AVENTURES DE >0TA
Roland de Villarcy ne larda point â mettre en œuvre la résolution qu'il venait de prendre.
Nous voulons parler de son projet de voyage à Paris.
Les préparatifs furent immédiatement commencés.
On sortit de la remise le vieux carrosse aux armes des Villarcy, qui, vu son poids cl ses dimensions exagérées, ne servait guère que dans quelques rares cl solennelles occasions, le jeune comte préférant de beaucoup l'usage du cheval à celui d'un véhicule antique et incommode. Cependant, en raison de la longueur du trajet, il fut décidé qu'on voyagerait dans ce carrosse.
Le chargement de la voiture fui d'ailleurs des plus simples et des plus restreints, cl les bagages ne l'encombrèrent point. Roland, comprenant que sa garde-robe de province ne serait pas de mode & Paris, et se réservant, une fois ar-
rivé à destination, de la renouveler entièrement, ne se munit pour ainsi dire que de linge, de quelques vêtements indispensables pour la toute, et d'une paire de pistolets de grand prix et d'un précieux travail, qui lui venaient de son père.
Il renferma dans une petite valise ses litres, ses papiers de famille, et une somme de quarante mille livres en or, somme qu'il jugea suffisante pour faire face aux priucipales dépenses qu'entraînerait son séjour dans la grande ville. 11 y mit de plus quelques lettres de recommandation qui lui furent données par les gentilshommes les plus considérables de la province , à l'efl'el de le faire bien venir de ceux de lenrs parents et amis qui habitaient Paris ou Versailles.
Ces différents et courts préliminaires achevés, on attela au vieux carrosse les deux plus vigoureux c'iievaux des écuries de Villarcy ; Roland monta dans la voiture et s'assit dans le fond, adossé au coin de droite; Richard prit place en face de lui, sur la banquette du devaut, et l'attelage s'ébranla au milieu des souhaits de bon voyage et de prompt retour, formés par tous les vassaux du jeune comte, qui s'échelonnaient sur une double ligne, pour assister au départ de leur maître et seigneur.
Roland avait fait, relativement à ses domestiques, le même calcul que pour sa garde-robe. Il s'était dit que ces bons vieux serviteurs, dévoués et fidèles sans doute, mais un peu rustiques de formes et d'allures , feraient sans contredit à Paris une figure assez piteuse, et il avait résolu de prendre à son service, au moment de son arrivée, quelques laquais de plus leste tournure , et mieux façonnés aux usages du monde dans lequel il allait vivre.
En conséquence, il emmenait seulement son cocher et son valet de chambre.
Ce dernier n'était autre qu'Etienne, le jeune frère de la pauvre Geneviève.
Tant que la voiture roula sur les domaines de Villarcy, Roland eut assez à faire de répondre, par un geste ou par un sourire, aux vœux naïfs et sincères de ceux des paysans qui n'avaient pu se trouver dans la cour du château, et qui regardaient comme un grand événement le départ du seigneur suzerain des belles et riches terres dont ils étaient les tenanciers.
Mais sitôt que l'extrême limite des propriétés du comte eut été franchie, Roland se sentit atteint d'une vague tristesse. Il lui sembla qu'il quittait à tout jamais les lieux où s'étaient écoulés les jours de son heureuse jeunesse, et qu'il ne reverrait plus, au-dessus des sombres dômes de la forêt, les girouettes de son vieux château.
Ces pressentiments sinistres et sans cause l'absorbèrent d'abord tout entier, et, s'accoudant à l'angle de la voiture, il pencha la tête, sentit croître sa profonde mélancolie à chaque tour de roue qui l'éloignait davantage, et fut au moment de crier à son cocher de tourner bride et de le ramener au château.
Mais bientôt il réfléchit au ridicule immense qui s'attacherait sans doute à une démarche semblable; il se dit que les pressentiments dont il était obsédé n'auraient pas plus de fâcheux résultats qu'ils n'avaient de cause rationnelle; que la tristesse qu'il ressentait n'était que l'inséparable compagne d'un départ, et qu'il devait s'efforcer de chasser au plus plus vite les lugubres pensées qui lui servaient de cortège, pour ne plus voir que les magiques tableaux que Paris présentait à son esprit dans un lointain et féerique mirage. Les phases diverses de la lutte intérieure que Roland venait de subir s'étaient l'une après l'autre peintes sur son visage, et Richard, placé en face de lui comme nous l'avons
dit, n'avait point perdu une seule des nuances fugitives reflétées successivement par la physionomie de son compagnon.
