‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieur (volume 2)Chapitre 24 sur 31 · CHAPITRE XLIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIL

Le lendemain, nous nous réunîmes à neuf heures. M. de Savenai était déjà de retour du théâtre, et après avoir déjeùné , lui et son épouse profitèrent de de notre voiture pour revenir ensemble à Paris. Nous les laissâmes chez eux,, où il fallut nous an'êter quelque temps, et ensuite nous nous empressâmes de rentrer chez mon oncle, qui nous attendait avec impatience , car il n’était pas resté oisif pendant notre absence sur les affaires de M. Deschamps, auxquelles il prenait un bien vif intérêt.

Après que nous lui eûmes rendti’ compte de ce qui s’était passé à Versailles, il nous dit qu’il était charmé; de notre succès j mais que comme

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n’avait ose y compter , il avait arrêté Lier avec mademoiselle d’Ormont que, pour le peu de temps qu’elle avait à rester à Paris, elle ne pouvait être mieux que dans la maison où elle était, parce que cette maison était vraiment respectable.

— Comment , mon oncle ! est-ce que vous espérez faire bientôt partir mademoiselle d’Ormont?

' — Et M. Deschamps avec elle; ce serait n’avoir rien fait que de faire partir l’un sans l’autre. Je vous dirai quel est, à cet égard, mon espoir; mais auparavant, je vais vous raconter comment j’ai été reçu hier.

Je me suis présenté à la maîtresse de la maison en ma qualité d’oncle du jeune homme qui , la veille, était venu donner à mademoiselle d’Ormont des nouvelles de sa famille, et de l’espérance que j’avais de pouvoir la mettre bientôt

à portée de rejoindre des amis dont elle était chérie.

J’ai été accueilli très - favorablement de la vieille dame , qui m’a témoigné qu’elle aurait du regret de perdre mademoiselle Emilie , dont elle n’avait à faire que des éloges ; mais qu’elle s’en trouvait dédommagée , puisque c’était pour son bonheur. Je lui ai répondu qu’elle ne quitterait sa maison que quand son départ serait déterminé ;que je viendrais seulement la chercher avec madame de Savenai , sa future belle-sœur, pour la faire dîner chez moi avec un autre de ses amis qui ne pouvait encore sortir , parce qu'il était en convalescence.

Mademoiselle Emilie , qui était en tiers avec nous pendant cet entretien, a très bien compris que le convalescent dont je parlais était son ami M. Deschamps } elle s’est bornée à me dç~

mander sî elle verrait aussi M. de Savenai. Je lui ai dit qu’il serait avec son ëpouse; que tous deux étaient attendus le lendemain à Paris d’une course qu’ils avaient faite à Versailles ; je lui ai ensuite remis le rouleau , et la lettre que vous m’aviez donnée pour elle : après l’avoir lue, elle m’a fait les plus obligeans remercîmens. Je vous avoue que je n’ai point vu de personnes plus aimables et dont les manières fussent plus distinguées. Elle avait auprès d’elle un livre. Je me suis permis de lui demander ce quelle lisait ; elle me l’a présenté, et j’ai été surpris de voir que c’était un volume des œuvres de Richardson en anglais. Vous savez donc celte langue. Mademoiselle?

■ — Je l’entends bien , Monsieur ; mais je ne la parle pas aussi facilement.

— Je vois que votre mstituleur u’a pas perdu ses soins.

Alors , avec une aimable rougeur^ ellea répondu : Il m’en a donnés , Monsieur , dont je serai toujours reconnaissante. Elle m’a ensuite prié de recommander à ses amis qu’on voulût bien s’informer de ce qu’était devenue la bonne Laure , qui méritait tant de reconnaissance de son zèle , qu’elle donnerait bien volontiers tout ce que je venais de lui apporter pour la savoir heureuse et en bonne santé. Je lui ai répondu de l’empressement qu’on mettrait à la satisfaire, et je l’ai quittée eu l’assurant que je ne serais pas longtemps sans avoir l’honneur de la revoir.

