l'opération sera terrible?

— Je le crois.

— Ainsi le danger est imminent?

— Imminent, c'est le mot !

— Cependant , vous avez de l'espoir, docteur, beaucoup d'espoir?

— Avec l'aide de Dieu nous pouvons réussir, mais je ne réponds de rien.

— Comment, vous? vous dont on vante partout la science et l'habileté?...

— D'abord, monsieur le comte, on m'a fait une réputation que je suis bien loin de mériter ; ensuile*il y a des cas oii doivent échouer toute habileté et toute .science.

— Oui, mais nous ne nous trouvons point dans l'un de ces cas, n'est-ce pas, docteur?

— Hélas! je crains bien que si !

— La comtesse est jeune, bien jeune, et à son âge la vie a tant de force et de ressources...

— Eh ! voilà justement ce qui m'épouvante, c'est qu'à l'âge de madame la comtesse, vingt ans à peine, toute énergie, toute force vitale semble avoir complètement disparu ! Depuis que s'est déclarée cette grossesse, madame la comtesse s'étiole, s'affaiblit chaque jour, comme une fleur mourante, et aujourd'hui qu'il ne lui reste plus de sève, comment supportera-t-elle les épouvantables tortures d'un accouchement laborieux?

— Mais, docteur, cet épuisement successif de toute force vitale, vous en avez été témein comme moi... pourquoi donc n'avoir pas indiqué un remède?

— Parce que je n'en connaissais pas.

— Ainsi, vous avouez que la médecine est impuissante?

— Oui, quand le mal qu'on veut guérir prend sa source dans un phénomène inconnu. Maintes fois je vous ai questionné, maintes fois je vous ai dit que la sourde maladie qui minait madame de Villarcy ne pouvait provenir que d'une profonde douleur morale...

— Et chaque fois, docteur, je vous ai répondu que la science était en défaut, que ma femme n'avait, ne pouvait avoir aucun chagrin, et que, par conséquent, il fallait chercher ailleurs la cause de son mal étrange ! Ce que je vous disais alors, je vous le répète encore aujourd'hui ; car je le crois toujours.

— J'ai cherché, je n'ai pas trouvé ; ainsi donc, monsieur le comte, que Dieu nous aide!

— Vous entendez, l'abbé, priez! priez! murmura le comte en s'adressant au chapelain.

Ce dernier tourna précipitamment les feuillets de son bréviaire, et dans sa préoccupation il commença à réciter à demivoix les Psaumes des agonisants.

M. de Vil'iarcy prêtait l'oreille aux gémissements de la comtesse et ne remarqua pas cette circonstance sinistre.

Mais elle n'échappa point au docteur, qui ne put retenir un geste d'effroi, et qui tout jsas prononça ces mots ;

— Fatal présage I fatal présage !

En ce moment , les gémissements redoublèrent, puis ils s'arrêtèrent tout à coup, et au bout d'une seconde retentit un cri déchirant.

— L'heure est venue ! s'écria le docteur.

Et saisissant le candélabre à quatre branches , il s'avança vivement vers le lit , suivi par M. de Villarcy pâle et tremblant.

Le chapelain s'agenouilla devant le grand crucifix d'ivoire, et continua les versets qu'il avait commencés.

Et c'était toujours les Psaume» des agonisants que ses le-

vres murmuraieut machinalemenl , tandis que sa pensée | priait aux pieds de Dieu pour la vie de la jeune femme.

Quelques esprits hargneux nous accuseront peut-être de sacrifier la vraisemblance au désir de faire nailre l'intérêt, en accumulant dans un petit nombre de pages des faits étranges ou émouvants ; la faute , si faute il y a , n'est point à nous , mais bien et uniquement aux circonstances dont nous nous sommes fait l'historien.

A une distance d'à peu près trois quarts d'heure du château de Villarcy , sur la gauche , en s'enfonçant dans les terres, ou plutôt dans les bois, il y avait sur le bord d'un petit étang une misérable chaumière construite de branchages, de boue et de mousse, et habitée par une jeune fille de dix-huil ans environ , et un petit garçon qui pouvait en avoir douze.

Nous nous transportons dansl'uniquepièce de celle humble demeure . à l'heure et au moment précis où commençait au château la scène dont nous avons loul à l'heure esquissé le prologue et sur laquelle nous reviendrons incessamment.

