IV
mère, en attendant le moment de pouvoir l’aller rejoindre ; que quand je serais revenu , il me prierait encore de l’accompagner chez son frère , dont il craignait den’être pas reconnu à cause de son travestissement.
J’étais fâché de savoir mademoiselle d’Ormont dans un magasin de modes , que , dans mon opinion, je n’avais jamais pris pour le temple de Vesta, mais sans rien témoigner de celle prévention. J’allai demander mademoiselle d’Ormont à l’adresse indiquée en m’annonçant comme chargé de lui donner des nouvelles de ses amis.
La maîtresse de cette maison me répondit que la demoiselle que je demandais n’était plus chez elle ; j’en témoignai de la surprise ; elle repi’it aussitôt : N’en concevez aucune inquiétude, Monsieur, c’est moi qui ai placé mademoiselle Emilie dans une
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|iutre maison très-près d’ici , parce j^u’elle n’était pas heureuse dans la mienne. Son extrême délicatesse , son éducation, et sans doute sa naissance supérieure aux revers qui l’avaient conduite à la nécessité de travailler , lui ont donné une répugnance insurmontable pour les airs de protection et de supériorité des dames que nous sommes obligées de recevoir pour l’intérêt de notre commerce, et encore plus pour le ton léger et parfois trèsleste des hommes dont ces dames sont accompagnées. Bien persuadée quelle ne se résoudrait jamais à la complaisance qu’il faut avoir dans notre profession , et qu’au contraire son air distingué ne pourrait que déplaire à mes pratiques , j’ai été la première à lui proposer de passer de ma maison dans celle d’une lingère, ma voisine , dont l’auslérilé et les anciennes habitudes
lui conviendraient mieux; elle y a consenti , et j’ai réussi à la faire recevoir aux mêmes conditions quelle avait faites avec moi ; elle y est entrée , et j’ai lieu de croire qu’elle en est contente, puisqu’elle y est restée depuis le moment que nous nous sommes quittées^
Je remerciai cette dame dé ce qu’elle venait de m’apprendre , car j’en étais întérieui’ement satisfait , et elle me fît conduire où était mademoiselle d’Ormont.
Dès l’abord je la trouvai supérieure a tout ce que m’en avait dit M. Deschamps , et vraiment faite pour fixer tous les vœux d’un galant homme. Je lui appi’is le changement survenu dans la situation de son ami dont je lui remis une petite lettre qui acheva de lui inspirer de la confiance , après quoi je lui fis connaître ce qui s’opposait à ce qu’il