— J’en suis bien sûre. Monsieur ^ et je vous en remercie ; car on ne m’a pas laissé ignorer que vous étiez pour nous tous un second père.

C’est à vous, monsieur Deschamps, que je dois une qualification à laquelle

je suis bien sensible , et je n’épargncraî rien pour la Justifier; mais je vous dirai cela à table. Dînoiis d’abord.

Au dessert , mon oncle nous dit :

Voici , mes amis , ce que j’imagine devoir me réussir pour la liberté de Monsieur et de son amie mademoiselle d’Ormont. Hier , dans mes courses , j’ai appris qu’une lady , comtesse de Barck , à qui j’ai donné des soins , se disposait à retournera IjOndres , ayant enfin obtenu la liberté de son fils , qui avait été blessé et pris prisonnier de guerre à la bataille d’Arlon gagnée par le généraljourdan le 1 8 avril 1794» A la faveur de l’estime quelle a conçue pour moi , j’espère la porter à se charger de les faire sortir de France avec elle , et je me suis affermi dans cet espoir parce que mademoiselle d’Oi’mont parlant l’anglais, peut passer pour être de cepays, ainsi que M. Descbampsj,

qui doit encore mieux connaître une langue qu’il lui a enseignée. Je me suis ce matin présenté chez madame de Barck ; mais elle était sortie , et j’y retournerai demain matin : qu’en pensez-vous , monsieur Deschamps ?

— Que vous aurez. Monsieur , mis le comble à vos bontés.

— Et loi,TilIy?

— Que le passeport nécessaire me paraît difficile à obtenir , et que je crains qu’il ne devienne un obstacle.

— Facile à surmonter dans ce moment, où les principes républicains cèdent à la vue de l’or ; mais je ne crois pas que cela soit nécessaire. Demain je saurai à quoi m’en tenir; pour aujourd'hui , Messieurs , je n’ai plus qu’à vous rappeler l'intérêt que mademoiselle d’Ormont prend à la bonne Laure ; je vous invite à vous en occuper, si vous ne voulez pas mériter de justes

reproches de celle charmanle demoiselle.

— Si je différais un moment, je ne mériterais, Monsieur, ni votre estime ni celle de personne. Je dois à Laure bien plus que ne lui doit mademoiselle d’Ormont , car elle n'avait rien à craindre , tandis que j’étais en danger d’être arrêté. J’y vais à l’instant.

— Vous n’irez pas seul, lui dis-je,' ce qu’il accepta volontiers.

La bienfaisance a aussi son empire; je m’y livrais sans réserve , parce que les soins que j’avais pris m’avalent distrait de mon propre malheur; le .sentiment n’en était cependant pas moins douloureux. Je ne me dissimulais point que mon oncle ,|en traîné par l’impression présente, pouvait avoir cessé de s’occuper des informations qu’il m’avait promis de prendre ; je traînais une existence malheureuse et presque sans

espoir. Telles élaient les réflexions qui m’occupèrent pendant que j’accompagnais M. Deschamps à la rue de la Sourdière pour y trouver la personne chez laquelle Laure avait demeuré après qu’elle eut été obligée de fuir de la maison de Mesnil-Montant.

Nous trouvâmes facilement co que nous cherchions , et notre apparition causa d’abord quelque embarras à cette femme. Aussitôt que je l’eus rassurée, et que je lui eus appris le motif de notre visite, elle s’empressa de nous dire que Laure était tombée malade , chez elle , d’une fièvre maligne qui avait altéré sa santé et épuisé son argent ; que quand elle s’était trouvée en état de marcher , elle était si faible qu’on lui avait ordonné de se faire porter à la campagne pour se rétablir , d’y coucher dans une étable et d’y prendre le lait d’ânesse. Il lui fallait de l’argent ; elle

a sacrifié quelques bijoux. Si je pouvais aller moi-même, me dit-elle, je trouverais bien du secours des personnes à qui j’étais attachée ; mais elles sont cachées; je ne peux y envoyer d’autre que moi sans faire des confidences qui exposeraient leur sûreté; j’aimei'ais mieux mourir. Avec les faibles ressources qu’elle s’est procurées, elle s’est retirée à Montmorenci près Paris. J’ai eu quelquefois de ses nouvelles ; mais il y a quinze jours que je n’en ai plus , et si elle n’est pas morte, elle doit être bien embarrassée.