Dans la masure on veillait comme au château.

On y souffrait de même.

Une bougie de cire jaune, fichée dans un chandelier de fer-bianc, éclairait, là aussi , une scène de douleur.

Sur un lit en désordre, une jeune femme se tordait dans d'atroces souffrances, et pour ne pas ébranler la chaumière de ses cris, elle déployait un courage surhumain et mordait violemment ses draps, qu'elle avait d'abord tordus, et presque déchirés, dans ses mains crispées convulsivement.

Mais là, il n'y avait ni prêtre ni médecin.

Seulement, un enfant pleurait à chaudes larmes, assis sur une escabelle auprès du foyer presque éteint.

La jeune fille et le petit garçon , orphelins tous deux , étaient les enfants d'un garde-chasse tué par accident deux ans auparavant par un des invités de M. de Villarcy , dans une grande battue au loup.

Les convulsions augmentaient. L'intensité de la souffrance devint telle pendant quelques secondes, que la pauvre malade ne put parvenir à étouffer quelques cris.

L'enfant quitta son escabelle , vint auprès du lit et dit d'une voix suppliante, tout en essuyant ses larmes :

— Geneviève, Geneviève ! petite sœur, dis-moi donc où tu as mal? que je l'ôie, ton mal...

La crise était passée, Geneviève, puisque tel était son nom, se souleva à demi , en entendant la voix de l'çnfant, etécarla de la main ses longs cheveux épars, qui voilaient son front.

Il était impossible de voir un type plus ravissant que celui de ce jeune visage, quoique la souffrance vint d'y laisser sa terrible empreinte.

Figurez-vous, au milieu d'un ovale allongé, de grands yeux noirs d'une incomparable beauté , quoique entourés dans ce moment d'un cercle bleuâtre et marbré.

Un front pur, couronné d'une chevelure opulente; une peau d'un blanc mal et légèrement rosé ; une petite bouche, dont les lèvres devaient être habiluellemenl rouges comme une grenade enlr'ouvertc, complétaient cet ensemble i)arfail.

Geneviève saisit le bras de son frère, et attira l'enfant plus près d'elle, pour lui dire d'une voix éteinte:

— Ecoute!... Etienne!...

Etienne ouvrit démesurément ses grands yeux et fit un geste d'ntlention.

— Tn m'entends bien?... reprit Geneviève.

— Oui, sœur.

— Et tu feras... ce que... je le dirai?...

— Oui, sœur.

— Tu vas aller... au château...

— Oui, sœur.

— Tu te feras ouvrir... quoiqu'il soit bien lard... tu diras qu'il s'agit de la vie de quelqu'un... lu comprends...

— Si on ne voulait pas m'ouvrir la grande porte, je passerais par-dessus le mur du parc, j'y sais un trou, dà!

— Tu demanderas à voir monsieur... le comte... à lui... parler, à lui... à lui seul... entends-tu?

— Oui, sœur...

— Et lu lui diras seulement ceci : Geneviève meurt... elle vous attend... Tu as bien compris, Etienne?...

— Oui, sœur...

— Eh bien ! va... mon enfant... va... va... vile... car le temps presse...

Etienne mil ses sabots, s'enveloppa dans une espèce de pelisse à capuchon en grosse serpillière rayée et s'élança dans la campagne.

Au cri d'angoisse poussé par madame de Villarcy, le comte et le docteur, nous l'avons dit, se précipitèrent vers le lit.

Un terrible spectacle s'offrit alors à leurs yeux.

La jeune femme, secouée par les dernières et effroyables douleurs de l'enfantement, se roulait sur sa couche, déchirant convulsivement ses draps et la batiste de sa chemise, et n'interrompant un instant ses cris que pour faire entendre un râle sourd semblable à celui de l'agonie.

Aucune expression ne peut donner une idée de la beauté céleste de son visage, devenu, grâce à un extrême amaigrissement, pour ainsi dire diaphane, et loul à fait semblable à celui des anges, peints ou sculptés par l'art pieux du moyen âge.

Ses grands cheveux, d'un blond doux et cendré, tordaient comme des serpents leurs mèches éparses autour de sa figure, tantôt pâle comme de la cire vierge, tantôt embrasée d'une rougeur ardente mais passagère.

