M. MERLIN
Sans doute, il faut que mon neveu vous accompagne , et comme l’objet est pressant , je vous invite à partir tout de suite; quand cela ne vous servirait qu’à savoir ce soir où demeure votre frère , il faut partir. Mais comme je me propose d’aller voir demain mademoiselle d’Ormont, pour que la visite de mon neveu ne lui fasse rien perdre de la considération qu’elle a obtenue et qu’elle mérite, donnez-moi, Monsieur, une petite lettre pour elle , et des fonds, si vous jugez à propos de lui en envoyer.
M. Descbamps alla écrire , et revint avec sa lettre et un rouleau de cinquante louis. Pendant qu’il écrivait , j’avais été prendre mon uniforme que je
crus plus convenable au succès de la négociation à laquelle j’allais participer; et nous sortîmes après avoir assuré mon oncle qu’il nous reverrait le lendemain de bonne heure.
Je trouvai plus expédient, pour ne pas dépendre des mauvaises voitures de Versailles, de prendre un fiacre un peu étoffé , pour l’avoir à notre disposition et arriver plus vite.
Nous descendîmes sur la place Dauphine , h l’hôtel de la Belle-Image ; et comme le spectacle n’était pas fini , je proposai à M. Deschamps d’ j venir voir la seconde pièce , pendant laquelle je me chargeais d’aller aux Informations.
Après l’avoir laissé dans une loge , je pénétrai, à la faveur de mon costume, jusqu’au foyer des comédiens; je m’y trouvai en nombreuse compagnie, et j’allai m’asseoir auprès d’une actrice dont la tournure me plut, parce que
j’avais remarqué quelle était disposée à parler sans se faire prier. Je ne lardai pas à lui dire que j’étais attiré à Versailles pour assister au début d’un acteur qui devait , à ce qu’on m’avait assuré, être brillant.
Il est vrai, Monsieur, me dit-elle, qu’il devait débuter demain; mais ce début sera retardé par l’indisposition d’un de nos camarades qui joue le rôle de Coucj.
Celte nouvelle, qui me faisait le plus grand plaisir, en ce qu’elle nous donnait plus de temps pour notre conférence avec le frère de M. Deschamps, me porta à continuer mes questions. N’estce pas, demandai-je à l’actrice, M. de Savenai que se nomme ce débutant ?
— Oui, Monsieur : est-ce que vous le connaissez?
— Non , mais je me suis chargé de lui apprendre une nouvelle qui lui fera