Tant que la tristesse avait voilé les regards de Roland, une tristesse semblable, mêlée d'une sorte de découragement, avait assombri de même les yeux de Richard,
Quand l'attitude du jeune comte exprima son hésitation croissante à poursuivre le voyage commencé, l'anxiété et l'effroi se peignirent sur les traits du fils de Geneviève.
Mais quand, enfin, le triomphe de Roland sur les appréhensions qui l'assiégeaient devint évident, et quand le nuage se fut graduellement dissipé, un éclair de triomphe étincela dans la prunelle de Richard, et un geste mal dissimulé, mais cependant inaperçu, sembla dire qu'il prenait possession de l'avenir.
Roland releva la tête et dit :
— Richard?...
— Que voulez-vous, mon frère? répondit ce dernier.
11 est bon d'expliquer en passant à nos lecteurs que, grâce à une enfance et à une éducation communes, une sorte de familiarité de langage s'était perpétuée entre les jeunes gens. Tous deux ils s'appelaient mon frère; seulement Roland tutoyait Richard, sans être tutoyé par lui.
— Nous voilà donc partis ! fit le jeune comte.
Ce lieu commun n'avait évidemment d'autre but que d'engager la conversation, aussi Richard ne pouvait-il y répondre autrement qu'il le fit, c'est-à-dire par une simple affirmation. •
— X chaque instant, poursuivit Roland, nous nous éloignons davantage des vieux murs qui nous ont vus naître... y reviendrons-nous, mon frère?
— Pourquoi cette question , et qui donc pourrait , mon frère, nous empêcher d'y revenir?
— Le sais-je? mon Dieu! Nous allons bien loin... des périls peut-être nous guettent sur la route, ou nous attendent là-bas... Peut-on dire enfin, au moment du départ, si le retour sera possible?
— H y a du vrai et du faux dans ce que vous dites, mon frère. La vie est pleine de hasards, l'avenir est douteux ; pas plus que d'autres nous ne sommes en droit de compter sur le lendemain ; mais, ici comme ailleurs, à Villarcy comme à Paris, les chances sont les mêmes; pourquoi donc vous forger des chimères et vous alarmer sans motif?
— Tu te trompes, Richard, je ne m'alarme point.
— Comment cela?
— Ce que je ressens, ce n'est point une crainte, c'est un regret.
— Un regret, dites-vous; de quoi?
— De quitter un bonheur calme et sur pour courir après l'inconnu. Est-ce que tu ne regrettes rien, toi, Richard"?
— Moi?
— Oui.
Non, en vérité. Je suis avec vous, cela me sutfit.
Merci, mon frère. Dis-moi, cependant, ne sens-tu donc
pas quelque regret d'abandonner ainsi tous les souvenirs de ton enfance?
— Ces souvenirs , mon frère, répondit Richard avec une secrète amertume , je ne les abandonne pas , je les emporte tous avec moi.
Je te comprends; mais, vois-tu, Richard, notre position n'est pas la même : depuis ton enfance, tu as toujours semblé rechercher la solitude; depuis quelque temps surtout, je ne sais pourquoi, tu l'es de plus eu plus isolé de moi et de ceux qui m'entouraient; ton plus grand bonheur était de l'enfoncer dans les bois, seul avec ton fusil ; celle vie le convenait, et tu étois heureux...
— Bien heureux! répéta Richard, sans qu'il fut possi-
LE VALET DE CHAMBIiE
ble de dislinguer dans son accent l'élrangc ironie de celle phrase.
— Moi, au conlraire, je quille de nombreux amis, des compagnons de lable cl de ciiasse, des cœurs dévouûs, des afftfciions sincères, car à Viilarcy loul le inonde m'aime..,
— Vous eies si bon, mon frère 1
— Parmi tous ceux qui me connaissenl , je n'ai pas un ennemi.
