‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieur (volume 2)Chapitre 25 sur 31 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Je ne fus pas plus heureux le lendemain. Mon oncle me pria de veiller à ce que nous eussions un diner délicat , servi avec soin , et à ce que tout fût en état de recevoir M. et Madame de Savenai. Ne pouvant sortir , je les attendis. Ils vini’ent heureusement à dix heures avec un énorme paquet et des cartons, comme m’en avait prévenu l’aimable madame de Savenai.

Son mari ^ qui avait réellement une

tournure agréable , se présenta en galant homme. Je vous dois , Monsieur , dit-il à mon oncle, comme frère deDescbamps,des remercimensbien sincères d’avoir sauvé un fils si cher à sa famille ; mais je vous en dois pour mon compte.

Monsieur votre neveu , nourri des solides prlncipesquevouslul avez donnés, m’a porté le dernier coup ; je suis converti, je le suis pour toujours. Veuillez agréer l’hommage d’une reconnaissance dont la plus grande part vous appartient.

, —Ne parlons plus du passé. Monsieur, répondit mon oncle ; ne songez qu’au présent , en lui montrant son épouse ; c’est là ce qui doit seul vous occuper et remplir tousvos vœux. Allons chercher votre intéressante sœur; on peut d’avance lui donner ce nom jusqu’à ce que les circonstances soient changées. Vous n’avez plus qu’au jour-

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d’hui pour la voir et lui faire vos adieux* Il n’y a pas loin d’ici à la rue Sainl-Honoré. Allons à pied pour arriver, sans nous faire remarquer , dans une maison où tout est austère comme la raison. S’il faut une voiture pour revenir, nous la prendrons.

Je me retrouvai encore seul ; mais je ne le fus pas long-temps. Je vis entrer Laure dont la présence me fut une nouvelle preuve qu’un peu de bonheur est un puissant l’emède pour la santé. C’était une autre figure que celle que j’avais vue à Montmorenci , et à un peu de maigreur près , je trouvai qu’elle avait dû être aussi agréable à ses maîtres par sa personne que par ses qualités.

Je vous fais mon compliment , lui dis-je , sur le rétablissement de votre santé ; car je crois que VOUS n’en pouvez plus tvOUler.

•— Ah ! Monsieur ! rien ne manquerait à mon bonheur si je n’élais pas séparée de Madame Descharaps et de ses enfaus.

Il faut , lui repris-je , être raisonnable et ne pas affliger mademoiselle Emilie au moment où elle aura aussi du chagrin de se séparer de nous. Je vous renouvelle la promesse de vous mettre, aussitôt que cela sera possible, en état de les rejoindre , si ce que j’espère vous procurer en attendant ne vous attache pas autant que vous l’étiez à cette famille ; car ayant le cœur bon comme vous l’avez , vous devez préférer votre patrie à une terre étrangère.

Elle me promit de répondre à mes intentions, parce qu’il était bien doux pour elle de retrouver quelqu’un qui eût le ton affectueux de ses anciens protecteurs; que c’était là ce qui l’avait attachée à eux comme elle l’était. ,

Une voiture qui se fît entendre nous annonça l’arrivée de mademoiselle d’Ormont ; elle était charmante , et il fallait aimer Sylvie pour la voir impunément. Après m’avoir salué, son premier mouvement fut pour Laure.

Ce fut une scène intéressante pour nous tous d’entendre la sensible et reconnaissante Emilie exprimer à Laure tout ce qu’elle lui devait pour elle , et pour avoir préservé M. Deschamps du malheur d’être découvert et arrêté ; et combien elle était touchée de l’abandon où elle était restée après tant de services ! Je te laisse , ma chère Laure, lui dit-elle, dans messieurs Merlin et de Tilly, des protecteurs qui uousrempla* ceront , et l’espoir de nous rejoindre.

Laure eut le courage et le bon esprit de ne pas prolonger cette scène ; je la reconduisis en lui promettant de l’aller voir.

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Mademoiselle Emilie ne fit que le choix le plus modeste parmi tout ce que lui avait apporté madame de Savenai, et pendant qu’elle s’en occupait, je remarquai qu'une tendre inquiétude lui faisait promener ses regards autour d’elle , et qu’elle y cherchait le bien aimé. Il arriva enfin , et , malgré sa couleur , elle vola dans ses bras sans être retenue par une vaine affectation , mouvement vrai et naturel quand on a pu craindre d’être séparé pour toujours. Je vous dois des excuses , lui dit-elle , de ne vous avoir point répondu depuis la première visite qu’a bien voulu me faire M. de Tilly; j’avais trop peu de temps ce jour pour vous écrire, et je ne pouvais lui proposer d’attendre ma lettre. J’espérais qu’il reviendrait ; c’est monsieur son oncle qui est venu.

Je n’ai point osé le charger de la réponse que je vous avais faite. La

Voici : vous aurez le temps de la lire.

