‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieur (volume 2)Chapitre 22 sur 31 · IV · texte numérisé non relu

IV

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être queslion, entre nous , d’un parallèle où l’auteur ne serait peut-être pas exempt de reproches , puisque les uns et les autres sont egalement réprouvés par la morale religieuse. Il ne s’agit ici que de l’opinion publique. Je pourrais m’appuyer de l’exemple des Romains; mais nous sommes Français; je ne t’opposerai que la nôtre. Dans aucun temps le comédien n’a joui en France d’une estime que ses mœurs ne peuvent mériter; singe des grands seigneurs , il imite les travers de leur jeunesse , leurs manièi’es, comme eux fait des dettes, trompe des femmes , compte ses triomphes par le nombi’e de ses victimes , mais ne met point comme eux dans la balance les vertus guerrières, lè'sàcrifîce desa vie à la patrie etl e retour à l’équité; il Vit jusqu’à la fin dans lé désordre , et fihitïôuvent par la misèî’e , justé récompense dé ses vices.

M. DE SAVENAI.’

La peinture gothique que tu vieas <îe faire est ceile d’un temps passé j” qui ne peut s’appliquer au temps présent ; les opinions sont changées j il* jouit d’une considération justement méritée par l’art sublime qu’il exerce; il est rentré dans le corps de la société; un artiste célèbre a épousé une fille riche et d’une- honnête famille. Les succès des femmes sont encore à cet égard plus flatteurs; j’en compterais plusieurs que des hommes distingués par leur naissance ou leur fortune se sonCtrouvés heureux d’épouser. '

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M. DESCIîAMPS. ' ■

De quels hommes pafles-lu ^ mptf ami, des joueurs et des homrnes connus par des défèglemens précédées^ qui out cru se distinguer en braYaal

tous les pre'jugés, tous les principes^ pour afficher l’indépendance des maximes révolutionnaires, qu’ils appellent républicaines? mais quand même ces maximes, qui passeront avec les troubles qui ont amené leur règne, auraient toute la réalité , toute la durée que tu leur prêtes, ne suffirait -il pas qu elles ne fussent point celles de nos père et mère pour t’abstenir de les adopter? comptes-tu pour rien le malheur de les affliger en prenant un parti qu’ils trouveront dégradant pour toi et pour eux, d’altérer leur santé par cette démarche , et peut-être d’abréger leur vie? Ne cours-tu pas aussi le risque du ressentiment de mon père , qui pourraitle porter à une exhérédation que tu es bien sûr que mon cœur rendrait nulle , mais qui n’en serait pas moins pour toi l’objet d’un regret que rien cç pourrait calmer, et quialtérerait toa^

repos et ton bonheur pendant le resté de ta vie ?

Cette conclusion avait tellement affecté Madame de Savenai, que , suffoquée par ses larmes , elle dit à son mari :

•— Je m’étais permis , mon ami , de te montrer une partie des craintes que notre frère vient de t’exposer ; mais tu m’as répondu quelles étaient puériles.

M. DE SAVENAI.

Si tu n’étais pas mon frère , je croirais que tu veux me ravir l’affection de mon épouse.

M. DESCHAMPS

Ce n’est sûrement pas mon projet.)

M. DE SAVENAI.

Cependant lu m’exposes à perdre son estime.

M. DESCHAMPS

Il ne tient qu’à toi de t’en préserver jrenonce à ton projet , ou s’il te reste de rincer titude, interroge M. de Tilly t plus jeune que nous il n’est pas dans l’âge des scrupules : s’il ne te désapprouve pas, je ne t’en parlerai plus.

M. DE SAYENAI.

Monsieur, en sa qualité de militaireÿ n’aura d’indulgence que pour les comédiennes, dont la facilité leur est, en général , assez agréable.

M. DE TIELY.

Je vous assure , Monsieur , que je n’ai vu les unes et les autres que de loin et comme spectateur; que je ne me suis jamais occupé d’approuver ou de blâmer leur profession ; mais , dans ce moment, la scène intéressante dont

je suis témoin m’a suggéré des ré^ flexions que je vous communiquerai avec sincérité si vous le permettez.

M. DE SAVENAI.

Celles d’un homme d’honneur, d’un ami de mon frère , ne peuvent que m’être agréables^

M. DE TlLLlr.

Je mepermettrai de vous demander^ Monsieur , comment , avec l’expérience du monde, vous pouvez exposer une femme aussi intéressante que la vôtre à vivre avec des hommes et des femmes pour qui , d’après tout ce qu’on a dit ou écrit sur leur compte, la vertu n’est qu’un sujet de dérision, qui tournent en ridicule les pères tendres , les femmes sages et surtout les Agnès, dont ils viennent de feindre les sentimens; qui s’etforceront d’attaquer dans Ma-

<5ame, par toutes sortes de moyerïSy des principes qui les humilient ? Je ne doute pas quelle ne résiste à tous leurs pièges, mais ils se vanteront de l’y avoir fait tomber; l’effet sera te même dans ie public , et si la calomnie parvenait jusqu’à vous , quelle serait votre situar tion.

M. BE SAVENAI.

Je vous proteste. Monsieur, que je in’ ai jamais eu l’inlenlion d’exposer ma femme à vivre avec eux, ni qu’ils pussent kl traiter comme leur camarade, et je n’ai pas même, pour moi , le projet d’être comédien et de perdre mon indépendance , mais seulement de m’acquérir, comme amateur, une réputation dans ce genre de talent , en jouant sur les principaux théâtres de France.

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