‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieur (volume 2)Chapitre 14 sur 31 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Je m’efforcais de persuader M. Deschamps qu’il reti’ouverait tout ce qu’il desirait ; que les temps étaient changés ; qu’il venait d’y succéder des circonstances plus heureuses; que ses ennemis ne trouveraient plus les mêmes facilités pour satisfaire leurs vengeances particulières , quand j’entendis rentrer mon oncle.

Je me hâtai de passer auprès de lui et de lui rendre compte de ce que venait de me raconter M. Deschamps en ne m’attachant qu’aux évènemens principaux , et je terminai par l’assurer que personne ne me paraissait plus digne d’être secouru que cet infortuné jeune homme. .

Il faut nous réunir, me dit mon oncle , et savoir de lui par où il veut commencer.

J’allai le chercher, et après l’avoir prévenu du désir qu’avait mon oncle de le servir, je l’introduisis auprès de lui.

Je viens d'être instruit de vos affaires , lui dit M. Merlin ; il s’agit maintenant, Monsieur, de nous occuper de l’objet le plus pressant.

— Ce serait sans doute , Monsieur j par retrouver mademoiselle d’Orraont ; mais comme je ne pourrais sans argent lui être aussi utile que Je le dois , je crois devoir commencer par me mettre en possession de la ressource que m’a laissée mon père.

— Cela est juste : cependant si contre toute attente , vous ne retrouviez plus ce dépôt, il ne faudrait pas vous désespérer. Je ferais pour vous

auprès de mademoiselle d’Ormont ce .qui serait convenable , et ensuite nous nous occuperions de vous faire rejoia- <3re M. votre père.

f Après les remercimens que me'ritait cette réponse de mon oncle, M. Deschamps lui dit qu’à moins que le mur n’eût été abattu , il n’y avait aucune raison de craindre qu’on eût découvert ce dépôt; qu’il savait où il était; qu’il en connaissait parfaitement la situation ^pour l’avoir considérée plusieurs fois ; que la seule chose qui l’embarrassait était de pouvoir y atteindre, cette muraille étant haute de neuf pieds ; qu’il faudrait qu’il pût se tenir sur le train d’une voiture dont le cheval serait contenu sans faire de mouvemens , et que comme il ne pouvait se fier pour cette opération qu’à quelqu’un sur qui il pût compter, il n’y avait que moi de qui il pût attendre ce service.

Je m’empi'essai de l’assurer que jé t’accompagnerais, que nous n’aurions aucun domestique , et que j’allais demander le cabriolet dont je me servais quelquefois pour l’heure qu’il croii'ait la plus convenable. La plus sûre pour n’être ni vu ni entendu serait , me dit-il , onze heures du soir ; alors tout le monde dort à la campagne.

— Ne remettons pas à demain ce que nous pouvons faire tout de suite.

Je vais sortir; dans une demi -heure je serai à la porte avec la voiture.

— Et moi, Monsieur, je vais pendant ce temps me munir d’un marteau de maçon et d’un bon ciseau en fer.

J’étais rentré avant M. Deschamps ; le cabriolet était dans la cour ; je profitai de ce moment de repos pour écrire à mademoiselle Dupuis que j étais retenu par des affaires qui exigeaient tous mes soins, parce qu’il s’agissait

ûu bonheur de plusieurs personnes '’ecommandables ; que le premier moment où je serais libre serait pour elle.

Quoique je ne prévisse aucun danger dans l’expédition que j’allais faire avec M. Descbamps, je pris mes pistolets dont heureusement je n’eus point occasion de me servir.

A dix heures , nous primes ensemble le chemin de Mesnil- Montant , où nous allâmes lentement, afin de n’y arriver qu’à onze heures. Nous passâmes par plusieurs ruelles où il n’y avait que la place de notre voiture. Arrivés à l’endroit intéressant, mon guide me lit arrêter en me disant de serrer le mur à gauche le^plus possible. Nous descendîmes tous deux ; je me lins à la tête du cheval; M. Deschamps monta sur le 'haut de la roue , d’où il put regarder par-dessus le mur. Après s’être assux'é qu’il n’y avait pex’sonne dans le

fardiu , il descendit sur le train et commença à opérer ; il travailla plus long-temps qu’il ne s’y attendait pour ébranler le moellon. Je le tiens enfin , me dit-il , après l’avoir jeté par-derrière la voiture de peur de blesser le cheval. Il fouilla pour trouver les sacs. J’en sens un , me dit-il , et voilà aussi l’autre ; il les mit dans la voiture , ainsi que ses instrumens. Venez, venez, dépêchez-vous, a jouta- t-ii , car ne pouvant tourner dans ce chemin, nous serons obligés de faire un grand détour.'

Voilà une victoire de remportée ; êtes-vous plus contant?

— Oui , mon cher libérateur , me dit-il en m’embrassant, et je ne doute point qu’avec votre secours je remporterai toutes les autres.

Je mis le cheval en train de nous ramener beaucoup plus vite que nous n’étions venus. Mon oncle nous avait

atlenclus. M. Deschamps visita en notre' présence ces deux sacs , qui contenaient bien vingt-cinq mille livres chacun en louis d’or.

Son premier désir fut d’en faire parvenir la moitié à son père. Je sais bien, nous dit il, qu’il y a, rue du Sentier, une maison qui s’en chargerait , parce qu’elle est en relation avec MM. Bourdieux ; mais avec ma couleur rembrunie, je ne peux m’y présenter; ils ne me prendraient jamais pour le fils de M. Deschamps.

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