Un tressaillement terrible sembla disloquer subitement les jointures de tous ses membres, qui se raidirent ; la pupille de ses yeux bleus s'agrandit et se vitrifia, et elle cria d'une voix entrecoupée :

— A moi ! à moi ! au secours ' je meurs I je meurs ! ayez pitié de moi ! mon Dieu que je souffre ! j'aime mieux mourir... tout de suite !... mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu !

— 11 faut la tenir, dit tout bas le docteur au comte, il faut la contraindre à une immobilité absolue, sans cela loul est perdu. Si vous ne vous sentez point assez de courage, appelez les femmes de madame la comtesse.

— J'aurai du courage, docteur, j'en aurai.

El M. de Villarcy, iremblaot, s'apprêta à remplir les fonctions d'aide du chirurgien.

L'opéraiion fut longue et effrayante.

Au bout d'une heure, la jeune femme épuisée retomba sans connaissance sur son lit de douleurs, et les vagissements d'un enfant nouveau-né rclenlirenl seuls dans le silence de la chambre à coucher.

— Eh bien? demanda le comte d'une voix frémissante. ^ C'est un garçon, répondit le docteur.

— El balbutia M. de Villarcy.

Le docteur comprit le sens de celle simple syllabe et dit simplement :

— Il vivra.

— Mais la mère la mère?...

Le docteur s'approcha du lil, contempla longuement le corps inerte de la pauvre accouchée, posa sa main sur le cœur et sur les artères, puis il répondit sourdement :

— Du courage, monsieur le comte...

— J'en ai ; mais, parlez Tile !

— Dans une heure... elle sera morte !

— Ainsi... plus d'espoir?

— Aucun... à moins...

— A moins... docteur?...

Et l'âme du comte était suspendue aux lèvres du vieux médecin.

— A moins que Dieu ne fasse un miracle ! dit celui-ci d'une voix sombre.

— Prions donc! murmura le comte.

En ce moment, l'accouchée tit un mouvement, ses yeux se rouvrirent, ses membres s'assouplirent, son regard erra sur ceux qui l'entouraient, un sourire doux et triste effleura ses lèvres et elle dit :

— Donnez-moi mon enfant.

Le docteur le lui présenta.

— J'ai beaucoup souffert, ajoula-t-elle après avoir couvert de caresses l'innocente créature ; j'ai beaucoup souffert, mais c'est fini maintenant, et Dieu permettra que je meure en paix !

— Mourir! s'écria le comte en prenant la main de sa femme; que parles-lu de mourir? Tu vivras! tu vivras!

— Non, mon ami, répondit la jeune femme avec le même sourire doux el triste ; la vie est épuisée en moi jusqu'à la dernière goutte. Je sens que les battements de mon cœur s'arrêteront dans un instant, tant ils sont faibles et lents ; j'entends déjà bruire à mon oreille un lointain écho de la voix des anges, et je sais que désormais il me reste une heure à peine à passer dans ce monde. De cette heure, mon ami, fît-elle en tendant de nouveau au comte sa main pâle et fluette, je vous demande la moitié, afin de me réconcilier avec Dieu; le reste sera pour vous... et pour lui, ajoutât-elle en désignant l'enfant qui s'était endormi dans les bras du docteur.

Elle se tut pendant un instant, puis elle reprit :

— Monsieur l'abbé, voulez-vous recevoir ma confession? Le chapelain s'avança, et le comte alla appuyer son front

brûlant contre la vitre de l'une des fenêtres.

Le vent s'était abattu; la lune était brillante et reflétait ses calmes lueurs sur le manteau de neige qui recouvrait au loin la campagne.

Il sembla tout à coup à M. de Villarcy qu'il entrevoyait dans le lointain une forme grise se dessiner au-dessus de la brèche d'un mur d'enceinte, s'élancer et retomber dans le jardin.

Au bout d'un instant, cette forme parut s'évanouir, puis se remontra plus rapprochée, et enfin, disparut, non loin du château, derrière un massif de sapins.

Le comte vit cela, disons-nous, mais comme à travers un nuage, ou comme dans un songe. Son esprit était ailleurs, et quand la forme grise disparut, il oublia tout aussitôt cette vision bizarre.