— Qui donc vous tiaïrait, Roland?
— Une seule fois, j'aurais pu croire le contraire,..
— Quand donc?
— Tu le sais... quand on me rapporta mourant au château... Un coup de fusil avait 6l6 tird cur moi.
Richard pâlit en entendant ces mois; cependant, il répondit d'une ^oix qui ne tremblait point :
— C> t accident terrible , je vous l'ai dit ddjà , mon frère, ne peut ôlrc que le résultat d'une erreur incompréhensible : quelque braconnier trompé par l'obscurité, sans douie , ou quelque malfaiteur étranger au pays...
— C'est possible, car, pour commettre un aussi lâche assassinat, il f:illait quelque motif de vengeance, et personne ne pouvait avoir à se venger de moi.
— Personne... murmura Richard.
— EuCn, écartons ce souvenir, le seul pénible de toute roa vie.
— Puis-je oub'ier que j'ai failli perdre mon frère ?
— Bon Richard! je sais combien lu m'aimes; mais parlons de Paris, de celte ville où nous allons et dont on raconte tant de merveilles, que moi, gentilhomme campagnard jusqu'à ce jour, je puisa peine y croire; on dit que les femmes y sont bien jolies, Richard.
— El peu cruelles, ajoule-t-on.
^- Cela l'importe peu, à toi, jeune sauvage, sévère comme Platon : jamais ton cœur ne battra sous le regard de deux beaux yeux.
— Qui sait?
— Ah! ah! est-ce qu'en quittant ses forêts natales, Socrate lournerait à l'Alcihiade?
— Pcut-éire ; mais c'est ^ous, mon frère, qui ne rencontrerez point chez ces dames de portes closes ni de vertus farouches...
— Tu crois?
— J'en suis sûr.
— Et pourquoi donc?
— Parce que vous êtes beau, jeune, riche, élégant et spirituel.
— Flal'cur!
— Les cœurs se suspendront aux crocs de vos mouslaches blondes, les femmes vous courront sus et les maris V0U.S donneront au diable!
— Ma foi' j'en accepte l'augure. Nous mènerons joyeuse vie, et puis, quand il sera temps de ae ranger, je trouverai quel(|uc hériiièro riche cl jolio; je ré,)ouserai...
— Ce qui doublera volrc fortune, et vous reviendrez à Villarry, pour y icnir le ranj; du premier gentilhomme de la province , el vou( voir le plus heureux des époux et des pères.
— Sais-tu que cet avenir est enchanteur, et qu'il y a des gens qui viennent au monde singulièrement favorisé.s!
— Cela est juslc ! aux uns tout, aux autres rien : ainsi va le monde'
— Comme tu dis cela ! on croirait que tu as à le plaindre du son?
— Moi!... par exemple'...
— Excepté d'éirc gcuiilhomme, que le iiianque-l-il?
— Mon Dieu) non.
— Tu es extrêmement beau garçon , lu es plus instniil que moi...
— Non, certainement,
— Je soutiens que si, car lu as mieux profité que moi des leçons que nous recevions ensemble, ce qui lient à la beaucoup trop grande indulgence que me lénioignail noire brave précepteur ; lu as fort grande mine, el, avec un habii brodé, on te prendrait sans contredit pour un seigneur.
Roland ne s'apercevait point qu'en parlant ainsi il enfonçait un poignard dans la plaie jalouse qui saignait au cœur de Richard ; il poursuivit :
— Ecoule, mon frère, je veux faire quelque chose pour loi.
— A quoi bon?
— J'y tiens : mon père t'aimait -lulant qu'il m'aimait moimême, et j'ai hérité de celte affection. Aurais-tu du goût pour l'état militaire?
— Pourquoi celte question ?
— Parce que, si lu veux, je t'achèterai une compagnie, el ma foi, alors, il ne tiendra qu'à loi de faire ton chemiu...
— Voulez-vous donc m'éloiguer de vous, Roland?
— Dieu me garde d'avoir celle pensée ! je voudrais seulement l'affranchir de la position...
Roland hésita.
Richard l'interrompit.
— De la position subalterne que j'occupe auprès de vous, fit-il... N'est-ce pas là ce que vous pensez, mon frère?