La conversation étant devenue générale , M. Deschamps passa avec mon ' oncle dans son cabinet pour lui dire qu’il partirait bien réellement le lendemain au soir ; que tout était disposé et les passeports accordés sans difficulté ; qu’il ne lui restait d’autre affaire que de convertir en traites sur Londres ce qui lui restait d’argent ; que , comme il fallait toujours en garder un peu , il ne desirait convertir que dix-huit mille livres , dont il priait mon oncle de vouloir bien se charger , pour faire à son loisir cette opération dans la même maison où avait été portées les vingt-cinq mille livres. Mononclelui avait répondu qu’il valait mieux qu’il emportât avec lui ses traites, qui seraient à son ordre, qu’il les lui porteraient le lendemain matin , et que s’il ne le trouvait pas, il les donnerait à madame la comtesse de

Barck , ou à mademoisene d’Ormont.

I.orsqu’ils rentrèrent au salon, on venait d’avertir que le dîner était servi. Nous nous mimes à table , ayant tous le cœur content, sans m’en excepter, car j’étais heureux d’un dénouement dont j’étais la cause. Je le serais davantage , me disais-je , si mon adorable Sylvie était là. Où pourrait-on voir une plus charmante réunion que trois jeunes dames entre lesquelles il eût été embarrassant de choisir ? car madame de Savenai , vraiment belle , avait conservé cette timidité qui est la parure de la première jeunesse. Notre diner , quoiqu’il eût pour objet une séparation prochaine, n’en fut pas moins gai, parce que chacun était débarrassé de la crainte, et que ceux qui partaient recouvraient leur liberté.

M. Deschamps , obligé de devenir Carie J disparut le premier; il m’en

avait averti ; je le suivis. Je ne vous dis point adieu , nie dit-il, parce que j’espère bien revenir ; je ne vous remercie point, parce que tout ce que je vous dirais serait au-dessous de ce que vous avez fait pour moi ; mais quelque part que je sois, veuillez compter sur une inviolable amitié. Nous nous embrassâmes et il vola à son poste.

Les adieux entre mademoiselle d’Ormont et madame de Savenai ne purent se passer sans quelques larmes, et à la faveur de la circonstance , il me fut permis d’embrasser la belle Emilie, qui monta en voiture avec mon oncle pour se rendre chez mllady Barck.

Je restai avec M. et madame de Savenai , qui desiraient connaître la réception qui serait faite à leur amie.

Nous n’attendîmes pas long-temps. Milady , en voyant mademoiselle Emilie, avait dità mon oncle: C’est un ange

que vous m’amenez ; elle serait venue seule, sans auti’e appui qu’ elle-même, qu’elle aurait tout obtenu de moi; elle a été qualifiée nVece , et j’ai laissé la tante et la nièce s’entretenir en anglais.

Pour qu’on ne me l’evit pas l'etourner tant de fois de suite chez madanxe de Barck, je suis convenu avec elle que ce sei’ait mon neveu qui lui poi’terait demain les effets qui appartiennent à M. Deschamps. Elle m’a l’épondu , M.

le Capitaine , qu’elle vous garderait à faii’e avec elle et miss d’Ormont un mauvais diner, et que vous la verriez partir , ainsi que nos amis , afin que vous puissiez m’en donner la nouvelle.

Je dois encore vous raconter une circonstance particulière qui a précédé mon départ. Mademoiselle d’Ormont m’a l’appelé que j’avais admii’é un portrait de madame Deschamps fait dans le temps de sa plus brillante jeunesse.

êt qu’elle portait à son cou. Ce portrait n’est qu’une copie , a-t-elle ajouté , que j’ai faite sur la miniature originale ; j’y ai joint celui de son époux, aussi de ma main ; comme je vais les revoir tous deux, je vous prie, Monsieur, de les agréer comme un témoignage de ma vive reconnaissance de m’avoir procuré le moyen de rejoindre des personnes si chères. Touché plus que je ne puis le dire de la délicate attention de mademoiselle d’Orniont , j’ai cru devoir accepter sans conséquence ; mais , en chemin , j’ai ouvert le papier qui recouvrait ce présent et j’ai l’ai trouvé, comme vous le voyez , sur un souvenir d’écaille l’ichement garni et beaucoup trop beau pour un homme de mon âge et de ma profession ; je ne peux plus lui en faire les reproches qu’elle mérite ; je te charge , mon cher Tilly , de lui dire de ma

part que les portraits des personnes qu’on estime n’ont pas besoin de bordure.

M. et madame de Savenai ne nous ont quittés qu’après nous être promis l'éciproquement de nous revoir , et après que j’eus pris l’engagement de leur faire part de ce qui se serait passé le lendemain chez Milady.

Quelque satisfait que je fusse d’avoir rempli un devoir sacré envers l’honnête Deschamps et la Irès-mléi’essante Emilie, j’étais bien mécontent d’être obligé de leur donner un jour de plus. Ceux qui^ comme moi, seront dans la même position, conviendront que de tous les sacrifices , le plus pénible est celui de prendre sur les jours destinés à chercher celle qu’on aime , ou à s’affliger librement du malheur de la chercher ea vain.

Ne pouvant me refuser aux engage»

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