Madame de Villarcy avait commencé sa confession.

Nul regard humain ne cherchait à surprendre le secret de ces aveux faits à Dieu lui-même dans la personne de son ministre sur la terre ; mais, certes, si quelque œil profane eût épié l'impression produite sur le prêtre par les paroles que murmurait la jeune femme, il aurait frémi en voyant la surprise et l'épouvante que reflétait successivement le visage bouleversé du pauvre chapelain.

Quand la comtesse eut achevé, le confesseur et la pénitente étaient aussi p.lles l'un que l'autre, et c'est d'une voix entrecoupée par une émotion excessive que le représentant du Seigneur prononça les paroles sacramentelles de l'absolution.

— Monsieur l'abbé, fit alors la comtesse, veuillez prier M. le comte de s'approcher de moi.

— Ainsi, madame, dit le chapelain tout bas, voire décision est irrévocable?

— Oui.

— Songez cependant...

— Je ne puis songer qu'à une chose, c'est que je vais mourir, et que si je ne faisais point ce que je vous ai dit, mon âme ne s'envolerait pas libre, pure et tranquille.

— Que voire volonté soit faite, madame la comtesse!.... Vous êtes une sainte ! et je voudrais être aussi sûr de mon salut éternel que je suis sûr que Dieu vous a pardonné.

Puis le chapelain, tirant le comte de sa préoccupation profonde, le prévint que madame de Villarcy l'attendait.

En voyant debout devant elle son mari , dont les yeux étaient baignés de larmes, la jeune femme fit un effort pour se soulever sur sa couche, et elle dit :

— Plus près... plus près... car ma voix est bien faible. Le comte se pencha; madame de Villarcy continua :

— C'est Dieu qui m'a inspiré la pensée que je réalise en ce moment, et je vous supplie de croire que, sans ma faiblesse qui ne me permet pas de me lever, ni même de faire un mouvement, c'est à genoux, à deux genoux que je tous parlerais...

— A genoux ! loi ! devant moi ! interrompit le comte ; que dis-tu, mon amie?...

— Oui , à genoux , comme devant un juge suprême, car c'est à un juge que je m'adresse en ce moment...

— Un juge!... répéta M. de Villarcy, croyant presque à un délire momentané , supposition démentie cependant par l'abattement profond des traits de la mourante.

— Ne m'interrompez pas, continua la comtesse; mes instants sont comptés, et je n'aurais pas la force d'aller jusqu'au bout... J'ai à vous faire un aveu terrible... J'ai commis une faute... un crime... Pardonnez-moi... Ne me maudissez pas !

La comtesse , épuisée , s'arrêta pendant une seconde. Son mari, stupéfait, l'écoutait sans la comprendre. Elle reprit :

— Lorsqu'il y a trois ans, je devins votre femme, j'avais pour vous de l'afifection et de l'estime, mais point d'amour. J'en aimais un autre. Ma famille le savait, et comme elle désirait me donner à vous , on vint me dire un jour que celui que j'aimais et qui était un cadet de famille, oflicier de fortune, venait d'être tué en duel. Je crus ce qu'on me disait, et je vous donnai ma main en me jurant à moi-même d'être toujours une honnête femme... Je n'ai pas tenu mon serment !...

La comtesse s'interrompit de nouveau, respira fortement comme pour ranimer un peu sa poitrine épuisée, puis elle continua :

— On m'avait trompée... Il vivait... il m'aimait toujours... Je le revis... Il me reprocha ce qu'il appelait une trahison... Il parla de mourir... Il se jeta à mes pieds en me suppliant de vous abandonner... de fuir avec lui... d'aller nous cacher en Italie... en Allemagne... que sais-jc? Je résistai... je résistai deux ans I

Les yeux du comte étaient hagards et son front contracté. La mourante, calme et pâle, parlait d'une voix de plus en plus affaiblie, mais cependant toujours distincte.

— Un jour, reprit-elle , il y a de cela un an , vous vous éloignâtes de ce pays pendant un mois. Il le sut; enhardi par voire absence, il osa venir jusqu'ici me reparler de son amour... Je le chassai... Il ne se lassa point... il revint... Sans cesse je priais Dieu de me défendre contre lui cl contre moi-même... Un soir... j'oubliai de prier... je fus per-

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