IV
teaKser ses fonds , et refusa Toffre qne lui fît mon père de rinte'resser à ses affaires, parce qu’il voulait, disait-il , se faire une fortune indépendante qui serait un jour celle de son frère et de ses neveux s’il n’avait point d’enfans.
H ne se livra eu effet qu’à trois genres d’affaires : l’assurance des petits navires faisant le cabotage jusqu’à Cadix, ou dans la Manche jusqu’en Hollande ; l’escompte du papier sur la place de Nantes ou sur Paris , et quelques intérêts dans les navires qui faisaient le commerce dans la Méditerranée. Sa persévérance et sa conduite prudente dans ce genre d’opérations ont en effet accru sa fortune ; il- ne se permettait d’autre plaisir que la chasse. Telle a été sa conduite jusqu’à l’époque où nous avons quitté Nantes et même après ; car il ne vint à Paris que quand il vit l’orage devenir sérieux. C’est alors qu’il
nous écrivll qu’il s’applaudissait da genre d’operations qu’il avait choisi j que tout étant rentré entre ses mains , il pouvait dire qu’il portait sa fortune sur lui; qu’il allait venir se réfugiera Paris, où la figure qu’il ferait ne tenterait sûrement pas l’envie ni n’exciterait la persécution.
C’est à son arrivée qu’il ne se fit connaître que sous le nom de Savenai, pour écarter toute trace d’avoir été négociant à Nantes. Fidèle au plan qu’il s’était fait, il ne prit ici qu’un logement modeste, et seulement au-dessus de l’extérieur du besoin; j’ai su qu’il avait encore fait quelques opérations avantageuses, et sa conduite depuis son retour de Saint-Domingue ayant été constamment la même , sa fortune doit être de deux à trois cent mille francs. Concevezvous , Messieurs , que dans une semblable situation , jouissant de la plus-
heureuse indépendance, il soit possible qu’un galant homme, qui n’a pas l’excuse du besoin , puisse vouloir embrasser une profession réellement dégradante, et qui formera toujours une classe repoussée par toutes les autres ?
la. MERLIN.
De tout ce que vous venez de dire , Monsieur, on ne peut rien conclure que d’avantageux pour monsieur votre frère, dont le caractère n'a rien que d’honorable. Mais il y a dans le cœur de chaque homme un goût dominant qui n’est pas toujours d’accord avec les mœurs ou les préjugés reçus : tant qu’il est retenu par l’opinion et par le besoin de l’estime il le surmonte} mais lorsqu’il croit pouvoir le satisfaire sans danger, ce goût renaît , et plus il a été contenu , plus il prend le caractère d’une passion, parce que tous les autres goûts lui sont
subordonnes : c'est la position où se trouve M. de Savenai , parce que le relâchement général des mœurs a placé le comédien dans un aspect moins défavorable , parce qu’on voit des exemples dangereux de mariages qui ont uni quelques actrices avec des hommes d’une fortune ou d’une origine distinguée, que dans tout autre temps ils n’eussent osé se permettre de contracter. Vous avez donc à rappeler monsieur votre frère à ce qu’il doit à son ^ère ,k sa mère , à vous, Monsieur, a lui r même , et surtout à sa jeune épouse, qui , modeste et douce , parait soumise à ses volontés sans apercevoir, pour les enfans quelle peut avoir, les suites d’une semblable conduite de la part de leur père.
M. DESCHAMPS
C’est bien , Monsieur , ce que je me
propose (le faire , et je ne doule pas da succès si M. deTilly a la complaisance de m’accompagner comme il me l’a promis.