. — Nous allons la secourir à l’instant même , et vous recevrez sûrement d’heureuses nouvelles. Nous fûmes comblée de bénédictions et nous partîmes.

Prenons un fiacre , me dit Deschamps. Si nous trouvons Laure , comme je l’espère, en état d’être ra-

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tîienée à Paris , nous la ramènerons; Nous la trouvâmes en effet en assez mauvais équipage, mais ayant repris ses forces. Je lui parlai le premier pour la prévenir de ne montrer aucun étonnement en regardant M. Deschamps , qu’elle reconnaîtrait lorsqu’il lui parlerait. Elle fut si surprise, la joie lui causa une si vive émotion quelle fut long- temps à se remettre. Lorsqu’enfîn elle put entendre , nous lui dîmes tout ce qui s’était passé, et l’espérance que nous avions du prochain départ des deux personnes quelle avait préservées. M’emmènerez-vous? demanda-telle à M. Deschamps.

— S’il était possible d’avoir un passeport , je n’y manquerais sûrement pas, ce serait une grande satisfaction pour moi et pour ma mère j mais je ne crois pas que dans ce moment cela soit praticable.

~Plus lard j’y veillerai , Monsieur; je vous remplacerai auprès de mademoiselle Laure , et si elle ne peut vous aller rejoindre , je lui procurerai une jeune maîtresse qui lui fera oublier ses chagrins. Je lui donnais un espoir que je n’avais plus; mais cette fille m’intéressait , et j’étais sûrj quelque chose qui m’arrivât , de pouvoir la placer avantageusement.

M. Deschamps lui donna vingt-cinq, louis, et lui proposa de la ramener à Paris.

Il est trop lard , dit-elle ; avant que je pusse me mettre en état de me montrer, il se passerait un temps considérable. Acluellenient que je suis sûre que vous allez être heureux, je me porte lout-à-fait bien. Je prendrai demain une voilure du pays j c’est un cabriolet à longues oreilles , et je me rendrai à la rue de la Sourdière. Ma

première sortie sera pour mademoiselle Emilie , et ensuite pour vous , Messieurs.

Nous lui laissâmes l’adresse de mon oncle , en lui recommandant de ne se rien refuser, qu’elle serait de'sormais à l’abri de la gêne qu’elle avait éprouve'e.

Il était tard en effet, et lorsque nous rentrâmes, mon oncle était couché, et le lendemain il était déjà sorti quand nous nous présentâmes pour le saluer.

Puisque nous sommes privés de l'honneur de voir monsieur votre oncle ce malin , je vais, me dit M. Descharaps, profiter de ce moment pour aller témoigner ma reconnaissance h l’homme qui m’a gardé chez lui : j’avais pensé à lui donner un diamant ou quelques pièces de vaisselle d’argent; mais je crois que cent louis , dont il pourra disposer comme il voudra pour ses affaires, lui

feront plus de plaisir : veuillez me dire ce que vous en pensez.

— Je préférerais , comme vous , F arr gent comptant.

— Mon embarras n’est plus que de les lui donner sans qu’il le voie et sans m’exposer à un refus qui me désobligerait.

— Allons tous deux lui demander à déjeûner ; il nous fera sûrement monter à sa chambre ; vous laisserez vos rouleaux sur sa cheminée sans qu’il puisse les voir avant que nous soyons sortis.

