‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieur (volume 2)Chapitre 21 sur 31 · ICI · texte numérisé non relu

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plaisir, et j’espe'rais le rencontrer ici.

— Il n’y a pas un quart-d 'heure qu’il y était encore avec son épouse , qui est belle comme un ange j il s’est en allé avec elle pour retourner à son hôtel.

— Sauriez-vous, Madame, où est cct hôtel .^

— Je lui ai entendu dire que c’était sur la place Dauphine , à la Belle- Imaçfe.

Charmé du hasard qui nous réunissait dans le même lieu , je ne parlai plus que de choses indifférentes, et J'allai rejoindre M. Deschamps , non sans avoir remercié la dame de sa complaisance.

Je n’eus pas plutôt instruit l’honnête Deschamps de ce que je venais d’ap« prendre , qu’il me pria de retourner.

Ne différons pas, me dit-il, le plaisir que j’aurai d’embrasser et de revoir un frère et une sœur si chers. Nous\re-

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tournâmes tout de suite à notre hôtel , et aussitôt que nous eûmes été conduits à la chambre que nous avions choisie , je dis que je voudrais voir un monsieur et une dame qui venaient de rentrer avant nous.

— ^ Je vais, si vous voulez. Monsieur, me dit la fille qui nous avait éclairés, vous y conduire et vous annoncer.

Je la suivis seul , en promettant à M. Deschamps de le venir chercher.

M. de Savenai parut surpris de se voir demander par un capitaine de hussards : il était debout et s’avança vers moi : Je viens. Monsieur, lui dis-je, vous donner des nouvelles de monsieur votre frère: un évènement heureux m’a mis à portée de le tirer de la captivité où il était depuis plusieurs mois. Je vous pré* viens que , pour n’être point reconnu jusqu’au moment favorable pour rejoindre sa famille , il a changé sa couleur

naturelle; mais vous le reconnaîtrez au son de sa voix , et surtout à son cœur.

— Est -ce qu’il serait avec vous , Monsieur ?

— Oui , Monsieur , et si Madame le permet , je vais vous l’amener.

— Ah ! oui , Monsieur , s’écria la jeune dame; je n’ai pas cessé d’être alarmée sur son sort.

Je l’etournai chercher M. Deschamps , qui , en entrant , s’écria : Reconnaîtras-tu ton frère ?

— Oui, je le reconnais; viens dans mes bras.

Il passa de ceux de son frère dans ceux de sa belle-sœur ; des larmes coulaient en abondance. Témoin de cette scène touchante , j’étais vivement ému d’une joie que je partageais , et qui pourtant me faisait faire un retour pénible sur moi-même , dont me tira le bon Deschamps en venant aussi m’em-

brasser et me dire: Que de bonheur je vous dois, mon cher libérateur! et combien je vous en devrai encore ! Mais votre générosité et celle de votre oncle sont inépuisables.

Je reçus de M. de Savenai et de

son aimable épouse les remercîraens les plus sincères, et j’étais traité comme faisant partie de la famille , quand on apporta le soupé.

Je n’avais demandé, dit M. de Savenai , qu’une poularde pour moi et ma femme ; mais la maison est bonne. H fît ajouter deux entremets, et il ne fut plus question que de se mettre à table. Tant que nous fûmes gênés par la présence de ceux qui nous servaient, nous ne paidâmes que des nouvelles publiques ; mais au dessert commença l’intéressant entretien que je vais rapporter, et dans lequel je mettrai en scène chaque interlocuteur, pour lui

conserver la part qu’il eut dans une scène qui allait décider du bonheur, des intérêts et de la bonne intelligence d’une famille respectable , qui jusque là n’avait point cessé d’être tendrement unie .

MADAME DE SAVEIfAî.

Je ne vous ai point encore parlé de notre chère amie mademoiselle Emilie ; VOUS savez sûrement où elle est et comment elle a supporté une séparation si cruelle?

M. DÊSCIIAMPS.

Au moment du départ de notre père, et pour exécuter les intentions, de ma mère , j’ai couru chez vous^avec mademoiselle d’Ormont. Vous étiez à la campagne ; j’attendais votre retour pour vous remettre ce précieux dépôt ; maisayant je me suis trouvé dans la né-

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cessilé de me cacher ; c’esl à la bonnè Laure que j'ai dû un asile, et c’est elle qui s’est aussi charge'e de mon Emilie.

M. DE SAVENAI.

Ah ! combien ma mère m’en voudra ! ce sera pour moi le sujet d’un regret perpétuel. Mais dis nous ce qu’est devenue notre chère sœur, cârellèhé peut manquer de t’appartenit’. ’

M. DESCIIAMPS.

Elle s’est soumise à paraître réduite à la nécessité de travailler ; elle est dans une maison honnête. J’ai eu de; ses nouvelles pendant trois mois; liiais Laure à tout-à-coup cessé de ri/en donner ; je ne sais encore quel malheur a pu arriver à cette bonne fille. Quant à mademoiselle d'Ormont,eîle était le sujet de mes plus cruelles inquiétudes, et

ce n’est que depuis que je suis libre que j’ai pu être instruit quelle était restée dans la même maison, où il paraît qu’ellea été aussi heureuse quelle pouvait l’être dans sasituation : c’est à M. de Tilly que je dois le bonheur d’en être assuré.

M. DE SAVENAI.

Eh bien! tu peux maintenant nous la donner et remplir le Vœu de ma mère. .

M. DESCHAMPS

C’estdans cette intention que j’ai hier été chez toi avec M. de Tilly ; mais j’ai éprouvé avec une douleur inexprimable que cela n’était plus possible, en apprenant que tu allais embrasser la profession de comédien.

M. DÈ SAVENAI.

Quoi ! tu resterais encroûté d’un

préjugé inique, quand tout le monde rend enfin justice à un art qui procure à celui qui le professe l’admiration du public comme un juste retour du plaisir qu’il nous procure ?

M. DESCHAMPS

Je goûte aussi ce plaisir , et je rends bien volontiers à celui qui me le procure le tribut d’admiration qui lui est dû; mais je ne le confonds point avec l’estime qu’il ne peut m’inspirer et auquel sont art même s’oppose ; car le talent d’exprimer et de feindre dans un même jour les sentimens les plus généreux ou les plus délicats , et ensuite ceux d’un fat ou d’un séducteur, inspire une défiance naturelle pour celui qui prend à son gré des formes si différentes.

M. DE SAVENAI.

Je ne sais jusqu’à quel point cette

imputation peut être juste ; mais le comédien aurait cela de commun avec les auteurs qui ont tracé les caractères,' et qui seraient au moins aussi dangereux et plus coupables.

M. DESCHAMPS

Tu te trompes, mon ami; l’auteur ü’avail dans le silence du cabinet aidé de ses lectures , de ses réflexions , de ce qu’il a observé dans le monde ; il peint ce qu’il a vu ; il fait la guerre aux vices ; il attaque les ridicules. Cependant il n est pour l’ordinaire qu’un homme d’un extérieur simple, souvent embarrassé en société , et incapable d’y prendre les formes séduisantes du comédien. Son but est de nous apprendre à nous délier des apparences ; celui de l’acteur de les rendre agréables , et de faire excuser jusqu’aux écarts ou entraînent les passions. Il ne peut doaq

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