— Pas le moins du monde ! tu n'es point un subalterne, tu es un ami, un frère, el je prétends seulement parler d'une carrière indépendante et digne de toi.
— Je vous remercie de votre bonne volonté, Roland, mais je refuse d'en profiter. Je ne désire rien, je me trouve à ma place là où je suis ; tout changement me serait pénible. Je suis heureux.
— Comme tu voudras... Enfin, si tu changes d'avis, nous aviserons à ce dont je te parlais tout à l'heure... ou à autre chose.
— Je ne changerai point.
— Nous verrons.
La conversation continua quelque temps encore, puis Roland, fatigué par les continuels soubresauts du carrosse, qui, nous devons le dire, était fort mal suspendu, comme toutes les voilures de l'époque, s'endormit profonJéinent.
Richard, lui, ne dormit pas, el, avoir l'œil ardeulel sombre avec lequel il contemplait le sommeil paisible du jeune comte de Viilarcy; à voir les rides profondes qui sillonnaient sans cesse son front, on cûl deviné qu'il avait accueilli et qu'il caressait quelque projet sombre , quelque sinislre pensée.
On arriva à l'endroit de la couchée, et là seulement s'interrompit le somme de Roland, qui, tout en soupant gaimcnl, raconta il son compagnon qu'il avait rdvé que les maisens de Paris étaient tout en or, avec des loil» do perles fines, et que douze duchesses couronnées de roses l'aitendaienl à la banière pour se (lis,iuler son amour.
Le Icndcmilin se passa sans aucun incident qui mérite d'être raconté.
Le surlendemain, les voyageurs s'arrêtèrent . |iOur y passer la nuit, dans une petite ville dont le nom nous échappe.
Tandis qu'ils dinaionl, il se fil tout à coup un grand bruit sur la place située en face de l'aiibcrgâ où ils étaient descendus.
C était une sorte do musique bizarre, composée des sons iliscordanls (l'un tambour, d'un cor de chasse cl d'un hautbois.
Par momenl, celto sauvage mélodie s'iolerrompaii et l'on
DE niCURLIEU.
entendait una voix criarde et nnoBOtenc défiler rapidcmcul un chapelet de mois hélt5rocliies, dont le sens n'arrivait pas dislinclement jusqu'aux oreilles de Roland et de Ricliard. Puis, immt'diaieiiient après, le larnbour exdculaii un roulement forcené, et le cor de chasse ainsi que le hautbois l'ac-r compagnaient de leurs notoii les plus aiguës.
Les deux jeunes gens quittèrent leur repas et allèrent à la fenêtre.
Ils virent, au milieu de la place, une charrette attelée d'un mauvais cheval, sur laquelle trônait fièrement un gr;mil gadlard en habit rouge chargé de broderiss d'or loules fanéas.
Auprès de lui, les trois musiciens, dont un nègre, velus en Turcs et en Espagnols, continuaient leur infernal sabbal.
Une foule de badauds, le nez en l'air et !a bouche béanto, pc pressaient autour de la carriole et recevaient, qui une liole, qui ync petite boite, qui un sachet, etc,, pic, le tout, bien entendu, en échange de différentes pièces de monnaie,
La musique fit silence pendant un instant, et l'homme à Ihabit rouge en profila pour déclamer sur nne mélopée ininoaglnahle le morceau suivant, tandis que de la main droite il (Résignait une bouteille au long eou, qu'il tenait de la main gauche :
« L'or de tous les climats qu'entoure l'Océaa
a l'eui-il jamais p:iyer ce secral d'iniportiiuça'î
« Jlon remède gmîrit, par sa rare excsilence,
« Plus de maux qu'on n'en peut nombrer dans tout un an. »
La gale,
La rogne,
La teigne,
La fitîvre,
La peste,
La goutte,
Vérole,
Descente,
Rougeole.
0 grande puisssance De l'orviéian! ! (l)
Ceci produisait le plus grand effet sur les assistants, et tandis que la musique reprenait, il se fit une consommaliou inouïe de petites bouleilles et de peiiles boiles.