Les choses vSe passèrent ainsi que je l’avais prévu. Cet homme nous reçut comme des dieux qui viennent visiter un simple mortel. Il serait impossible d’exprimer sa joie quand il sut que M. Deschamps avait l’espoir prochain de pouvoir partir pour rejoindre sa femille. U nous servit son meilleur vin ,

el après l’avoir bu avec lui , nous l’cni" brassâmes , en lui promettant de le revoir.

En rentrant chez mon oncle , nous le trouvâmes qui avait l’air triomphant; il prévint nos questions : J’ai réussi , mes amis, nous dit -il; madame de Barck m’a reçu comme une vieille connaissance ; après lui avoir dit que Je venais la féliciter de son prochain départ dont j’avais su la nouvelle , j’ai ajouté, sans préambule et sans détour, que je venais lui demander un service digne de son cœur et de sa générosité, parce que je savais combien elle était ennemie de la révolution française et

de ses persécutions.

Ah ! je voudrais pouvoir, me dit-elle,’ racheter toutes les victimes comme j’ai racheté mon fils , car au lieu de l’échanger , comme il était juste, on me l’a vendu; je les sauverais toutes, et je n’y IV. 9

laisserais r[ue les scélérats , qui ne pourraient manquer de se détruire les uns les autres.

C’est , Madame , en faveur de deux victimes bien innocentes que je viens réclamer votre secours. Je lui ai raconté les malheurs de k famille de M. Deschamps , dans quelle situation il s’était trouvé après la fuite de son père, sa longue captivité, surtout la courageuse conduite de mademoiselle d’Ormontj par quel hasard j’avais pu venir à leur secours ; et j’ai terminé par la prier de les prendre à son service pour favoriser leur évasion , ce que je croyais possible , parce que tous deux parlent l’anglais.

Je vous ai écouté avec attention , lïion cher Docteur , m’a répondu la respectable dame ; il n’y a rien de si possible que ce que vous me demandez, et je vous remercie de me procurer

ï’occasîon de faire une si bonne action ; mademoiseüe d’Ormont sera ma nièce J quant au jeune homme, il faut, à cause de sa couleur factice , qu’il se résolve à jouer le rôle de domestique ; mais il ne le sera qu en apparence : arrivé à Douvi’es, il reprendra son rang.

— Ne craignez-vous pas, Madame, que l’on ne fasse quelque dilEculté sut? le nombre de personnes que vous aurez à votre service comparé à celui que vous aviez en arrivant?

— Je suis venue sans passeport sous la protection du gouvernement anglais, qui avait écrit pour assurer mon entrée èn France et mou retour; j avais plusieurs personnes à ma suite que j’ai renvoyées et pour qui l’on m’a délivré les passeports que j’ai demandés : il ne me reste que ma femme-de-chambre et un domestique; tous deux sont attachés à mon service depuis plusieurs au-

nées ; je suis sûre de leur discrétion; je suis d’ailleurs très-bien avec les chefs de votre gouvernement et certaine d’en obtenir ce dont j’aurai besoin.

— S’il fallait faire des sacrifices d’argent pour lever les difficultés, M., Deschamps est en état de les faire.

— Je connais ce moyen ; mais il ne sera pas nécessaire. Envoyez- moi ce jeune homme ce soir dans le costume relatif à la circonstance, je l'arrêterai tout de suite ; quant à miss d’Orraont j il faudra que ce soit vous, monsieur le Docteur, qui me l’ameniez demain au soir comme une nièce sortant delà pension où je l’aurai mise pour apprendre le français ; à compter de ce moment elle ne me quittera plus , et j’espère que deux jours après nous serons tous sur la route de Calais. Je suis accouru pour vous rendre compte d’un si heureux succès; vous voyez maintêdant' que

nous n’avons pas un instant à perdre , quoique je sois persuadé que madame de Barck restera un jour de plus qu’elle ne le croit , parce qu’elle avait encore plusieurs personnes à voir avant son départ-

Je vais aller prévenir mademoiselle d’Ormont que demain j’irai avec ma-^ dame deSavenai la chercher} qu’il faut qu’elle se tienne prête, quelle fasse ses adieux , quelle se munisse de vétemens convenables à la nièce d’une lady} qu’enfîn nous dînerons ici en famille avec M. et madame deSavenai, qu’il faut aller voir dès aujourd’hui pour les y inviter, afin que rien ne retarde les arrangemens pris avec madame de Barck , et la promesse que je lui ai faite de conduire demain chez elle mademoiselle d’Ormont et de la lui laisser.

