‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieur (volume 2)Chapitre 17 sur 31 · C -Sî · texte numérisé non relu

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se présentât lui-même; mais qu’il n’était pas moins vrai que sa captivité et la sienne allait cesser, et qu’il fallait quelle se disposât à quitter la maison où elle était.

Elle me pria de vouloir bien l’annoncer moi-même, ce que je fî^ avec tout le respect qu’inspirait l’antique figure de sa maîtresse, qui dit : Je suis charmée y Monsieur , que mademoiselle Emilie ait le bonheur de pouvoir se rejoindre à sa famille, et comme je ne la tiens que d’elle-même, je ne pourrais, à la rigueur, me refuser à la laisser aller; mais vous conviendrez. Monsieur, que je manquerais de prudence et de respect pour moi- même si je remettais une demoiselle aussi sage et aussi intéressante que mademoiselle à un cavalier de votre âge et de votre tournure.

Son observation me parut si juste

que je me hâtai de lui l’époadre : Que ce ne serait pas moi qui viendrait réclamer mademoiselle Émilie, que ce serait le docteur Merlin, mon oncle, qui pouvait lui être connu.

Elle m’assura qu’elle la remettrait sans difficulté à un homme aussi respectable, quoiqu’elle ne le connût que de réputation.

Je me rapprochai de mademoiselle Émilie pour lui demander si elle avait encore de l’argent.

Il ne m’en resterait presque plus, répondit-elle , si depuis trois mois on ne m’eût dispensé de payer ma pension , parce que mon travail y suffisait.

Je lui demandai aussi des nouvelles de Léonor. H y a bien long-temps que je ne l’ai vue, me dit cette belle personne; elle est tombée malade avant que je fusse entrée dans cette maison ; je sais quelle devait aller à la campa-

gne pour se rétablir, et c’est une de mes plus grandes peines d’ignoi’er sa situation} car c’était une véritable amie envers qui il serait injuste de rester indifférent.

Je l’assurai que nous allions aussi nous en occuper.

Enchanté du mérite et de la sagesse de mademoiselle d’Ormont, j’allai rejoindre l’heureux mortel à qui elle était destinée ; ne pouvant être heureux moimême, je trouvais de la satisfaction à travailler au bonheur d’un autre. Je ne fus point trompé dans mon espoir ; il fut ravi de tout ce que je lui appris, et surtout de l’espoir prochain de revoir celle qu’il avait craint de perdre pour toujours.

Songeant ensuite à la position incertaine où il se trouvait encore , et à la nécessité de confier mademoiselle d’Ormont à l’épouse de M. de Savenay,

«on frère , il me demanda si je voulais l’accompagner dans cette visite.

— Tout de suite, lui dis-je , et puisqu’il demeure à l’entrée du faubourg Saint-Honoré , nous allons faire cette course en nous promenant.

Arrivés chez M. de Saveaai , dont la demeure annonçait une honnête aisan-

ce, nous ne trouvâmes qu’un domestique qui nous dit que son maître était parti pour Versailles avec son épouse , parce qu’il devait débuter le lendemain, dans le rôle de Vendôme, sur le théâtre de cette ville.

M. Deschamps se fît répéter ce qu’il venait d’entendre comme s’il ne l’eût pas entendu, et malgré l’enduit qui couvrait son visage, je le vis pâlir. Sortons, Monsieur, me dit-il; il tremblait; je lui fîs prendre mon bras , et quand nous fûmes descendus je lui demandai ce qui pouvait le troubler à ce point.-

Si le de'pôt laissé par mon père et la vue de mademoiselle d’Ormont ne venaient pas à l’appui de tout ce que je vous ai dit. Monsieur, ne serais-je pas exposé à passer pour un aventurier en trouvant en moi le frère d’un comédien?

Je l’assurai que nrmoi ni mon oncle n’aurions interprété le travers de son frère d’une manière défavorable pour lui; que les fautes étaient personnelles, et que je le priais de se rassurer et dese calmer,

— Me calmer! impossible, mon généreux ami; il faut que j’empêche cette folie , qui flétrirait les dernières années de mon respectable père, ou que j’y perde la vie. Mettez, je vous en conjure , le comble à vos bontés , en venant avec mol demain de bonne heure à Vex’sallles; je vous réponds qu’avec votre aide je guérirai pour toujours mon frère de ce nouvel accès.

— Ce n’est donc pas la première fois ?

La première n’a pas eu d’effet ; mais cela demanderait un long détail.

J’avais fait approcher une voiture où nous montâmes. Vous me ferez ce récit devant mon oncle dont nous prendrons conseil , et bien volontiers je vous accompagnerai à Versailles. Pendant le chemin, je le laissai à ses réflexions, et lorsque nous fûmes rentrés, je lui fis prendre quelques gouttes propres à le fortifier, et jusqu’au retour de mon oncle je ne cherchai qu’à le distraire, et j’y réussis en lui parlant de la littérature anglaise qu’il connaissait, parce qu’il en savait la langue au point de la parler passablement et de pouvoir la traduire.

L’heure du dîner nous ayant ramené mon oncle , nous lui rendîmes compte de notre visite, de l’évènement qui

nous contrislait , et du besoin que nous avions de son conseil relativement à un homme dont la fortune indépendante rendait inexcusable la résolution d’embrasser une profession repoussée par l’opinion publique , et le désir que nous avions de nous y opposer par toutes les considérations qui pouvaient l’en détourner.

C’est sans doute ce qu’il faut faire , dit mon oncle; mais il faudrait que je connusse un peu plus le caractère et la situation du frère de M. Deschamps.

Son frère aîné est disposé à nous en instruire, si vous voulez, mon oncle, nous donner quelques instans.

— Tout le reste du jour; mais nous pouvons commencer en dînant.

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