Le tambour, le cor de chasse et le hautbois se turent de nouveau, et l'homme en habit rouge continua ;
« Admirez mes bontés, et le peu qu'on vous vend Cl Ce trésor merveilleux que ma main vous dispense. 'I Vous pouvez, avec lui, bravpr f^i iis^iirancp II Tous les maux que sur nous l'ire du ciel' répand ■ »
La gale,
La rogne,
La teigne,
Li fièvre,
La peste,
La goutte.
Vérole,
Descente,
Rougpole.
O grande puissance De l'orviétan!
La vente marcha de nouveau, puis le charlatan, ses musiciens et sa carriole se remirent en marche pour aller chercher fortune un peu plus lom.
Roland et Richard se rassirent à table et achevèrent leur repas.
(IJ Molière, yjmeur méJicin, acte II, icàne vu.
Immédiatement après le diner, le comte de Villarcy sortit pour aller visiteriez eurinsitiSs do la ville.
Le fils de Geneviève pr^iexla un léger ipalaise et putaiesi se dis|)en:er de le suivre.
M.iis siiôl que Roland se fat suffisamment éloiçiné, il quitta l'auberge à son tour et s'en alla par la ville s'informer de la demeure du charlatan.
Il n'eut point de peine à la trouver, et la première personne à laquelle il s'adressa sut lui indiquer une n.auvaise hôlellerio borgne, où descendaient d'habitude les bateleurs, saltimbanques , acrobates, montreurs de curiosités, bohémiens, coureurs de foires, etc., etc....
Il se dirigea donc de ce côid, et justement comme il arrivait, le grand gaillard en habit rouge venait de rentrer, assez content de sa recclle, et commandait d'une voix enrouée une omeleite de vingi-quaire œufs, accompagnée d'un colossal plat de porc aux choux 'A).
Le charlatan, voyant un jeune homme de bonne mine qui le demandait, se hàla de faire trêve à ses préoccupations culinaires, et s'avança le sourire aux lèvres et les coudes arrondis.
— ■ Qu'y a-t-il pour votre service, mon gentilhomme? demandn-t-il de l'air le plus patelin et le plus obséquieux.
— Vous possédez, à ce qu'il parait, des secrets merveilleux... fil Richard.
— Merveilleux, c'est le mot, mou gentilhomme! il n'est point de maladie sous le ciel que je ne me llalte de guérir radicalement en un tour de main. Mon arrièrcTgrand-pèra, mon grand-père et mon père étaient les plu» fameux savants de l'Orient, et m'ont transmis, avec leur héritage, des recettes et des secrets admirables, que j'ai encore perfectionnés par ma propre science; car, tel que vous me voyez, j'ai pris tous mes degrés dans les plus illustres facultés du monde connu, et, si je cours, comme vous me le voyez faire, les villes et les campagnes, c'est que je veux mettre ma science à la portée de tout la monde et me dévouer au bonheur de l'humanité!
— Fort bien , fi t Richard , qui , singulièrement préoccupé, n'avait guère écouté cette longue tirade, récitée du reste avec une volubilité vraiment prodigieuse.
— C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire, reprit incontinent l'homme habi lé de rouge. J ai des remèdes pour tous les maux, petits et grands, connus et inconnus, et je voudrais vous voir atteint de deux ou trois douzaines de maladies incurables, pour vous en débarrasser dans les vingtquatre heures!
r-^ Je vous remercie, fit Richard, qui ne put malgrd lui s'empêcher de sourire.
— Ah! mon Dieu, il n'y a pas de quoil ave;-vous une jambe cassée? je vais vous la remettre sans appareils et sans éclisses.... il n'y paraîtra plus tout à l'heure, et vous vous en irez danser un menuet ou une sarabande , comme si de rien n'était —
— Pardon, mais....
Le charlatan était lancé, il poursuivit :
— Avez-vous une bosse entre les deux épaules? Un demigrain de mon opiat va vous la fondre incontinent comme une huître dans du lait....
— Mais....
— Avcz-vous mal à une dent? qu'elle soit canine, mO' laire ou incisive, je vais vous l'extirper sans douleur et vous mettre à la place une véritable perle d Orient....
— Ce n'est pas....
(1) Porc aux choux, — voir Traf aMniaj, pièce h iroJco-burietque en cinq actes, par II. Vacquirit.