Quant à vous , M. Deschamps , il faudra , vers six heures du soir, vêtu

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le plus simplement possible , aller cbes cette dame> en vous présentant de ma part, et vous lui remettrez une petite lettre que je vous donnerai pour elle.

— Je ny manquerai sûrement pas; mais me laissera-t-elle libre demain d’avoir l’honneur de diner avec vous et de revoir ma chère Emiliç , que je n’ai point vue depuis si long-temps; car dès le moment qu’elle sera sous la pro-. tection de railady , elle sera pour moi une étrangère que je ne dois pas avoir l’air de connaître ?

— 11 n’y a pas de doute, Monsieur y qu’en prévenant milady, elle ne vous laisse jouir d’un moment si intéressant pour vous et pour nous; elle sait bien qui vous êtes , et sûrement elle aura avec vous un entretien particulier.

Quant à vous , mon cherTilly, il faut aller tout de suite chez M. et ma-

dame de Sa venai , lesinslruire de ce qui se passe d’heureux en faveur de leur frère , et obtenir qu’ils soient ici , s’il est possible , à onze heures du matin au plus tard, pour qu’ils puissent m’accompagner à la demeure de mademoiselle d'Ormont, pour qui il est plus convenable de se voir réclame'e par une dame de ses amies que de ne l’être que par moi : pendant ce temps , M. Deschamps pourra aller voir la bonne Laure et la prévenir de se hâter si elle veut voir mademoiselle d’Ormont, parce que demain il ne sei’ait plus temps, à moins quelle ne veuille venir ici avant midi pour faire ses adieux à sa jeune maîtresse.

Après ees dispositions de mon oncle chacun de nous sortit pour exécuter celle qui le regardait. Quoique je fusse resté long- temps avec M. et madame de Savenai , je me trouvai le premier

rentré, M. Descbamps peu de temps après; et mon oncle, qui ne s’était pas ennuyé auprès de mademoiselle d’Ormont , ainsi qu’il nous le dit en rentrant, arriva le dernier.

Je viens , ajouta- t-il , de passer deux heures bien agréables ; mais J’ai trouvé pénible que tout le plaisir que Je causais à mademoiselle Emilie était la certitude de son procbain départ ; Je préférerais d’y mettre obstacle, s’il ne s’agissait pas de son bonheur et du vôtre , M. Deschamps ; car , malgré tout ce quevous avez souffert. Je trouve que vous serez bien heureux de posséder une femme aussi belle et aussi sage.

M. Deschamps assura mon oncle que rien ne pouvait lui être plus agréable que de voir que son Emilie avait mérité son suffrage; qu’il la croyait aussi digne du sort le plus brillant , et qu’il

se consacrerait à la rendre heureuse.

Ensuite il nous dit que Laure, qu’il avait trouvée en bonne santé, irait danS le jour voir sa chère maîtresse, et qu’elle reviendrait demain , puisqu’on le lui permettait, nous voir encore une fois.

Je rendis compte à mon tour de ma mission auprès du frère de M. Deschamps , que lui et sa dame m’avaient promis de se rendre à l’invitation de mon oncle ; qu’ils partagaient bien vivement le bonheur de voir bientôt ea sûreté leur frère et leur amiej que madame de Savenai ferait apporter une partie de sa garderôbe et de ses parures,’ parce qu’étant de même taille que mademoiselle E.milie , elle espérait lui épargner la peine d’en chercher de convenables dans un moment où elle ne pouvait attendre.

Tant mieux ! me dit mon oncle, car mademoiselle d’Ormont ne m’a pas JY, g.»

caché que, n’y ayant pas assez de temps d’ici à demain , elle se présenterait avec une l’obe blanche assez belle , et qui convenait parfaitement à une demoiselle censée sortie de pension ; qu’elle, relèverait cette parure simple par un beau schal.

Nous noiis mimes à table de bonne heure, afin que M. Deschamps pût se rendre à l’heure indiquée chez madame de Barck, et que nous puissions être instruits de son début , qui allait confirmer les promesses et le degré d’intérêt de cette dame.

Nous l’attendimes près d’une heure avec toute l’impatience de la curiosité.

Madame de Barck , noesdlt-il, après aypir lu la lettre de M.i. le Docteur , m’a regardé en souriant avec bienveillance , et a commencé par me dire : J’admire M- Merlin ; il n’est pas moins soigneux ®,l: moins habile pour la sûreté de ses

amis que pour leur saute' ; vous pouvez passer, sans le moindre soupçon , pour un naturel de la cote de Malabar, où les hommes sont beaux et ne ressemblent point aux Africains. Ensuite elle m’a demandé où je retrouverais mon père à Londres.

— Chez son ami M. Bourdieu, où il doit être logé, ou dans le voisinage par Ses soins. , ,

— Je le connais beaucoup ; c’est un négociant très-recommandable et trèsestimé. Vous descendrez d’abord chez moi, et j’irai chezM. Bourdieu le prévenir de votre arrivée avec mademoiselle d’Ormont, afin qu’une trop vive surprise ne nuise pas à la santé de M. et madame Deschamps.

Je l’ai remerciée d’un soin aussi obligeant ; ensuite , après m’avoir montré le regret de me voir jouer le rôle de domestique, elle a ajouté que, pour

m’eviter tout service à la chambre , il fallait me mêler particulièrement des soins du voyage , de visiter la voiture , de la faire mettre en état de partir , de de la faire charger, et de courir devant pour faire préparer les chevaux ; que quand je serais fatigué, son domestique ordinaire me remplacerait ; qu’il fallait que pour demain j’eusse une veste écarlate galonnée en or à la manière anglaise, et tout ce qu’il fallait pour aller en Courier; que sûrement je savais monter à cheval.

Je Fai assurée que je pouvais m’acquitter de tout ce qu’elle me recommandait; je lui ai demandé une demiheure pour revenir ici, et demain, la liberté de venir dîner chez vous , Monsieur,où je reverrais mademoîselled’Ormont après une longue séparation.

Rien de plus juste pour demain , ïïi’â-t-elle répondu ; mais pour ce soir

revenez le plus tôt possible pour que mon domestique James vous fasse connaître chez le sellier ; il faut aussi que vous couchiez de ce soir ici pour que tout ait plus de vraisemblance aux yeux des gens de cet hôtel. Enfin , Messieurs, je me nomme Carie démon nom debaptême CharleSyei]e suis chargé de recommander à M. Merlin de ne pas manquer d’amener demain mademoiselle d’Ormonl. Permettez à présent que Carie vous souhaite le bonsoir et coure à son devoir.

Mon oncle sortit peu après ; je profitai de ce moment de loisir pour voler chez mademoiselle Dupuis , que je ne trouvai point chez elle et qui ne devait rentrer qu’après le spectacle , sans qu’on pût me dire auquel elle était allée. Jamais je ne m’étais trouvé plus contrarié ; je lui laissai quelques lignes pour la prévenir que dans deux ou

trois jours je serais enfin libre, et que je n’aurais rien de plus pressé que de venir la voir. Je passai la soirée la plus pénible que j’aie passée de ma vie, ne me trouvant bien nulle part, et réduit à me fatiguer , dans l’espoir que le sommeil m’en dédommagerait.

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